Les studios de tatouage

2017-06-02 18:34:45
Amada Cecilia
Les studios de tatouage

À Cuba, le tatouage est un art que l’on cultive avec un soin tout particulier. Cette passion colore les peaux les plus diverses dans de nombreux endroits du pays.

Par Amada Cecilia

Qui ne rêve pas d’emporter La Havane sur sa peau? De se tatouer ce recoin de l’univers où réalité et invraisemblable flirtent à chaque coin de rue ? Les studios de tatouage, avec leur cachet cubain (la « cubanía ») sont là pour réaliser ce rêve.

Le passant ne peut pas s’arrêter pour contempler comme il se doit ces œuvres d’art qui circulent dans les rues de cette dame désarçonnée qu’est La Havane. Le tatouage peut pointer timidement du décolleté osé d’une jeune fille ou faire étalage de ses dimensions et de ses couleurs sur les bras robustes d’un homme posté au coin de la rue au volant de son cyclo-pousse (le « bicitaxi » est un moyen de transport très répandu à Cuba).

Le choix est large. Certains sont partisans des motifs, d’autres les évitent ; il y a ceux qui rendent hommage à des héros de l’histoire nationale et ceux qui se tatouent le chanteur de leurs rêves ; ceux qui choisissent le visage de la mère chérie et ceux qui ont inscrit les noms de leurs enfants sur leurs poignets. Tous ces accords d’encre et d’inspiration convergent pour donner lieu à la symphonie du tatouage à Cuba.

LA MARCA

La Marca est un salon de tatouage qui sort du lot. C’est le seul studio à pouvoir se targuer de travailler en collectif : une équipe de cinq tatoueurs font de la peau des toiles en créant de véritables œuvres d’art dont personne ne veut se séparer.

Situé rue Obrapía entre Oficio et Mercaderes, en plein cœur de la Vieille Havane, ce studio « Galerie d’art corporel » est le premier salon professionnel de ce type à Cuba.

La renommée de La Marca est grandissante parmi les accros aux tatouages. Son style d’avant-garde est facilement reconnaissable et se caractérise notamment par une utilisation décomplexée des couleurs.

Ce salon est en outre un centre culturel alternatif qui fait vivre, aux côtés du tatouage, d’autres expressions artistiques des arts visuels et plastiques, le théâtre, la danse, la littérature, le graphisme et la musique. Ce travail sur la communication et la culture est mené dans la perspective du développement avec une prise en compte des questions de genre.

Les tatouages à Cuba ne sont pas une mode qui date d’hier, ils ne sont pas non plus l’expression d’un enthousiasme éphémère. L’histoire de cette pratique à Cuba est très ancienne ; il semble que les adeptes du tatouage sont de plus en plus divers et que de nouvelles pages de cette histoire vont continuer de s’écrire.

ZENIT TATTOO ESTUDIO

La piel como lienzo (La peau comme toile) est un documentaire qui recueille les témoignages de femmes qui travaillent dans un domaine d’activité qui était naguère exclusivement réservé aux hommes à Cuba. Ce film montre l’univers créatif de plusieurs tatoueuses qui essaient de faire leur chemin dans ce monde encore machiste.

Ana Lyem, de plus en plus connue sous le nom d’Anita à Cuba, fait partie de ce mouvement. Cette jeune femme a créé Zenit Tattoo Estudio, dans l’arrondissement de San Miguel del Padrón, à La Havane. On s’y rend pour faire l’objet de l’inspiration d’une femme qui a appris à tatouer sur la peau des cochons et qui ressent le besoin d’avoir le dermographe dans ses mains en permanence.

Anita a son style bien particulier et elle l’a confirmé : elle adore les couleurs, le pointillisme et les clairs-obscurs. Elle déteste presque les larges lignes noires que l’on trouve souvent autour des bras ou des chevilles ; les tatouages figuratifs ne sont pas vraiment de son goût même si elle est d’avis qu’ils peuvent être associés à d’autres styles.

Anita est partie de zéro et elle dispose désormais de l’un des deux studios les plus visités de La Havane, alors que cette forme d’expression artistique n’est pas encore légalement encadrée malgré la légitimité qu’elle a gagnée depuis des années.

Il n’empêche que les tatouages continuent de parcourir Cuba, La Havane et toutes les provinces du pays… Et que les artistes continuent de faire de la peau une toile éternelle.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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