Les essences de La Havane

2012-12-08 04:48:44
Les essences de La Havane

Il est relativement facile de savoir comment on s‘habillait, ce qu'on mangeait, comment on parlait, ce qu'on lisait il y a 200 ans. Toutes les traces écrites et visuelles sont conservées aux archives. Mais sentir les anciennes odeurs d'une ville paraît plutôt être un secret d'alchimiste : le vent a dispersé les parfums d’antan, il nous reste peut-être que leurs noms.

La parfumeuse cubaine Yanelda Mendoza a consacré trois ans à l'étude des modes et des coutumes de La Havane entre 1510 et 1899, quand l'île était une colonie espagnole. Elle travaillait entre-temps dans le laboratoire de la pharmacie Taquechel, situé dans le centre historique. Elle a étudié des journaux et des livres de l'époque pour connaître la vie des aristocrates, des commerçants, des esclaves…

Les dames de haute lignée rapportaient les eaux de Cologne d’Europe. Elles portaient de petits flacons d'argent ou de curieuses boucles d’oreilles de fine manufacture dans lesquelles elles conservaient les essences pour rester parfumées.

Des petits commerces se sont crées, comme celui d’un monsieur appelé Agustín Reyes, qui commercialisaient des eaux de lavande et de violette russe, élaborées dans le pays. Toutefois, à San Cristóbal de La Habana se mélangeaient aussi les odeurs du port, des commerces ambulants, de l'industrie, du tabac que mâchaient les esclaves, des jasmins des patios intérieurs, tout un kaléidoscope pour l'odorat.

Douze parfums coloniaux

Douze parfums typiques de l'époque coloniale ont émergé des recherches de Yanelda Mendoza. Ils sont devenus les produits phares de la parfumerie Habana 1791, fondée en 2000, située dans une maison du 18ème siècle de la rue Mercaderes, dans la Vieille Havane.

Les parfums de vétiver, d'eau de roses, de bois de santal, de lavande, d’ylang-ylang, de patchouli, de fleur d'oranger, de jasmin, de violette, de tabac, de citron et de lilas sont commercialisés dans des flacons élaborés par des créateurs de l'Association Cubaine des Artisans Artistes (ACAA). En outre, dans les vitrines, se trouvent des pièces de joaillerie réalisées par la Congrégation des Orfèvres de San Eloy, des encensoirs, des candélabres, des bougies et des petites bourses parfumées. Tout le travail est artisanal.

La maison propose en exclusivité 4 parfums dédiés à des personnalités historiques : à Joseph Bonaparte, qui préférait les parfums frais ; un parfum fort et profond en hommage à la poétesse cubaine Gertrudis Gomez de Avellaneda ; la Comtesse de Merlin, écrivain qui aimait le jasmin et la romancière suédoise Fedrika Bremer, défenseur des fleurs. Ils ont été créés par Yanelda Mendoza, à la demande de l'historien de la ville, Eusebio Leal.

On y trouve également une autre nouveauté : le parfum Habanera, qui "a beaucoup à voir avec la femme cubaine d'hier et d'aujourd'hui car il est très doux, très sensuel", assure Yanelda Mendoza.

On peut l'acheter au détail en attendant la création de son flacon.

La parfumerie Habana 1791 utilise des fleurs qui poussent dans l'île. « Nous utilisons la rose, la fleur d'oranger et le gardénia de Las Terrazas (Pinar del Rio), l'ylang-ylang de la Casa de la Obrapía, les jasmins que nous trouvons dans certains endroits ou que des personnes nous amènent », explique Mendoza. « Nous avons utilisé les racines de vétiver de Santiago de las Vegas (La Havane) et du patchouli de Baracoa (Guantánamo), en plus du tabac cubain », dit-elle.

Toutefois, ces plantes ne sont pas cultivées pour Habana 1791. Dans le pays il n'existe pas encore une production de fleurs destinée à la parfumerie. Heureusement l'établissement dirigé par Yanelda Mendoza emploie de petites quantités et le long processus de macération laisse le temps pour l'arrivée de nouveaux pétales« d’où qu’ils soient ».

Un parfum personnel

Yanelda Mendoza n'est pas seulement une délicate connaisseuse des mystères de la parfumerie. Sa conversation pausée nous révèle une femme capable de convertir les mots de n’importe quelle personne en un parfum qui lui ressemble.

Habana 1791 offre la possibilité d'élaborer des parfums en accord avec les besoins et les goûts des clients. Yanelda Mendoza interroge la personne sur ses habitudes, ses inquiétudes, ses préférences, en même temps qu’elle mélange les essences et prépare la formule. Le résultat est une création unique, née de l'empathie et du savoir-faire: une alchimie unique que l'industrie ne peut pas reproduire.

Le petit établissement produit également des savons parfumés (cannelle, menthe, bois de santal, ylang-ylang), qui peuvent redonner du dynamisme à une personne déprimée ou détendre quelqu'un angoissé par les tensions.

« J’aime les parfums orientaux, les notes exotiques, l'ambre, le patchouli, les odeurs plus denses et plus douces », confesse Yanelda Mendoza, pour les périodes de grande chaleur, elle préfère les fraîches eaux de Cologne de fleur d'oranger. Elle a commencé sa formation dans l'ancienne Tchécoslovaquie et a ensuite voyagé en Belgique et dans la ville française de Grasse, la capitale mondiale de la parfumerie, où réside son maître, dont elle préfère taire le nom.

« Les parfums doivent évoluer, mais ils doivent maintenir l'essence naturelle, même s'ils ont certains arômes chimiques », soutient-elle. « Je préfère les naturels, mais ce sont toujours les plus chers, les plus difficiles à faire. »

Entourée de cadeaux et de souvenirs d’amis dans son petit bureau de Habana 1791, Elle ne dissimule pas sa satisfaction pour le travail accompli. Et il ne s'agit pas seulement des visites de personnalités telles que l'ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, ou l'acteur français Gérard Depardieu, mais du fait d'avoir transformé cet angle de rue du centre historique en un temple vivant, où se conserve et se renouvelle la culture cubaine des parfums.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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