Les phares de Cuba, le repère de la terre



Archipel baigné par les eaux des Caraïbes, Cuba a toujours été un lieu stratégique de commerce et d’échange. Sa position centrale au centre du Golfe du Mexique et la profondeur de ses baies ont converti l’île en escale obligatoire pour les navires voguant sous les tropiques dès le XVIIIème siècle.

Pour faciliter la navigation, de nombreux phares ont été installés sur les côtes pour signaler la proximité de la terre. Bien que certains aient déjà plus de deux siècles, ils sont toujours en service aujourd’hui.

Du feu à l'électricité

À l’origine les phares servaient de vigie le jour et des feux étaient allumés la nuit pour orienter les marins. Les gardiens étaient appelés torreros et se chargeaient du maintien du feu.

Le premier phare permanent a été installé à La Havane en 1764 dans le château de Los Tres Reyes del Morro. Il a longtemps été le point de repère de l’entrée de la ville. En 1983, il a été inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Aujourd’hui, la majorité des phares a été automatisée. La technologie a laissé aux gardiens la seule tâche de surveiller les mécanismes techniques. Dix-sept phares sont en service actuellement sur l’île. Ceux-ci sont gérés par la société d’Etat « Grupo empresarial Geocuba ».

Au fil des années, les mécanismes d’illumination ont évolué : huile de colza, de baleine, d’olive. Puis l’électricité à la fin du XIXème siècle, le pétrole, le kérosène et l’acétylène.

La particularité de chaque phare réside dans sa fréquence d’illumination. Les marins peuvent alors distinguer de quelle zone ils se rapprochent. Le phare Diego Velázquez, à Ciego de Ávila, émet par exemple trois éclairs blancs toutes les 15 secondes alors que celui de Cabo Cruz, à Granma, un éclair blanc toutes les 5 secondes.

On peut reconnaître la période de construction des édifices en fonction de leur matière : pierre au XIXème (Morro à La Havane, Roncali au Cabo de San Antonio, Colón à Camagüey), métal et béton au XXème siècle (Cabo Jutías à Pinar del Rio, Cayo Guano del Este dans l'Île de la Jeunesse).

Les phares ont une histoire

Par leur architecture et l’environnement naturel où ils se trouvent, les phares cubains sont un attrait touristique important dans l’île.

Le phare de Colón par exemple, situé sur Cayo Sabinal (îlot de l’archipel Jardines del Rey), est relié par un autorail sur la mer à Nuevitas (province de Camagüey). Construit en 1848, il guide les marins à travers les écueils de la barrière de corail.

Le phare de Cayo Jutía, construit en 1902 sur les côtes de Santa Lucía à Pinar del Rio, est le seul des Caraïbes à avoir gardé sa structure d’origine en acier. De sa couleur originelle noire et jaune, il continue à éclairer la zone avec son fanal français dont on a seulement modifié le système d’éclairage avec une ampoule halogène de 100 watts. Situé à 43 mètres au dessus du niveau de la mer, il éclaire jusqu’à 18 milles.

Le phare de Punta de Maisi (province de Guantánamo) signale le point le plus à l’est de l’archipel cubain. Sa tour s’élève à 37 mètres au-dessus du niveau de la mer. On y accède via un système de terrasses particulièrement singulier à Cuba. Perché à son sommet, on peut y apercevoir Môle Saint-Nicolas en Haïti.

A l’autre extrémité de Cuba se trouve le Cabo de San Antonio. Situé à Guanahacabibes (province de Pinar del Rio), le phare Roncali s’élève à 33 mètres au dessus du niveau de la mer depuis plus de 160 ans. Il est considéré comme un des plus importants du continent car il oriente chaque année des milliers de bateaux voyageant à travers la mer des Caraïbes et le Golfe du Mexique.

On raconte que c’est ici que se sont réfugiés les aborigènes à l’époque de la colonisation espagnole. C’est une zone très isolée que pirates et corsaires fréquentaient entre le XVIème et le XVIIIème siècle. Des légendes populaires prétendent qu’on y a enterré une partie des trésors saisis sur les navires provenant d’Amérique du Sud. Jusqu’en 1970, ce phare était accessible seulement par la mer ou par des sentiers étroits. Aujourd’hui, une route relie l’édifice au village de Los Cayuelos. Depuis le haut du phare, on peut admirer la biodiversité végétale de la péninsule de Guacahabibes inscrite réserve mondiale de la biosphère par l’UNESCO en 1987. On y trouve plus de 18 espèces d’amphibiens, 35 espèces de reptiles, 171 espèces d’oiseaux, 18 de mammifères et 86 de papillons diurnes.