Les fêtes de la Saint-Jean à Camagüey

2017-09-04 15:28:21
Orquidea Guevara
Les fêtes de la Saint-Jean à Camagüey

La Saint-Jean est au nombre des fêtes traditionnelles les plus anciennes et les plus ancrées à Camagüey.

La ville de Santa María del Puerto del Principe — connue de nos jours sous le nom  de Camagüey — a été fondée en 1514 dans le nord de la province du même nom. Quatorze ans plus tard, après avoir été déplacée à deux reprises, elle s'établit à la place actuelle.

Son développement économique et social avance lentement jusqu’à la moitié du XVIIe siècle. A partir de là, Puerto Principe se stabilise grâce à l’élevage de bétail et à la contrebande de produits dérivés, et devient  une des régions les plus prospères de l’île.

Le développement de l'élevage marque de son sceau les habitants de la région et donne lieu à des traditions profondément ancrées encore de nos jours  dans l’esprit des Camagüeyens. L’une de ces traditions est précisément la Saint-Jean, festivité qui date du XVIIIe siècle, et peut-être même de bien avant.

Son origine est liée à la vente de bétail qui s'effectuait au mois de juin et qui faisait de l'endroit le point de rencontre de bon nombre des éleveurs des propriétés voisines. Après le dur labeur, ceux-ci organisaient des fêtes avec bals, déguisements, promenades, courses de chevaux et autres tournois.

Que se passait-il à la Saint-Jean?

Au fil des années, la tradition des fêtes de la Saint-Jean s'est établie plus solidement avec la commémoration presque simultanée de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) et de la Saint-Pierre (29 juin). Toutefois, il ne s’agit pas d’une commémoration religieuse mais d’une fête païenne durant laquelle la population donne libre cours à sa liesse.

La chasse au verraco (expression populaire utilisée à Cuba pour désigner le porc avant sa castration) marquait aussi les fêtes de la Saint-Jean. Le jeu consistait à poursuivre à travers les rues un individu qui faisait office de verraco, au milieu d'un grand tapage et de la confusion générale, car les traqueurs entraient dans toutes les maisons dont la porte était ouverte.

Le soir, c'était le tour des bals dans certains quartiers et dans les maisons les plus riches, où de succulents banquets étaient préparés et où les fêtes duraient jusqu’à l’aube.

Dans ce climat de joie et de bonne humeur, une farce saine s’est transformée en coutume : « voler » la nourriture. Tandis que les membres de la famille assistent commodément assis devant chez eux au défilé des calèches, des voisins aux aguets se déguisent et entrent par la porte arrière pour emporter la nourriture. Plus tard, l’un d’eux se présente et invite « généreusement » la famille à déguster chez eux ses propres plats.

Au XIXe siècle, les fêtes de la Saint-Jean ont connu un renouveau et une splendeur extraordinaires, après avoir été bannies durant près de vingt ans.

La cause : un individu masqué  avait insulté une dame très distinguée dont le mari occupait un poste important.

Certaines personnes décidèrent alors d'organiser la fête à leur manière, en s'enveloppant dans des draps, des nappes, des rideaux…

Au bout de vingt ans de résistance de la part des autorités, la population finit par obtenir, grâce à son insistance et à son caractère enjoué, que les festivités soient rétablies avec l'assentiment de la reine d’Espagne elle-même.

Mais cette fois, avec modération et assujetties à toute une série de dispositions et de restrictions rendues publiques, entre autres : interdiction de réaliser des courses de chevaux dans le centre-ville ou de porter des masques et des déguisements la nuit.

La Saint-Jean de nos jours

Aujourd'hui, les voitures, les chars, les comparsas et les congas (danses de groupe) apportent une touche de modernité  aux festivités de la Saint-Jean, marquées aussi par les rodéos et la préparation de l’ajiaco (ragoût) typiquement camagüeyen, à laquelle prennent part tous les habitants du quartier.

Toutefois, la plus singulière des traditions est sans aucun doute la condamnation au bûcher et l’enterrement de saint Pierre, des funérailles au style créole au cours desquelles les Camagüeyens « pleurent », le 29 juin, le dernier jour de la plus ancienne fête populaire en dansant la conga dans les rues de la ville.

Traduction : Alicia Beneito

Habana XXI

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