Les exportations cubaines

Produits traditionnels et services professionnels



Quand le prix du pétrole grimpe, il n’y a pas de répercussions alarmantes sur l’Île de Cuba. Grâce à l’exportation de services (principale source de revenus extérieurs), Cuba a réussi à maintenir un excédent de sa balance commerciale.

Le gouvernement de Raúl Castro souhaite exporter massivement les travailleurs cubains à l’étranger dans le but d’alléger le fardeau du chômage et de diminuer les impacts de la crise financière dans l’économie cubaine. Mais beaucoup doutent de l’efficacité de telles mesures et aimeraient que le gouvernement établisse des priorités plus locales.

Des médecins contre du pétrole

Au moyen d’accords de services, le gouvernement cubain envoie des dizaines de milliers de spécialistes dans des pays exportateurs de pétrole (médecins, ingénieurs, agronomes…) en échange de quoi le Venezuela, l’Angola, le Qatar et l’Algérie indemnisent Cuba en fonction du cours du brut. Si le prix du pétrole flambe, Cuba se remplit les caisses de devises fraiches.

Les négociations commerciales entre ces pays sont souvent teintées d’aspects politiques. C’est pour cette raison que le Venezuela accueille la plus grande communauté de travailleurs cubains au monde. En échange, Cuba reçoit près de 100000 barils de pétroles vénézuéliens quotidiennement.

Cette dépendance énergétique est naturellement vulnérable aux fluctuations politiques entre les pays. Ce n’est pas sans rappeler les désastres sur l’économie cubaine qu’a entrainé la disparition de l’URSS dans les années 90. Néanmoins, les autorités cubaines assurent qu’elles ont appris la leçon.

Les contrats de services ont séparé des familles entières tout en affaiblissant le système de santé cubain. Toutefois, les travailleurs sont souvent fiers d’avoir l’opportunité d’aller à l’étranger dans des pays aussi lointains que le Qatar ou l’Angola. De cette façon, ils gagnent souvent beaucoup plus que le salaire moyen sur l’Île s’établissant à 20 CUC mensuels.

Ce système d’échange serait inenvisageable si Cuba ressemblait à la majorité des pays du monde où les professionnels ont le choix du lieu de leur travail et où ils peuvent émigrer s’ils en ont envie.

Suite au plan de licenciement de 500000 fonctionnaires, les autorités préparent activement un plan de requalification pour envoyer ces professionnels à l’étranger. De cette façon, le gouvernement entend résoudre autant le problème du chômage que de la pénurie chronique de devises sur l’Île.

Chaque Cubain sera évalué pour voir s’il est capable de concurrencer les autres travailleurs sur le marché du travail international. On peut cependant penser que cette stratégie est vouée à l’échec à long terme car elle compromet le plus précieux capital de la société cubaine.

Des exportations peu diversifiées

Les décisions stratégiques d’exportations ne sont souvent pas justifiées par des études objectives de marchés. C’est pourquoi les pays importateurs sont peu nombreux et l’offre de services peu étoffée. Le modèle choisi fluctue en fonction de la conjoncture économique et des engagements politiques.

Cuba garde cependant une relative compétitivité internationale dans ses productions de nickel, de cigares et de rhum grâce aux associations avec des entreprises étrangères.

L’offre cubaine est limitée aussi par le manque de ressources et le peu d’aides aux producteurs locaux. Un plus grand niveau d’investissement étranger pourrait aider à améliorer la situation.

Dans une moindre mesure, Cuba exporte aussi des agrumes, des mollusques et crustacés, du ciment, du cacao, du café et du miel. Quant à sa production sucrière, elle est tombée en 2010 au niveau le plus bas depuis 1905 à cause d’une restructuration laborieuse du secteur en 2002. Cuba a ainsi perdu l’opportunité de profiter des hausses de prix du sucre sur les marchés mondiaux.

La promesse de la biotechnologie

Cuba possède des avantages indéniables dans l'industrie biotechnologique et pharmaceutique. Propulsée par l’ex-président Fidel Castro dès les années 80, ces produits non traditionnels sont reconnus par les marchés internationaux.

Les professionnels du secteur se plaisent à dire que les priorités ne sont pas l’approvisionnement de la demande mondiale mais trouver des solutions aux problèmes de la population cubaine. L’exportation serait alors une question de second rang. Malgré ce discours officiel, les ventes du secteur sont une des premières sources de devises du pays.

Des vaccins sont vendus en Chine et à d’autres pays en voie de développement. À moyen terme, le défi est d’arriver à pénétrer les marchés relativement fermés des pays industrialisés.

Le secteur a été fortement soutenu par une bonne formation du capital humain et des investissements importants en infrastructure. Mieux gérées, ces ressources propulseraient Cuba sur le podium du marché mondial de la santé.

La balance commerciale

Le pays connait un déficit structurel de sa balance des biens. Mais celle-ci est contrecarrée par un fort excédent de la balance des services. En 2010, Cuba a enregistré un excédent commercial de plus de 3,9 milliards de dollars (le double de l’année précédente). Néanmoins, la hausse des prix des produits alimentaires fait craindre une aggravation de la balance des biens.

L’élimination de ce déficit contribuerait à de meilleures liquidités dans l’économie cubaine qui est déjà asphyxiée par des dettes et sans possibilités supplémentaires de crédits suite à son exclusion des organismes financiers internationaux.