Les débuts de la photographie à Cuba

2012-10-10 03:33:54
Les débuts de la photographie à Cuba

La nouvelle de l'invention du daguerréotype (l’ancêtre de l’appareil photo) n’a pas tardé à traverser l'Atlantique et à arriver à Cuba. Le 19 mars 1839, le Diario de La Habana annonçait que Daguerre « [avait] trouvé le moyen de fixer des images qui viennent alors s’imprimer dans le fonds d’une chambre noire de telle sorte qu’elles ne soient pas seulement un reflet temporaire des objets mais une image fixe et durable qui peut être déplacé aussi facilement qu’une estampe ou un tableau. »

La photographie fut rapidement adoptée par une multitude d’amateurs qui ont commencé à enregistrer des images de la vie quotidienne et de grands événements, un privilège réservé jusqu’alors aux peintres et aux graveurs. C’est encore une autre empreinte de la France sur l’Île de Cuba.

Le daguerréotype vient de Paris

Le hasard a fait que le dessinateur et lithographe français Frédéric Mialhe était à l'Académie des Sciences de Paris le jour où Daguerre présenta les résultats de ses expériences photographiques en 1838. Le jeune scientifique débarqua à La Havane quelques temps après et s’est converti en promoteur enthousiaste de l’invention dans la ville.

Le daguerréotype s’est rapidement multiplié à travers la ville. Dans la célèbre rue Obispo (une des artères les plus fréquentées du centre historique), la maison commerciale El Buen Gusto de París fut pionnière dans la vente de ces appareils. On trouvait plusieurs modèles de différentes tailles. À quelques pas, la librairie Ramis distribuait une version espagnole du livre Historique et description du daguerréotype et du diorama de J.M. Daguerre.

Toutefois, il fallut attendre 1840 pour qu’apparaisse le premier daguerréotype fabriqué à Cuba. Son créateur, Pedro Téllez Girón, fils du capitaine général de l’Île, avait importé l’équipement nécessaire depuis Paris.

Après de longs réglages et l’achat de plusieurs outils utiles au développement des images (thermomètre, réactifs, lames…), Téllez prit une vue de la Plaza de Armas où on pouvait apercevoir quelques arbres, une partie du château de la Fuerza et, à l’horizon, la forteresse de San Carlos de la Cabaña. On peut alors dire que la photographie cubaine a été inaugurée à l’endroit où La Havane était née quelques siècles plus tôt.

Et comme souvent à Cuba, c’est un Américain, George Washington Halsey, qui fit le dernier pas pour qu’une invention européenne prenne son envol sur l’Île caribéenne. Les Européens sont souvent venus comme précurseurs dans cette région mais se sont faits fréquemment dépassés par l’énergie et le pragmatisme des voisins du Nord.

Halsey fut professeur de calligraphie et de dessin durant trois ans à La Havane. Il retournait régulièrement aux États-Unis pour se tenir au courant des dernières améliorations techniques du daguerréotype. Grâce à sa persévérance, le 3 janvier 1841 fut le jour où Cuba devint le second pays dans le monde et le premier en Amérique Latine  à inaugurer un studio commercial de portraits utilisant un daguerréotype.

Des photos de guerre

Quand la première guerre d'indépendance éclata à Cuba en 1868, quelques photographes avaient entrepris de couvrir les événements guerriers. Roger Fenton avait couvert la guerre de Crimée en 1855 et Matthew B. Brady la guerre de sécession nord-américaine en 1861-1865.

Deux albums de cette période guerrière étaient restés sur l’Île : un réalisé par le photographe espagnol Leopoldo Varela y Solís composé de 24 grandes images des différents corps de l’armée coloniale et un autre, appelé El Álbum de la Paz, regroupant 17 photographies des campements des insurgés quelques jours avant la signature du «Pacto del Zanjón» qui mit fin aux hostilités.

De cet événement, considéré par beaucoup comme un affront à l’esprit libérateur cubain, il existe une image où l’on peut voir les généraux mambises Modesto Díaz, Ramón Roa et Bartolomé Masó. Ce dernier repris le maquis en 1895 et devint président de la république de Cuba.

Depuis lors, tous les faits marquants ont été photographiés. C’est ainsi que les horribles images des camps de concentration où des centaines de paysans ont été retenus (suite à un décret du capitaine général Valeriano Weyler en 1898) firent le tour du monde. On aurait pu y voir un aperçu des camps d’extermination nazis mis en place durant la seconde guerre mondiale.

Il y a eu aussi des photos du croiseur Maine, coulé dans la baie de La Havane le 15 février 1898 et qui a servi de justification finale pour le début de l'intervention des Etats-Unis dans la guerre d'indépendance. De ce moment crucial de l'Histoire de Cuba a transcendé le message du magnat de la presse William Randolph Hearst à son correspondant Frederik Remington, quand celui-ci lui a communiqué l'état de calme à La Havane : « Je vous prie de rester là, vous faites des photos, moi je ferai la guerre. »

Après plus d’un siècle et de nombreuses guerres, cette phrase de Hearst, loin d'être une curiosité historique, semble un ordre totalement contemporain.

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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