Les bonnes vibrations d’un site envoûtant

2016-09-27 22:34:41
Marleidy Muñoz
Les bonnes vibrations d’un site envoûtant

Par: Marleidy Muñoz

A environ 8 km de la municipalité de Cumanayagua, dans la province de Cienfuegos, sur le flanc de la cordillère Guamuhaya, s’érige depuis vingt ans une communauté différente : « El Jobero ». Depuis cet espace culturel, le groupe « Teatro de los Elementos » (Théâtre des Eléments) défend la ruralité et offre des indices à propos des réalités et des conflits de Cuba.

C’est le seul endroit dans les montagnes du centre de l’île où l’on peut assister à une représentation du Cirque national ; où des artistes de la taille de Zaida del Río et de Nelson Domínguez rehaussent les constructions rustiques avec leurs peintures. Oriol Gonzalez y dirige aussi un projet qui allie art et nature en faveur du théâtre.

La compagnie Teatro de los Elementos, actuellement formée par de jeunes diplômés de théâtre, musique et danse, assume la création artistique, à partir de la reconnaissance de la responsabilité sociale de l’art. La communauté est la scène principale dont dispose le groupe alors que ses habitants sont les protagonistes et les créateurs d’un savoir unique. Les principes créatifs du projet se basent fondamentalement sur la nature, la protection de l’environnement et les pratiques écologiques.

La communauté culturelle ou l’éco-village « El Jobero » se caractérise par le développement d’une agriculture soutenable qui respecte les plus anciennes traditions des montagnards de la région. Le siège de ce groupe constitue l’espace récréatif et culturel le plus important de cet endroit.

Les débuts et les années itinérantes du groupe

La formation et les premières années de la compagnie (1991-1995) coïncident avec la crise économique des années 90 à Cuba. Dans ce contexte, le groupe partage la vie de différentes communautés comme, par exemple, dans le quartier de Romerillo de la capitale cubaine, le village de Jacksonville de l’Île de la Jeunesse, et dans le quartier de Barrancas, à Santiago de Cuba, entre autres territoires. Tous se différencient du reste du pays par leurs caractéristiques géographiques (éloignés des zones urbaines) ou par leur condition marginale.

 Le caractère itinérant du groupe durant ses premières années lui a permis d’appliquer toute une série de techniques de communication qui convoquent au jeu, à la reconnaissance et à la récupération de la mémoire collective des différents villages ou publics. La réalisation de pièces de théâtre à partir des légendes, des mythes, des personnages typiques de chaque territoire et l’utilisation des symboles locaux ont favorisé l’appropriation des contenus qu’ils suggèrent.

Cependant, fatigué par les conditions de travail, les périples à travers un pays marqué par « l’épargne » et à la difficulté d’accéder à la subsistance économique, le groupe décide de s’établir sur les anciennes terres de la famille du leader du projet, Oriol Gonzalez. Suite à l’agrément du ministère de la Culture, il fonde un emplacement unique d’approvisionnement et de création.

Le village éco-culturel

Les liens avec la Fondation Antonio Nuñez Jiménez, le Centre de Recherche Initiative et Référence Communautaire (CIERIC), et le Conseil des Eglises de Cuba ont contribué à consolider la communauté « El Jobero », non seulement à travers la création d’espaces culturels (galeries, amphithéâtre, bibliothèque, résidences, réfectoire-cuisine, salles, atelier, centre de stockage) mais aussi à disposer d’une parcelle pour l’autoconsommation, à partir de pratiques agro-écologiques.

 Vingt ans après, l’endroit compte des clubs littéraires, des ateliers de formation et d’échange avec d’autres groupes de théâtre communautaire tel que le Theater Comunication Group (Etats-Unis) et Estación de los Vientos (Colombie).

La pièce “Montañeses”, présentée récemment dans cette communauté culturelle, prouve que le collectif se renouvelle, convoque et invite à la polémique.

« Nous abordons le sujet de l’exode dans les montagnes, la déruralisation. Nous restituons au paysan sa mémoire, ses espaces, ses instruments de labour, ses hymnes. Nous remontons aux débuts historiques de la Révolution cubaine jusqu’à parvenir aux moments actuels. Le spectacle a pour objectif d’atteindre une dimension d’analyse et de réflexion sur l’avenir dans les montagnes », souligne Oriol Gonzalez, Prix national de culture communautaire.

Ce groupe de Cienfuegos se caractérise par l’utilisation des techniques du théâtre anthropologique au niveau de la production artistique et la préparation des acteurs, par l’affinité avec d’autres expériences artistiques et surtout par sa vocation essentiellement environnementale.

 

Ces arguments suffisent pour inciter les lecteurs ou lectrices à faire une halte sur la route qui mène au parc naturel « El Nicho », dans la cordillère Guamuhaya, et trouver ainsi la réponse aux propos tenus au début de ce texte. Une synopsis suffit :

« Nous préférons cet endroit car nous y trouvons le calme, nous retrouvons dans chaque bohio (habitation paysanne) ce que nous avons construit ensemble. Selon les dires, c’est par ici que passe le seul chakra de la ligne de l’Equateur, raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous éloigner, et nous devons donc demeurer. Les bonnes vibrations d’un site envoûtant », commente Oriol.

La conception artistique et transformatrice du Teatro de los Elementos récupère la mémoire historique de la communauté rurale et fait de ses acteurs quotidiens les protagonistes d’un projet communautaire et participatif.

 

Habana XXI

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