Leonardo Padura, la plume comme épée (2/2)

2012-10-31 03:26:37
Marta María Ramirez
Leonardo Padura, la plume comme épée (2/2)

Dans l'introduction de son livre El viaje más largo, le poète Alex Fleites vous définit comme un chroniqueur tout en précisant « [...] qu’il n’existe aucun terme pour caractériser Padura ». Comment vous définiriez-vous ?

Depuis l’université, j’écris beaucoup de critiques littéraires. Les principales ont été publiées dans El Caimán Barbudo entre 1980 et 1983 et racontaient l’évolution de la littérature cubaine dans les années 1970. En 1983, j’ai été remercié du journal à cause de mes idéologies. J’ai alors trouvé une place à la rédaction du Juventud Rebelde.

C’est à partir de ce moment que le journalisme devint plus important dans ma vie. Durant les six années suivantes, j’ai publié mon premier roman Fiebre de caballos, et quelques contes regroupés dans Según pasan los años. J’aurais pu écrire davantage si je ne m’étais pas dédié autant à mon métier de journaliste. Mes investigations paraissaient essentiellement le dimanche dans les pages du Juventud Rebelde. J’étais plutôt libre d’écrire ce que je voulais.

À la fin des années 80, je suis parti travailler à La Gaceta de Cuba. C’est ici que j’ai vraiment commencé ma carrière d’écrivain.

Dans le conte El cazador publié en 1990, mon langage et mes intérêts ont évolué. Avec Passé parfait publié en 1991, ces deux textes marquent le développement de mon propre style d’écriture. Sans abandonner le journalisme de La Gaceta, je passe de plus en plus de temps à l’écriture littéraire.

J’ai écrit beaucoup d’entrevues les années suivantes, principalement dans la revue Los rostros de la salsa. A mon avis, la plus importante reste celle avec Carpentier : Un camino de medio siglo: Alejo Carpentier y lo real maravilloso.

Chaque étape dans mon développement a été importante. Sans l’écriture de critiques qui m’ont appris beaucoup sur la littérature cubaine de l’époque, je n’aurais pas eu l’idée de la faire évoluer. De plus, mes investigations m’ont appris beaucoup de choses sur la vie cubaine, elles me servent dans la construction de mes romans.

[…]

En quittant votre travail à La Gaceta, dans les années 90, vous êtes devenu créateur indépendant. C’était une chose peu commune sur l’Île. Que représentait cette décision pour l’écrivain et intellectuel que vous étiez ?

Les cinq années durant lesquelles j’ai travaillé à La Gaceta ont été les plus dures de la « période spéciale ». La Gaceta est devenue la plus importante revue culturelle du pays principalement parce qu’elle n’avait pas de concurrent mais aussi parce qu’elle a suivi les transformations de la société cubaine. J’étais chef de rédaction à l’époque, au centre du développement de la revue.

C’est à cette époque que l’on commença à parler des artistes cubains vivant hors de l’Île, de l’homosexualité et d’autres questions interdites que nous avons réussi à vulgariser via la culture. Les politiques ont compris alors l’importance d’un rapprochement entre la culture et les Cubains.

En 1995, le journal était à son apogée mais je l’ai quitté car j’étais très fatigué. J’avais besoin et envie de me consacrer à la littérature après plus de 15 années de journalisme.

C’était un pari osé car mon poste était très envié à Cuba et j’allais droit vers l’inconnu.

C’est en 1996 que mon premier roman en tant qu’écrivain indépendant a été publié. Je l’ai appelé Electre à la Havane. Je l’ai même envoyé au concours littéraire espagnol « Café Gijon ». Le jury a appelé mon voisin (je n’avais pas encore le téléphone !) une année plus tard pour me dire que j’avais gagné le prix de 16000 dollars. Vous vous imaginez ce que représentait cette somme en 1996 ?

Ma vie a changé très rapidement. Quelques mois après, la maison d’édition Tusquets m’a appelé. Elle voulait publier le roman. Suite à l’attribution du prix Café Gijon, mon livre avait été publié mais la distribution se passait très mal.

Quel écrivain cubain n’a jamais rêvé de se faire publié par Tusquets ! C’est celle qui a le plus grand prestige dans la littérature espagnole.

Quelles sont les limites entre l’écrivain et le journaliste ?

Dans mon cas, c’est le milieu dans lequel je publie mon travail. J’écris dans un journal de la même façon que j’écris mes romans.

Lorsque j’intervenais à l’école de journalisme, je disais que le plus difficile dans mon travail à Juventud Rebelde était d’écrire le premier paragraphe. Car c’est ici que je devais définir le point de vue que je souhaitais prendre, le langage et le rythme du récit. Dans la littérature, je tente de garder ces habitudes de travail pour que mes lecteurs puissent aisément lire mes livres.

C’est peut être pour cette raison que je ne vois pas vraiment de différence entre l’une et l’autre forme d’écriture. Peut être seulement le fait que je n’ai que 180 lignes à écrire pour un article et 300 pages pour un roman !

Inter Press Service en Cuba

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