Les métiers en voie d’extinction

2012-12-08 04:39:55
Les métiers en voie d’extinction

Parfois, un simple problème devient vite un calvaire à résoudre pour les Cubains. Il devient en effet de plus en plus difficile de trouver un charpentier, un plombier, un électricien, un cordonnier ou un réparateur d’ombrelle… Ces métiers n’ont jamais été très prisés. C’est pourquoi il est souvent hors de prix de recourir à leur service. Mais il n’y a pas d’autre option.

Ils ont survécu tout de même malgré les temps difficiles. Souvent, ces auto-entrepreneurs ont un autre métier. Ils réalisent ces travaux manuels pour compléter leurs revenus. Mais ils ne sont pas nombreux. Parfois, ils ne connaissent même pas le métier mais, comme c’est plutôt rémunérateur, ils improvisent ! Le client n’a souvent pas beaucoup de moyens de réclamations. Il n’existe aucun organisme étatique de contrôle. Si les travaux sont mal faits, la maison tombe simplement sur ses habitants !

Une histoire vraie

La terrasse n’arrivait plus à évacuer les eaux usées de la machine à laver. Tout était inondé. On appelle encore une fois Raul :

« Bonsoir Raul, je suis la jeune fille du 45 »

« Ah oui, comment allez-vous ? Et votre mère ? »

« Bien, tout le monde va bien. Je vous appelle à cause du même problème que l’autre fois. Vous pourriez passer s’il vous plait ? J’ai besoin de faire une lessive »

« Bon, j’ai un engagement demain mais je vais passer en priorité chez vous pour régler ce problème. Vous pouvez compter sur moi »

« Merci, je me sens mieux »

Il arrive en retard, en sueur, après avoir monté les quatre étages avec sa bicyclette chinoise sur l’épaule. D’où cet homme tire-t-il sa force ? Il a plus de 60 ans, d’une grande taille et parle avec aisance comme un maître d’école. Est-ce que quelqu’un m’apprendra un jour tout ce qu’il sait ?

La nuit précédente, il était de garde. Je sais qu’il est gardien en ville, sans savoir vraiment où. Il commence à réparer les dégâts avec un long fil de fer, des chiffons et des ventouses de débouchage. Après une demi-heure, tout semble rentré dans l’ordre. Je pourrai recommencer mon lavage cette après-midi.

Je paye Raul cinq pesos convertibles (CUC). C’est cher mais je suis content de son travail. Mon shampoing attendra le mois prochain. Je lui donne l’argent. Il s’en va. Autant lui que moi savons qu’il devra revenir dans quelques mois vu la vétusté de la maison.

Les métiers disparus

En 2009, selon le Bureau National des Statistiques (ONE), la population active de Cuba s’élevait à un peu plus de 5,7 millions de personnes dont presque deux millions de femmes. Les travailleurs indépendants (exclusion faite des paysans propriétaires de leurs terres) sont plus de 143800. Ces chiffres n’incluent pas les personnes travaillant au noir comme Raul, ils ne se déclarent pas pour réaliser ces travaux et ne payent donc pas d’impôt.

L’idéal serait de pouvoir tout faire comme mon père havanais et avoir les outils ou un magasin où les acheter en monnaie nationale. On pourrait ainsi réaliser les travaux de base dans la maison sans devoir recourir au service de professionnels. Sinon, il faudrait augmenter le nombre de travailleurs indépendants pour que les prix baissent.

Nombre de métiers sont en pénuries sur l’île. C’est peut-être pour cette raison qu’on trouve tant « d’hommes et de femmes orchestre » obligés de toujours chercher une solution par soi-même pour trouver à manger ou réparer les canalisations défectueuses.

Cet après-midi, je pourrai m’occuper du lavage. L’eau ne remontera pas dans les canalisations et n’inondera pas tout. Et quand Raul ne sera plus là ? Ces personnes n’ont souvent pas de successeurs. Je ne devrais pas penser à ça. Je ne suis, de toute façon, que de passage entre ces quatre murs même si ce sont ces petits détails qui tracent la voie du peuple.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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