Les Romerías de Mayo



La racine du mot « romería » peut être suivie depuis la Grèce ancienne, où româios a d'abord signifié « romain » et « occidental ou romain » qui allaient en pèlerinage vers des lieux saints. L’ancien latin transformera ce terme en romaeus , qui perçoit postérieurement un sens plus particulier comme romarius , pour se référer aux ermitages ou aux sanctuaires de Rome.

Actuellement les romeros sont les pèlerins qui voyagent vers un lieu sacré ou vers un sanctuaire et les romerías sont des festivités catholiques célébrées à une certaine date de l'année, en dépendance du pays ou de la région.

En Espagne, pour citer un pays ayant une tradition catholique enracinée, il existe de nombreuses romerías consacrées à divers saints ou vierges et toujours nuancées par le folklore régional. La plus ancienne est celle de la Vierge de la Cabeza qui a comme « Mecque », le dernier dimanche d'avril, un sanctuaire homonyme, situé dans la Sierra d'Andújar.

Dans la province de Jaén a lieu une romería en honneur à Santa Quiteria, la fin de semaine postérieur au 22 mai ; dans la cordouane, et avec plus de huit siècles d'existence, on fête celle de Notre Dame de Gracia de Alcantarilla, le dernier week- end d'avril ; à Malaga celle du premier mai consacrée à la Vierge et le Patronne de la ville, Mª Auxiliadora, est très connue ; dans la région de Murcie plus d’un demi million de pèlerins se réunissent le mardi qui suit le 8 septembre en honneur de la Vierge de la Fuensanta ; la romería de Castille de La Manche commence le dernier dimanche d'avril et, durant trois jours, on peut déguster une gastronomie typique, alors qu'à Albacete, la romería de la Vierge de Cortes, patronne d'Alcaraz, a lieu le 8 septembre.

Avec la conquête du nouveau monde les Espagnols se sont proposés non seulement de coloniser les territoires rencontrés avec les armes, mais ils ont apporté en Amérique leur idiosyncrasie et par conséquent leur religion. Ils ont importé l'idéologie catholique avec tous ses saints pères, prêches, bibles, estampilles, rosaires et, naturellement, ses traditions et ses fêtes.

C’est pour cette raison que chaque 12 octobre les Mexicains parcourent huit kilomètres depuis la cathédrale de Guadalajara jusqu'à la Basilique de la Vierge de Zapopan ; que la dernière semaine de septembre plus d’un demi million d’Argentins font un pèlerinage en honneur de la Vierge de Luján, patronne de leur pays, ainsi que d’Uruguay et du Pérou ; que plus d’un million de Paraguayens gravissent une colline jusqu'au sanctuaire de la Vierge de Caacupé la nuit du 8 décembre, et que chaque 2 août les Costaricains célèbrent leur romería en hommage à la Vierge de Los Angeles.    

Dans la province cubaine d’Holguín nous avons une célébration dont la genèse est similaire à celle qui ont été mentionnées jusqu'ici mais qui, actuellement, possède une différence considérable. Il s'agit des  « Romerías de Mayo » .

Ses origines datent de la fin du XVIIIème siècle quand, en mai 1790, le frère franciscain Antonio de Alegria a chargé une croix jusqu'à la cime de la colline du Bayado et il l'a plantée là, afin d'éviter les maux qui pourraient désoler la région. Rapidement ce point s'est converti en un centre de pèlerinage, où les fidèles venaient depuis l'église San Isidoro pour accomplir leurs suppliques, prier, allumer des cierges et réaliser d'autres cérémonials propres à l’imaginaire religieux. Progressivement s’est forgée une tradition qui avait lieu chaque 3 mai.

L’opportune initiative pour construire un escalier qui facilite l'accès à la croix a été bénéfique vers le milieu du siècle dernier. Les activités pour la collecte de fonds ont contribué à la construction de cette œuvre qui, après 23 ans de travail, a pu inaugurée ses 458 marches, aujourd’hui une caractéristique de la ville d’Holguín.

À partir de 1994 les Romerías de Mayo ont acquis une nouvelle connotation. Cette festivité, plus qu'une tradition religieuse, a commencé à s’enrichir avec des activités laïques de caractères artistique et populaire, sous l'auspice de l'Association Hermanos Saíz (AHS).

Actuellement, les fêtes s’étendent du 3 au 8 mai. Elles commencent avec un défilé de voitures partant du parc central de la ville jusqu'à la Forêt des Héros. Un défilé, le matin suivant, portant la Hache d’Holguín, terminant avec un concert en haut de la colline de la croix. Les festivités finissent avec la plantation d'un arbre représentatif de la continuité de la tradition.

Cette année nous célébrons la dix-septième édition, dédiée à la ville canadienne de Toronto. De même, nous rappellerons le centenaire de l'intellectuel cubain José Lezama Lima et nous rendrons hommage au cinquantenaire de l'Institut Cubain de l'Amitié avec les Peuples (ICAP).

À cette festivité, liée avec l'événement international Cubadisco 2010 – dédié cette année à la musique campagnarde –, prend part un pléiade de musiciens de divers genres. Au sein de ces Romerías trois cent trente six heures sont précisément dédiées au chant ininterrompu pour ce qui est déjà connu comme « la plus longue canturía du monde ».

Là ne manquent pas les espaces dédiés aux arts plastiques, avec les expositions de collections individuelles et collectives ; ni aux travaux des jeunes investigateurs sur les cultures régionales ; ni aux éditeurs et aux écrivains ; ni aux danseurs, aux musicologues, aux metteurs en scène de théâtre, aux dramaturges, aux artisans, aux cuisiniers, aux narrateurs, aux spécialistes en audio-visuels, aux locuteurs, bref, il y a des espaces pour tous.

Les Romerías de Mayo, anciennement chrétiennes et consacrées exclusivement au culte religieux, s'habillent aujourd'hui avec ce costume multicolore qu’est la culture, pour briller dans les espaces païens de la ville d’Holguín, entraînant tous les habitants dans le pèlerinage, dans la consolidation de l’authenticité, de la danse et de la réflexion.