Letra del año… une prédiction de l’avenir ?

2017-12-28 16:35:46
Olivia Ameneiros
Letra del año… une prédiction de l’avenir ?

Au début du mois de janvier, les augures de la religion yoruba font connaître leurs prédictions et recommandations pour la nouvelle année.


Les Cubains aiment commencer l’année du bon pied et si c’est possible, en sachant ce que vont leur réserver les douze prochains mois.

C’est pourquoi, parmi les incontournables du premier janvier, figure en bonne place la lecture de la Letra del Año (« La lettre de l’année »), un texte rassemblant les prédictions et les conseils des oracles yorubas pour l’année qui commence.

Ces prophéties servent de guide pour la vie personnelle et sociale des adeptes de la santería et de nombreux non-croyants pour les 12 prochains mois.

Cette tradition afro-cubaine constitue l’événement religieux le plus important pour les augures yorubas, appelés babalawos.

¿Que disent les Yorubas?

La Letra del Año est une tradition héritée des esclaves africains qui réalisaient des cérémonies pour tirer les augures.

La bibliographie figurant sur les sites officiels des autorités religieuses permettent de connaître en détail cette pratique dont la naissance remonte à la fin du XIXe siècle.

La cérémonie comprend des offrandes de plantes et d’animaux à l’orisha (dieu) Orula. On réalise aussi une série de rites propitiatoires destinés à s’attirer les faveurs des puissances protectrices.

La Letra del Año qui est la plus largement diffusée et lue est élaborée (« halada », dans le vocabulaire religieux, soit « tirée ») par l’Association Culturelle Yoruba de Cuba.

Selon des informations recueillies par Cubanía auprès de l’association, quelques 300 personnes, officiants et prêtres venus observer la cérémonie, se rassemblent le soir du 31 décembre.

Les seules personnes autorisées à assister à cet événement sont des babalawos reconnus par les institutions religieuses et qui bénéficient d’une large notoriété au sein de la communauté.

Ainsi, assister ou prendre part à la cérémonie constitue un honneur et un privilège des plus importants pour un babalawo.

L’Oracle d’Ifa révèle aux augures quels seront les orishas qui vont régir la nouvelle année. Ces prédictions portent sur le déroulement de l’année, sur les défis qui attendent le pays et sur la conduite à adopter pour s’attirer chance et prospérité.

Tout se résume a déterminer si l’année sera favorable, bonne (Iré en yoruba) ou mauvaise (Osogbo).

La nouvelle année est placée sous les auspices d’un signe qui est rendu public lors de « l’ouverture de la Lettre » le premier janvier, en même temps que les présages et les conseils à suivre.

De nombreux cubains observent ces recommandations pour éviter ou venir à bout des obstacles et des difficultés qui pourraient se présenter.

Cette tradition est tellement enracinée dans la population que bon nombre de médias officiels publient intégralement la « Lettre de l’année » au début du mois de janvier.

Une tradition… des certitudes ?

Les Letras del Año portent sur des questions spécifiquement religieuses concernant l’accomplissement d’un certain nombre de règles. Elles traitent également des problèmes sociaux et individuels. On y trouve aussi des prédictions de phénomènes naturels.

Se prononcer sur la pertinence des prédictions relève des croyances et de la subjectivité de chacun.

La Letra del año de l’année dernière lançait une mise en garde contre “les événements climatiques provoquant des pertes, comme la montée des eaux dans les zones côtières, les séismes, les pluies, les inondations et les ouragans ». Or, 2017 aura été une année marquée par les ouragans de grande intensité et des tremblements de terres dévastateurs en Amérique centrale et les Caraïbes.

En matière de prédictions, chacun croit en sa vérité.

Au-delà de ses présages, la Letra livre des orientations d’ordre moral qui constituent un guide spirituel pour toute la population.

En 2017, il s’agissait d’éviter les stupéfiants et la consommation excessive d’alcool mais aussi de respecter les personnes âgées.

On trouvait par ailleurs des recommandations en matière de prévention et de santé en particulier concernant les maladies respiratoires, cardiovasculaires et les MST.

La Letra conseillait aussi d’éviter la violence et la corruption. Elle invitait également à l’unité familiale et religieuse en tout moment.

Mais c’était en 2017 et dès les douze coups de minuit, de nouveaux présages seront tirés pour 2018.

Croyants ou non, on est nombreux à vouloir lire la Letra. Certains sont poussés par la foi, d’autre par la quête d’une paix spirituelle et beaucoup par la curiosité.

Il ne nous reste qu’à vous souhaiter une nouvelle année sous le signe de l’Iré (le bien).

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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