Les « piropos » à Cuba

2017-06-19 17:12:19
Rodolfo Romero Reyes
Les « piropos » à Cuba

Les piropos sont des propos flatteurs adressés à quelqu’un dans l’espace public. À Cuba, ces galanteries, respectueuses et originales, relèvent de la tradition et elles ne manquent jamais d’arracher un sourire à la personne complimentée.

Profondément enracinés dans la culture populaire de l’Amérique latine et des Caraïbes, ces compliments parfois hardis, lancés dans les rues, visent à exalter la beauté féminine. À Cuba, les célèbres piropos trouvent leur source aux origines de la société patriarcale.

De nos jours, à l’initiative du mouvement féministe, un certain nombre de ces expressions sont désormais cataloguées comme des formes de harcèlement sexuel dans de nombreux pays européens. Ces changements dans la manière d’aborder la sexualité féminine ont buté sur de nombreuses résistances et si on faisait un sondage à Cuba, la proportion des détracteurs seraient bien plus grande encore.

Galanteries

Cuba conserve un trésor considérable de piropos. Les mères et les grands-mères se souviennent avec tendresse de leurs promenades ; bien habillées et arrangées, elles attiraient les regards et suscitaient spontanément des propos flatteurs de la part de tous les hommes galants qui croisaient leur chemin. Ce comportement était approuvé voire même exigé par la société.

On apprenait aux filles à accepter de manière timide et passive mais avec plaisir, tandis que les garçons étaient incités à dire ces compliments sans rougir. Ces galanteries faisaient partie d’une sorte de cour éphémère que l’on faisait aux femmes et visaient à résumer en une seule phrase toute l’admiration provoquée par un sourire ou une démarche sensuelle.

Bien sûr, au début, les piropos n’étaient que des propos respectueux qui faisaient allusion à des qualités ou des vertus féminines dans une optique plutôt platonique. On parlait de perles pour louer des yeux rêveurs ou de belles dents.

Photo : Kaloian (rouslyncuba.wordpress.com)

Avec la modernité, les limites ont été repoussées et les compliments ont commencé à devenir plus charnels. Un nouveau défi est également apparu : celui de rendre ces propos plus originaux et même drôles, de manière à ce qu’ils restent gravés dans les mémoires.

Cela semble facile, mais imaginer une galanterie qui plaise à sa destinataire — car c’est bien de cela qu’il s’agit — est une véritable gageure. On ne peut donc parler de piropos pour qualifier les vulgarités et grossièretés qui ne font que dénigrer ou créer le malaise.

Les plus populaires

L’originalité de ces piropos est en évolution permanente ; les temps changent et ce qui fait mouche à une époque donné ne fonctionne pas éternellement. Cependant, à La Havane et dans d’autres régions du pays, l’imaginaire populaire conserve certaines phrases indémodables.

On trouve, par exemple, les classiques « Si tu cuisines comme tu marches, je mangerais même la raspa (riz qui a accroché au fond de la casserole) » ou bien « Marche à l’ombre, les bonbons fondent au soleil ». Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il existe autant de variantes que de situations : « Tu es comme la cathédrale, vieille mais intéressante » s’il s’agit de complimenter une dame d’un certain âge, ou : « Qu’il est mignon, ce chien. Il a un téléphone ? » si la personne concernée promène son animal de compagnie.

Pendant très longtemps, les piropos ont été l’apanage des hommes, mais il faut reconnaître que les femmes se sont approprié cette manière de communiquer. Aussi, de nombreuses Cubaines aiment adresser ces compliments et surprennent souvent des hommes, pris au dépourvu.

Ces propos flatteurs constituent un phénomène culturel qui compte de grands défenseurs, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Certains hommes ne conçoivent pas une journée sans une phrase adressée à une belle Cubaine, tandis que certaines femmes ne se sentent satisfaites en fin de journée que si elles ont récolté quelques propos flatteurs.

Bref, les Cubains sont nombreux à prendre du plaisir en adressant ces compliments ou en les recevant dans les rues de la ville. On pourrait croire que ces preuves d’admiration sont tombées en désuétude, qu’il s’agit de coutumes du passé boudées par les nouvelles générations… C’est pourtant une évidence, les piropos n’ont rien perdu de leur lustre.

 

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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