Les sols, une ressource importante en dégradation

2012-10-03 20:19:34
Les sols, une ressource importante en dégradation

L'histoire des sols de Cuba a occupé les scientifiques cubains et étrangers depuis de nombreuses décennies. Il y a différentes hypothèses de sa formation, mais celle établie comme vraie est que les différents types de terrains classés, le long de l'archipel, sont liés au climat et à ses variations pendant des millions d'années.

Des experts indiquent que l'introduction de quelques mauvaises pratiques de l’appelée « révolution verte » est la responsable du problème actuel. Selon des experts, parmi les causes les plus importantes qui ont affecté les terrains du pays au siècle dernier se trouvent l’utilisation inadéquate de nutriments, l'utilisation irrationnelle de l'irrigation, la monoculture et l'excès de mécanisation provoquant un important compactage.

La Stratégie Environnementale Nationale a identifié la dégradation des sols comme le principal problème environnemental de la nation caribéenne, avec 76,8 pour cent des terres productives endommagées par des facteurs limitant sa productivité et par des processus conduisant à la désertification.

Par conséquence, la protection contre la dégradation et la salinité constitue un sujet de réflexion des chercheurs de l'île. Pour le spécialiste et professeur titulaire de l'Institut Supérieur Agricole de La Havane, Fernando Ortega, garantir la survie des futures générations oblige à conserver le sol, en évitant les processus qui le dégradent, fondamentalement à cause de l'érosion ; mettre en œuvre des mesures de conservation ; les retourner le moins possible et combiner les pratiques traditionnelles avec les agro écologiques. À son avis, le pays peut mieux profiter de la terre et, à la fois, la protéger.

Une autre affaire est d'augmenter l'intérêt pour la terre, pour que le paysan se sente engagé à la préserver et à l'utiliser d'une façon rationnelle. « Il existe une proposition de produire deux récoltes de soya sur les près de 50 000 hectares dédiés au tabac, quand la récolte est terminée. Avec ceci, on profiterait des nutriments du sol et on pourrait obtenir davantage de soya par rapport à celui qui est acheté aujourd'hui à l'étranger. Mais ceci n'est pas fait et le sol, qui doit être couvert, est labouré maintes et maintes fois », a-t-il affirmé.

Un autre exemple exposé par Fernando Ortega est la croyance que le marabú est très mauvais et qu’il faut l’éliminer, même au bulldozer ou avec des herbicides très polluants. Toutefois, dans les secteurs où il existe, on évite les dommages, car la plante protège le sol et fixe l'azote. D’autre part, le docteur en Sciences Alberto Hernández, chercheur titulaire de l'Institut National des Sciences Agricoles (INCA), a signalé que l’on doit continuer à faire des recherches sur chaque site, pour que les actions productives et de conservation soient réalisées en connaissance de cause des terrains et de leurs caractéristiques.

Le pays met en place une série de politiques environnementales, agricoles et institutionnels, dirigées à restituer ou à atténuer la situation actuelle des terrains productifs, touchés par les processus de désertification accumulés durant des années, signale Olegario Muñiz Ugarte, chercheur et président de la Société Cubaine des Sciences du Sol (SCCS), qui regroupe plus de 200 spécialistes liés à ce thème.

« Il ne s’agit pas d’être contre le développement, la mécanisation et les engrais, mais nous plaidons pour une utilisation intégrée des différentes pratiques ». À ce sujet, Muñiz a précisé, qu’il faut renforcer une agro technique chaque fois plus efficace pour élever le rendement des cultures, l'utilisation de la traction animale, ainsi que pour la recherche de nouvelles méthodes analytiques des systèmes de production, en vue de diminuer l'utilisation des engrais et des pesticides. Dans le pays, a-t-il souligné, on travaille, en outre, avec l'emploi de systèmes d'irrigation en accord avec chaque semis, et à l'amélioration de la qualité des produits agricoles, pour laquelle on dispose déjà de différents programmes d’utilisation intégrée de nutrition végétale, qui comprennent, de même, l'application d'engrais organiques.

Le spécialiste considère qu’un des aspects les plus significatifs dans le cas cubain est que l'État finance une partie de la conservation des sols. Actuellement, on mène à bien un Programme National de Conservation et d’Amélioration de Sols, avec un budget de 14 millions de pesos.

Certains croient que l’on doit aller plus loin. La chercheuse Carmen Orellana considère important de sensibiliser les citoyens aux sciences du sol, de les rendre plus participatifs, que le sujet ne soit pas uniquement d’intérêt pour des chercheurs et des scientifiques, car c'est un thème qui concerne tout le monde, « parce que le sol n'a pas seulement une fonction agricole et productive, mais c'est l’endroit sur lequel nous vivons et si nous ne nous en occupons pas, si nous ne le préservons pas, on va détruire la planète ».

La science et les sols

En accord avec le livre La historia de la clasificación de los suelos de Cuba (L’histoire de la classification des sols de Cuba) (La Havane, 2006), des professeurs Alberto Hernández et Miguel Ascanio, la classification de cette ressource a joué un rôle fondamental dans la détermination des facteurs limitatifs de la production agricole et des processus de dégradation du terrain et de l'environnement.

On a pu analyser que l’utilisation des sols dans les différentes régions dégradées doit être faite avec grand soin, étant donné les processus de salinisation et de perte de matière organique.

La dégradation est définie comme la diminution des qualités du sol, généralement, à cause de la mauvaise utilisation qu’en font les personnes. Les experts soulignent que les processus de dégradation les plus fréquents sont l'érosion et la salinisation, conduisant à la désertification quand cela se produit dans des régions arides, semi-arides et subhumides sèches.

L'appauvrissement des terres est étroitement lié à l'épuisement des manteaux aquifères, à cause de leurs surexploitations à des fins agricoles, industrielles et d'utilisation domestique, ce qui a pour conséquence l’envahissement par les eaux de mer des bassins souterrains et provoquent la salinisation des terrains, les rendant inadéquats pour l'agriculture et de basse qualité pour la vie sauvage.

Un des aspects qui influe sur l'érosion est la coupe indiscriminée des forêts. En accord avec Hernández et Ascanio, Cuba est un exemple de déforestation des régions tropicales avec une diminution intense des forêts, surtout lors de la première moitié du siècle dernier. Entre 1900 et 1959, la zone forestière a diminué de 63 à 13 pour cent. Les chercheurs signalent que cette déforestation a entraîné que les écosystèmes deviennent fragiles et que le processus d'érosion s’intensifie.

On développe un programme de reboisement pour faire reculer ce phénomène, qui permet de préserver, progressivement, la surface forestière du pays. À la fin de l’année 2008, la superficie boisée de Cuba constituait 25,3 pour cent du territoire national. Pour 2015, on aspire à une couverture de 29 pour cent de la surface de l'archipel.

La reforestation analogue

Convaincus que le sol est la ressource de base pour la sauvegarde de l'espèce et de la sécurité alimentaire, les spécialistes cubains cherchent les expériences les plus novatrices efficaces. Certaines initiatives de reboisement obligent à y inclure l’amélioration des terrains. Le maître en sciences Orlidia Hechavarría, chercheuse de l'Institut des Recherches Forestières, qui coordonne un projet de reforestation analogue dans 17 exploitations du pays, suit le concept de la nutrition des sols comme première action, car celui-ci soutient ce qui est ensemencé.

Cette technique, qui s’est étendue depuis son origine au Sri Lanka jusqu'au Mexique, au Costa Rica, au Honduras et au Canada, cherche à établir un écosystème dominé par des arbres, analogue en structure architectonique et en fonctions de la végétation vierge. Elle peut être mise en place depuis plusieurs stades des plantations, comme les jachères, les pâturages, les secteurs agricoles ou agro forestiers. En outre, grâce à cette technique on parvient à récupérer des aires dégradées, à stopper l'érosion et la déforestation, et à y planter des espèces exotiques, médicinales, alimentaires et à la production de bois.

Dans la partie Est (oriente) du pays, le projet, qui a commencé en octobre 2007, d’une durée de trois ans, avec la contribution du Falls Brook Center (FBC) du Canada, comprend 14 exploitations forestières en péril dans la localité de Paraguay, province de Guantánamo. « Là, la première chose est de reconstituer le sol, car il s'agit d'une zone très dégradée, elle pourra être reboisée seulement après », précise Hechavarría. « Comme le secteur est très salinisé, nous appliquons du compost et des monticules, de sorte que le terrain s'élève avant de le planter. Etant donné qu’il ne pleut pas dans cette région, les pépinières sont réalisées sur un autre site pour que les plants puissent être repiqués quand les pluies commencent en octobre ». Au terme du projet, on pense que l’on obtiendra un accroissement de sa stabilité et de sa biodiversité.

Inter Press Service en Cuba

Inter Press Service ou IPS est une agence de presse internationale qui, selon ses vues, « focalise sa couverture médiatique sur les événements et processus mondiaux touchant le développement économique, social et politique des peuples et des nations ».

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