Les bicitaxis pinareños



Quand la paresse s’empare du corps, qu’elle t’empêche de faire quelque chose et ensuite comme un boomerang tu dois le faire et jusqu’à deux fois … c’est alors que les plus anciens apostillent invariablement le vieux proverbe : « À celui qui ne veut pas de bouillon, on lui donne quatre tasses. » Juste à ce moment une vapeur te parcourt, la peau prend une couleur rose, mais il ne reste pas d’autre remède que de admettre la certitude.

Dès que la Période Spéciale (crise économique) a commencé à Cuba au début des années 90, l'imagination des habitants de cette terre a été mise à l’épreuve. Nous survivons grâce aux nombreuses choses que nous avons apprises en ces temps. Je pense que les premiers bicitaxis datent de cette époque, un moyen de transport découvert quand j'ai commencé  l'Université à La Havane, mais que je n'avais jamais utilisé. L'engin, un tricycle avec un auvent, un siège pour le conducteur et deux pour ceux qui décident de le prendre. il nous ressemble, équipé d’avertisseur bruyant, de musique, de drapeaux et même parfois d’une imitation de plaque d’immatriculation de voiture, un surpoids défiant la force d'un seul homme faisant tourner les roues.

Depuis quelques mois, les bicitaxis sont une affaire fleurissante à San Cristóbal, à Pinar del Rio. J'ai découvert récemment que la commune où j'ai grandi compte un parc assez vaste de ces tricycles de différentes formes, tailles et couleurs, ils stationnent dans les points centraux de la capitale municipale. Le prix est de 5 pesos pour chaque voyage et, bien qu’ils soient considérablement plus chers que les voitures tirées par des chevaux restant l'alternative la plus utilisée dans la ville, il faut reconnaître qu’ils ont un certain succès.

Pendant les années qui ont suivi leur apparition je n’avais jamais pris de bicitaxi. Il me semblait excessif qu'un être humain pédale sans repos pour mon transport, j'ai donc toujours choisi de marcher et, quelque fois, de prendre une voiture. Toutefois, 24 heures après avoir commenté à mon médecin de famille ma surprise devant l'explosion de tricycles et de leurs conducteurs, et de déclarer mes réserves devant ce moyen de transport alternatif, je ne pus échapper à cette expérience sur roues au prix du pédalage d'un autre. Pour le moins, ce n’était pas un de ces tricycles décrits, attirant tant l'attention.

Je suis sortie fatiguée de l'hôpital après une thérapie de choc et un ciel gris annonçait une averse sûre. Nous étions en train de décider, elle et moi, la façon d'arriver jusqu'à la maison de mes parents pour rester sous leurs soins. Une bruine fine et l'apparition soudaine d'un bicitaxista nous a obligé à prendre la décision, à pied nous allions être trempée. Il a résulté que ce jeune garçon, mince, n'avait pas encore fait cinq mètres, quand l’averse a commencé. Et là je me suis trouvée dans un bicitaxi, trempé et sans même pouvoir maudire ma chance.

A ce moment, le plus important était que les chaussures de mon docteur ne soient pas mouillées. Récemment étrennées, ceci aurait pu tourner en catastrophe. Donc avant de penser aux réticences sur ce moyen de transport, sous les froides gouttes d’eau, juste après une douleur insupportable, il a fallu se concentrer à couvrir les fameuses sandales, supporter le roulis et oublier le froid et le double effort du conducteur.

Les dilemmes cubains frôlent souvent la limite de la tragicomédie. Nous optons ensuite pour le rire. Et évidement, j'ai clairement dû supporter le classique : « Tu n’as jamais dit que tu n'aimais pas les bicitaxis ? » (Qu’importe dans mon cas les raisons humanitaires). Voilà l’exemple : « À celui qui ne veut pas de bouillon… ».