Les secrets des documents d’Ernest Hemingway à Cuba



Par Ivette Fernández

Photo : Wikipedia

Le mystère d’Ernest Hemingway… Pourquoi Mary Welsh a-t-elle brûlé à la mort de son mari une partie des documents de ce dernier ?

Avec la publication d’une partie des archives du FBI dont certaines étaient consacrées à Hemingway, on a pu en connaître un peu plus sur le célèbre prix Nobel de Littérature.

Pourtant, il reste certaines énigmes difficiles à solutionner, principalement quant à sa vie réelle... On aurait pu imaginer en trouver les réponses dans la correspondance de l'écrivain...

Depuis 48 ans, des milliers de documents, lettres, cartes postales, manuscrits et écrits tapés à la machine, racontent la vie quotidienne d'un des grands héros de la littérature américaine : Ernest Hemingway. Ils ont été tenus à l'écart du public et pourtant dans sa « Finca Vigía », située à la périphérie de La Havane, se trouvaient des écrits permettant de répondre aux questions, encore controversées près d'un demi-siècle après la mort de l'écrivain.

Célèbre pour sa témérité, Hemingway était beaucoup plus qu'un romancier. Correspondant de guerre, amateur de corridas et de boxe, chasseur, mais aussi victime de plusieurs accidents, l'écrivain raconta bon nombre d'aventures dont il fut lui-même l'interprète. Son œuvre et sa manière de vivre ont suscité la méfiance de certains et ce qui pouvait paraître à la fin de la vie de l'écrivain « délirant » semble aujourd'hui avec le recul la vraie réalité.

En 1983, dans les archives que le FBI avait ouvertes et qui concernaient Hemingway, il apparut que des dossiers étaient le fruit d'une investigation, qui dura de 1942 à 1974, et qui 22 ans après la mort de l'écrivain étaient toujours en cours. Ces dossiers comportaient d'ailleurs de nombreuses références privées.

Dans un message émit par l’agence Prensa Latina et publié dans le journal cubain Granma, le 8 avril 1983, il est précisé que

Même si une grande partie de la documentation sur Hemingway traite de ses activités antifascistes pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle présente aussi de nombreux rapports liés à son soutien à la Révolution Cubaine, après le renversement du dictateur Batista.

Hemingway et Mary Welsh

Certains attribuent la cause de la mort d'Hemingway à la persécution qu'il subissait de la part du FBI. Même si l’on sait aujourd'hui qu’il souffrait de troubles psychiatriques à la fin de sa vie, des spécialistes de l'auteur confirment que ce harcèlement l’a certainement poussé au suicide en juillet 1961, dans l’Idaho, aux États-Unis. D'autres disent que des doses excessives du médicament prescrit contre la dépression, la réserpine, en étaient le véritable motif.

Après la mort de l'auteur de Pour qui sonne le glas, sa veuve, Mary Welsh, a rapatrié certains des biens de son mari depuis la Finca Vigía. Elle les a emporté  aux États Unis mais en a cédé d’autres à l'État cubain. Bien qu'un tiers des documents ait été brûlé, comme si une partie de la vie de l'écrivain devait être occultée, certains que Mary avait emportés ont été connus quelques années plus tard.

Par exemple, dans le New York Times daté du 31 janvier 1975, on pouvait lire l'information suivante :

Aujourd'hui, 13 ans après que l'écrivain a mis fin à ses jours d'un coup de fusil, une première partie des documents d’Ernest Hemingway a été mise à la disposition des chercheurs de la bibliothèque John F. Kennedy (…) mais tout ne se trouve pas ici. Une omission notable est Garden of Eden (Le jardin d'Éden), un roman inédit. Des milliers de lettres personnelles et les manuscrits de ses récits et de ses articles publiés dans les journaux et les revues ne seront pas à la disposition des chercheurs.

Hemingway, dont on dit qu'il conservait tout ce qui était imprimé et dont la correspondance était abondante, a laissé, dans la maison cubaine où il vécut 22 ans, plus de 9 000 livres et un nombre considérable de manuscrits, d’écrits tapés à la machine, de revues et de lettres. Des pièces conservées dans le musée qui porte son nom (Finca Vigía) et qui ont été récemment restaurées, numérisées et finalement partagées avec la bibliothèque John F. Kennedy, aux États-Unis.

Le projet de numérisation des documents, commencé en 2003, s'est mis en place par un accord entre le Conseil des Investigations des Sciences Sociales des États-Unis et le Conseil National du Patrimoine (CNP) de Cuba. Ayant comme témoins le Commandant en Chef Fidel Castro et le Sénateur James McGovern, la convention a été signée le 12 novembre 2002. Alors que la partie étasunienne fournissait l'équipement, les experts cubains avaient en charge la restauration grâce à des spécialistes du Musée Hemingway et du Centre National de Restauration, de Conservation et de Muséologie (CENCREM). Les documents restaurés étaient ainsi prêts à être numérisés par le Conseil National du Patrimoine.

Tous ces documents, dont les épreuves corrigées du Vieil homme et la mer, dont le scénario de cinéma basé sur le roman, d’un final alternatif de Pour qui sonne le glas et des milliers de lettres, y compris sa correspondance avec les écrivains Sinclair Lewis et John Dos Passos et l’actrice Ingrid Bergman ont permis de reconstruire une partie de la vie du romancier. Pourtant, à ce jour, on a rien trouvé de significatif en ce qui concerne les mystères qui entourent sa personnalité.

S'il est vrai que la correspondance puisse en clarifier certains aspects, il reste nécessaire que les spécialistes de l’œuvre du Prix Nobel y aient accès. Bien que ces documents, tous en bon état, soient restés toutes ces années dans son domicile havanais, peu de personnes ont eu connaissance de leur contenu. Ada Rosa Alfonso, la directrice de la Maison Musée Ernest Hemingway où a vécu l'écrivain depuis 1939 jusqu'à l'année de sa mort, a expliqué que les documents n'étaient pas cachés, mais que leur conservation nécessitait de les maintenir confinés.

Là où un nouveau mystère surgit

Un mois après la mort d'Hemingway, sa veuve revient à Cuba. Apparemment elle avait déjà décidé de donner une partie des biens de son mari au peuple cubain. Elle s’était réservée le droit d’emporter une partie de l'héritage, mais aussi, et c'est le plus troublant, elle a fait brûler une autre partie suivant, d’après ce que l’on croit, les indications de son mari.

Actuellement il est impossible de déterminer s’il est vrai que l'auteur de L’Adieu aux armes ait marqué une partie de sa correspondance avec l'ordre de la brûler, car les déclarations ont été contradictoires. Mais quel motif aurait-il eu à donner cette consigne ?

Les documents conservés dans la Finca Vigía, à Cuba, et ceux de la Bibliothèque John F. Kennedy, aux États-Unis, font partie du legs de l'un des plus grands écrivains de l'univers. Les informations qu'ils contiennent révèlent le monde de l'écrivain, éclairant des petites choses, mais laissant les mêmes doutes qui existent depuis des décennies. Aujourd'hui encore, pourrait-on trouver quelqu'un de vivant qui pourrait faire la lumière sur cette affaire ? Mais il est vrai que de nombreuses réponses que nous avons cru pouvoir trouver, semblent avoir été réduites en cendres par son épouse.