Les rues de La Havane, des noms empreints de poésie

2012-12-17 22:22:00
Les rues de La Havane, des noms empreints de poésie

gens dans la rue
Une rue de La Havane (photo: Cubania)

Traduction Isabel Raux

Le quotidien s’est imposé sur le solennel.

Tout a commencé dans le chaos d’une urbanisation qui s’est construite au petit bonheur la chance, du style : « après moi le déluge ».

L’anarchie avec laquelle la ville havanaise s’est édifiée se reflète dans l’histoire du Cabildo (conseil municipal) où un conseiller s’égosillait à demander : « qu’on donne un nom aux rues pour qu’on comprenne où construire les maisons. »

Selon une méthode non dépourvue de poésie quotidienne, c’est la population qui donna leur nom aux rues au gré des circonstances. Par exemple, une rue prit le nom d’OFICIOS (métiers) parce qu’à cet endroit de nombreux artisans exerçaient leur profession, une autre devint la rue OBISPO (évêque) parce qu’un évêque s’y promenait, une troisième fut la rue Lamparilla (veilleuse), précisément à cause de cette veilleuse qu’un dévot allumait régulièrement devant une image religieuse.

Les habitants pouvaient aussi s’inspirer d’un aigle (rue ÁGUILA) peint sur la façade d’une taverne, d’un arbre touffu (rue AGUACATE), d’un alambic (rue ALAMBIQUE), où du premier aqueduc construit en Amérique (rue ZANJA).

Il en va de même pour la rue PICOTA (pilori) où l’on fouettait les prisonniers, la rue ÁNIMAS (âmes) où la solitude et l’abandon du lieu semblaient faits pour accueillir les âmes en peine, et la rue EMPEDRADO (pavé), revêtement avec lequel on recouvrit de façon expérimentale une rue où l’eau s’accumulait quand il pleuvait. C’est à cet endroit qu’Alejo Carpentier a fait débuter son roman le siècle des lumières.

Il y eut également la rue CORRALES (enclos pour le bétail) et la rue ESTRELLA (étoile) où se trouvait un grand réverbère en forme d’étoile, ou bien encore la rue PERSEVERENCIA (persévérance) qualité dont il fallait faire preuve à l’heure de construire cette rue.

GERVASIO (Rodríguez) ne fut ni gouverneur, ni évêque, ni scientifique de renom, mais il lui a suffi de planter le premier manguier à Cuba pour qu’une rue porte son nom.

BERNAZA José, lui ne fit rien d’autre dans sa vie que de cuire du pain, mais il donna son nom à la rue où naquit Plácido, le fameux poète martyr.

Comme l’a dit l’historien Emilio Roig de Leuchsenrig, pour donner un nom aux rues de leur ville, les havanais n’ont fait que s’inspirer de « l’enchantement, du charme et de l’intérêt folklorique qui rappellent des évènements insignifiants ou importants de leur vie, de leurs traditions ou de leurs légendes »

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