Les 3 478 morts que Cuba n’oublie pas



Ces 3 478 morts, ce sont les victimes des actions terroristes orchestrées par Washington depuis la révolution de 1959. Semer l'effroi, saper l'économie, déstabiliser un gouvernement pour porter au pouvoir un régime ami : de la guerre bactériologique aux attentats à la bombe, le Memorial de la Denuncia raconte une histoire méconnue hors de Cuba.

Le Memorial de la Denuncia est, son nom l'indique, un lieu de mémoire. À l'entrée, une installation artistique : un mur blanc bardé de centaines de petites croix noires symbolisant les victimes du terrorisme d'État ; au sol, le pavage de pierre traduit la solidarité et la résistance du peuple cubain. On parle de nos jours de mémoires au pluriel pour signifier la concurrence voire la conflictualité de ces histoires vécues dont la visibilité varie notablement : l'opération Peter Pan, aux conséquences tragiques (voir ci-dessous), doit se contenter de cinq lignes sur la version française de Wikipedia.

C'est pour faire vivre la mémoire de la guerre tous azimuts livrée par la superpuissance américaine contre Cuba qu'a été créé le Memorial en août 2017. Le public est majoritairement cubain, avec bon nombre de scolaires. La visite se justifie donc pour quiconque aspire à comprendre la société cubaine, notamment des phénomènes comme le syndrome de la citadelle assiégée ou l'affaire des cinq agents cubains emprisonnés aux États-Unis.

Mais le Memorial est aussi un musée d'histoire. À ce titre, on y trouve quelques (rares) objets témoignant des événements, des copies de documents déclassifiés de la CIA, une profusion d'écrans plats avec des documentaires, des infographies… Toujours est-il que les faits sont là : ils figurent dans les archives des agences étasuniennes ou sont revendiqués dans la presse nord-américaine par Luis Posada Carriles, un terroriste notoire.


Photo : Cubania

La sale guerre made in USA

Le musée retrace les forfaits des groupes armés à la solde de Washington : attentats prenant pour cible des magasins ou des écoles, attaques contre des bateaux de pêche, assassinats d'enseignants travaillant dans le cadre de la grande campagne d'alphabétisation…

On y rappelle l'explosion du cargo français La Coubre en 1960, les événements de la Baie des Cochons mais aussi l'opération Mangouste de la CIA, avec ses centaines de sabotages industriels et ses incendies de champs de canne à sucre.

S'il est un événement qui a traumatisé la société cubaine, c'est peut-être l'attentat qui fit exploser un appareil de Cubana de Aviación en plein vol, le 6 octobre 1976. Soixante-treize morts, aucun survivant, les escrimeurs de l'équipe nationale font partie des victimes. Les auteurs du crime sont deux agents de la CIA : Orlando Bosch, qui a fini sa vie en liberté aux États-Unis, et Luis Posada Carriles, qui coule une paisible retraite à Miami.

Des modi operandi insolites

Dans leur volonté de déstabiliser le gouvernement cubain, Washington a même livré une guerre psychologique, quitte à jouer avec le sort de milliers d'enfants : les 14 000 victimes de l'Opération Peter Pan. Organisée conjointement avec la hiérarchie catholique de Floride, cette vaste campagne de manipulation visait à convaincre les parents cubains d'envoyer leurs enfants aux États-Unis en leur faisant croire que le gouvernement révolutionnaire allait leur retirer l'autorité parentale. La propagande est relayée à la radio, une fausse loi est diffusée... Adoptés par des familles étasuniennes, placés dans des orphelinats, dans des campements de fortune, censés revenir après une invasion américaine qui se soldera par un fiasco, nombreux sont les petits Cubains qui ne reverront plus jamais leurs parents.

Quant à la guerre bactériologique, elle ne se résume pas aux cigares empoisonnés et à la combinaison de plongée infectée à la tuberculose destinés à Fidel Castro, recordman des projets d'assassinat (637). Des opérations de grande envergure sont organisées pour miner l'économie et terroriser la population. Dès 1962, Cuba doit sacrifier la quasi-totalité de ses volailles suite à l'introduction de la maladie de Newcastle. S'ensuivront la fièvre porcine, la rouille de la canne à sucre, le mildiou du tabac, la cercosporiose noire, le varroa des abeilles… Le bilan est également humain : en 1981, la dengue hémorragique introduite par les États-Unis faisait 158 morts dont 101 enfants.

Un passé révolu ?

Les faits sanglants sont relativement récents : en 1997 encore, un touriste italien mourait, victime d'une série de onze attentats visant des installations hôtelières.

Depuis deux décennies, si les visées demeurent, certains moyens ont changé. Le champion du soft power, Obama, proposait aux Cubains d'oublier le passé. La brutalité des politiques de l'administration Trump, le blocus qui perdure, le leur rappellent au quotidien.

Le Memorial de la Denuncia fait vivre ces souvenirs ; il constitue, en outre, un formidable « J'Accuse » lancé contre l'injustice et l'impunité.

Visite gratuite.

Langues : espagnol, anglais.

Adresse : 14 y 5a, Playa, La Havane.

Horaires d'ouverture : 9h30 à 17h, du mardi au samedi.