Les réformes économiques à Cuba (1/2)



Le gouvernement cubain, dirigé par Raúl Castro, a récemment publié « les grandes lignes de la politique économique et sociale ». Ce document servira de base aux débats du VIème congrès du parti communiste cubain. Il concentre l'essentiel des réformes économiques qui seront appliquées dans le pays lors des prochaines années.

Le congrès aura lieu en avril 2011, 13 ans après le dernier rassemblement. L'économie sera au centre des débats. Le Président Raúl Castro souhaite un débat national rassemblant tous les secteurs de la société cubaine.

Ce document de 32 pages donne une idée claire des évolutions  que les autorités veulent propulser à la société cubaine. Il rassemble un grand nombre de demandes faites lors de débats en 2007 par des chefs d'entreprise, des académiciens, des chefs politiques provinciaux...

Une stimulation du secteur privé

Sans renoncer ouvertement à la planification socialiste, le projet veut développer l'initiative privée en réduisant les contrôles étatiques. Il est écrit qu'il faut « reconnaître et stimuler » les entreprises mixtes, les coopératives et les travailleurs « por cuenta propia » (indépendants). Le gouvernement veut relancer les secteurs de la construction, des services et de la gastronomie.

Il est mis en avant également la nécessité de développer des politiques de crédit favorable à ces secteurs et autorisant le développement de marchés en gros. Toutefois, les autorités spécifient « qu'elles ne permettront pas la concentration de la propriété », sous-entendu l'enrichissement des riches propriétaires.

Des entreprises et des territoires plus autonomes

Les entreprises étatiques jouiront d'une plus grande autonomie. Elles géreront seules leur capital et, à un certain niveau, décideront de leurs politiques d'investissement et de prix. Les entreprises qui seront jugées pas assez rentables seront tout simplement liquidées.

Il est évident que le gouvernement a la volonté d'alléger l'État cubain en se débarrassant des entreprises subventionnées et non productives. Les entreprises d'utilité publique (santé, éducation...) seront les seules maintenues dans le giron étatique.

Dans une volonté d'une plus grande décentralisation, l'état cédera un pouvoir grandissant aux communautés locales. Les entreprises payeront un impôt territorial pour contribuer à leur développement.

La fin du carnet d'approvisionnement

Raúl Castro a annoncé que les subventions excessives et tous les privilèges gratuits seront supprimés. Néanmoins, les « conquêtes de la Révolution » resteront intactes : une assurance santé et une éducation gratuites, l'accès massif à la culture, au sport et à l'assistance sociale au plus grand nombre.

Le carnet d'approvisionnement (mis en place en 1962, il permet aux Cubains de recevoir des aliments et produits de base à des prix très faibles) disparaîtra progressivement. Le gouvernement trouve cet instrument économiquement irrationnel car il favoriserait l'émergence d'un marché souterrain au profit des moins nécessiteux. À la place, un système de redistribution aux personnes ayant les plus faibles revenus sera mis en place.

L’emploi, les salaires et la production agricole

Le projet économique du gouvernement cubain souhaite assurer un revenu équitable au mérite de chacun pour garder une production locale de qualité. Il est également mis en avant la nécessité de répondre à une demande croissante de biens de consommation qui est souvent en déséquilibre par rapport à l'offre.

La structure de l'emploi sera modifiée. Les travailleurs les plus productifs resteront à leur poste tandis que les autres seront mis en disponibilité s'ils se trouvent dans des structures où les effectifs sont trop nombreux.

L’état souhaite que la production agricole s'accroisse pour réduire les importations s'élevant à plus de deux milliards de dollars. Les terres remises en usufruit aux paysans privés seront donc mieux exploitées.

En plus de mettre à contribution les terres en friches (estimées à plus de 50%), le gouvernement créera des procédures de commercialisation plus rapides pour mieux équilibrer la production primaire et la demande finale des consommateurs. Cela permettra de diminuer les pertes résultant des insuffisances du système de distribution.