Les pèlerinages aux lieux de dévotion à Cuba



A différents moments de l’année, les Cubains font des pèlerinages aux sanctuaires les plus importants du pays, où ils implorent santé et prospérité, et promettent de s'imposer d'importants sacrifices physiques si leurs souhaits sont exaucés.

Soit en septembre à l’église d’El Cobre, soit en décembre à celle d'El Rincon, des milliers de pèlerins font des promesses, jurent de consentir des sacrifices, vont à la rencontre de leurs saints pour leur implorer paix et prospérité, bonheur et santé ; bref, en quête de valeurs spirituelles.

Toute une année d’attente, pleine de foi et d’espoir, une année dans l'expectative, une année qui se réduit finalement à quelques jours. D’aucuns font des économies pendant douze mois pour pouvoir mener à bien leur pèlerinage, d’autres se préparent physiquement durant des semaines pour être en mesure de tenir leur engagement.

Et tout, absolument tout….. se résume à quelques jours, à quelques minutes, à quelques secondes. La foi de toute une vie en un seul jour.

Les dévots à la Vierge de la Caridad del Cobre (Notre Dame de la Charité), patronne de Cuba, se rendent chaque année, au début de septembre ou bien une fois par mois selon les possibilités, au sanctuaire situé dans le village d’El Cobre, près de Santiago de Cuba, dans l’est du pays.

Ceux qui vénèrent San Lazaro, patron des malades et des pauvres, se rendent à El Rincon, dans les environs de la capitale cubaine, tous les 17 décembre, pour implorer son aide ou faire les vœux les plus invraisemblables.

En général, les Cubains, ou tout du moins le Cubain moyen, sont des hommes et des femmes de foi.

Les pèlerinages religieux sont partie intégrante de la culture populaire de cette île caribéenne. L'origine des fêtes qui marquent dans chaque ville ou village la commémoration de certaines dates remonte aux processions des saints patrons des différentes localités.

La Vierge de tous les Cubains

La Caridad del Cobre existe dans l’histoire de la plus grande île des Antilles bien avant d'être proclamée patronne de Cuba. Les Cubains l’appellent affectueusement « la petite Vierge » ou encore « Cachita ». Son image apparut au XVIIe siècle dans les eaux de la baie de Nipe, dans l’est du pays.

Sa présence protectrice fait partie du quotidien, depuis les guerres d’indépendance, déclarées en 1868, jusqu’à nos jours.

Dans les cultes syncrétiques afrocubains, son image correspond à celle d’Ochun, qui est la déesse de l’amour et de la fortune, ainsi que des eaux douces.

La statuette originale de la Vierge de la Caridad del Cobre est placée sur un piédestal en argent massif à l’intérieur de l’église d’El Cobre, qui reçoit tous les mois des milliers de fidèles et qui est sans aucun doute un des lieux de pèlerinage les plus vénérés et les plus fréquentés par les Cubains.

Un hommage tout particulier est rendu à la Vierge le 8 septembre. Les rues du village se teignent du jaune des fleurs et des vêtements. Des personnes arrivent de tous les coins du pays en quête de réconfort spirituel, de solution à leurs problèmes de santé et de l’exaucement de leurs vœux. Elles y viennent aussi pour s'acquitter des engagements pris en vertu d'une promesse.

La niche qui protège la Vierge se trouve dans la chapelle des miracles, où les croyants déposent les offrandes les plus diverses : bijoux en or, pierres précieuses, béquilles, cannes, vêtements, prix…en signe de reconnaissance.

Le célèbre écrivain nord-américain Ernest Hemingway offrit la médaille du prix Nobel de littérature à la vénérable patronne de Cuba.

Bon nombre des pèlerins qui se rendent à El Cobre emportent des statuettes, des médailles ou des pierres roulées en cuivre comme porte-bonheur.

D’autres achètent des images pour les porter sur eux ou les coller à la tête du lit de leurs enfants, la Vierge de la Caridad étant aussi la protectrice des mères et des enfants. De là la tradition de quitter la maternité avec les bébés entièrement vêtus de jaune.

Mais l’église d’El Cobre n'est pas la seule à recevoir des visiteurs le 8 septembre. A La Havane, près du centre historique de la ville, un temple consacré à celle que l’on nomme aussi « la Vierge mambi » célèbre des messes qui attirent de nombreux fidèles à l'approche de cette date.

San Lazaro et des sacrifices inimaginables

Comme dans le cas de la Vierge de la Caridad, San Lazaro a aussi son équivalent dans les religions afrocubaines, où il est connu sous le nom de Babalú Ayé.

Les différentes versions à propos de l’origine de ce saint le décrivent comme un mendiant et un lépreux vêtu de haillons, marchant avec des béquilles et toujours accompagné de chiens.

C’est peut être l’aspect de ce saint nécessiteux qui attire le pèlerinage le plus impressionnant et le plus attendu à Cuba chaque année, le 17 décembre. Les fidèles se rendent au sanctuaire d’El Rincón, en l'honneur de San Lazaro.

Tout au long d'un cortège d'environ trois kilomètres, le violet (couleur associée au saint) prédomine. C'est le ton des fleurs, des bougies et des vêtements. Les fidèles soutiennent des statuettes dans leurs mains ou brandissent des images immenses du saint. Ils allument des petites lampes à huile qui se multiplient par centaines à proximité de l’impressionnant autel.

Des milliers de personnes marchent, mues par la foi, à tel point que la circulation routière est interdite sur les principales rues qui conduisent à l’église.

D’autres fidèles consentent de véritables sacrifices. Certains d'entre eux portent des vêtements en toile de jute en plein mois de décembre, malgré le froid. D’autres font le trajet à genoux sur un terrain accidenté et irrégulier. Il y en a même qui se traînent ou avancent enchaînés à des blocs de pierre.

Selon les croyants, le miracle est en correspondance avec le sacrifice.

La fatigue physique et les formes d'autopunition atteignent un tel niveau que des professionnels de la Croix-Rouge sont postés tout le long du parcours pour apporter les premiers secours.

Ces scènes surréalistes se répètent, chaque année, le 8 septembre et le 17 décembre.

Traduction : Alicia Beneito