Lorsque la mode rattrape l'Histoire

2013-03-19 21:40:46
Bertrand FERRUX
Lorsque la mode rattrape l'Histoire

Par Bertrand Ferrux

Un problème de place...

La Havane autrefois, c'était la Habana Vieja qualifiée aujourd'hui de cœur historique ou partie coloniale et Miramar où se trouvaient les plus belles villas...

Souvent on travaillait dans ce premier quartier et on habitait dans le second...

Entre les deux, la mer à longer, sur une dizaine de kilomètres, bordée par une immense forêt de bois précieux : des chênes, des hêtres et bien sûr de l'Acajou qui formaient une barrière naturelle contre vents et marées.

Puis le XXième siècle apporta ses excès : excès de voitures puisque la Havane devint un véritable circuit où étaient présentées les nouvelles Cadillac, Dodge ou Chevrolet, mais surtout de population car l'immigration était forte et on s'entassait à Centro Habana, le quartier populaire....

La couronne d'Espagne ne bénéficiant plus de son droit sur l'ancienne colonie, on put alors faire ce qu'on voulait de la forêt du Vedado, et on ne s'en priva pas. Les premières pierres sur le territoire du Vedado étaient alors bien particulières... c'est en effet le cimetière colon et ses 56 hectares qui limitaient depuis 1871 le bois, et rien d'autres.

Mises en vente pour quelques pesos, les parcelles s'achetèrent rapidement et les propriétaires suivirent le 1er américain du Nord qui avait dès 1901 construit un petit bungalow qu'on placerait aujourd'hui au numéro 504 de la rue 9.

De Bois, le Vedado devint pâture à chèvres et à vaches mais dès la fin des années 40, dans l'esprit de construction d'après-guerre, le béton pris le pas et il ne resta rapidement peu de place à la verdure et aux arbres.

Buildings, Hôtels et Chantiers...

On construisit alors à l'américaine, en damier, où les lettres d'avenues croisaient les chiffres des rues... On fit au plus rapide et donc au plus simple. Orgie de modernisme, hauteurs de buldings, créations en béton armé, hôtels particuliers de la bonne société havanaise, ex-coloniale, villas exagérément néo-classiques ou justement néo-colonialistes... la folie de la construction occupa les années 50.

Les grands travaux du général Baptista accompagnèrent la débauche « cimentesque » de ce nouveau quartier, moderne et bourgeois. Partout des chantiers et les panneaux de l'état « Ministerio de OP – Plan de Obras del Presidente Batista » qui fleurissaient à chaque coin de rue....

La planification se voulait aérée et organisée : de larges boulevards espacés, des voies de circulation très larges pour permettre le passage des belles américaines, des immeubles rivalisant avec ceux de New York grâce à la découverte du béton armé qui fit le bonheur des architectes de l'époque... Le meilleur exemple en est Ernesto Gomez Sampera, auteur du plus haut building de la Havane, le fameux Focsa qui trône encore aujourd'hui au cœur du Vedado et semble dominer le célèbre hôtel Nacional, joyau architectural édifié lui en 1930.

Sous la coupe des groupes mafieux, célèbres à la Havane depuis la prohibition américaine pour leurs casinos, cabarets et autres endroits de débauche, le Vedado se pare de multiples lieux qui seront souvent utilisés différemment à la révolution cubaine de 1959, le nouveau régime se chargeant de nettoyer cette décadence.

On conserva pourtant quelques hôtels Capri, Deauville, Lincoln, le restaurant Polynesio ou encore le Habana Hilton, immense bâtiment trônant sur la plus célèbre rue du Vedado, la 23. Inauguré quelques mois avant le triomphe de la révolution par la famille Hilton, il accueillera Fidel Castro les premiers mois de 1959 et conservera son rôle hôtelier tout en étant rebaptisé Habana Libre, son nom toujours actuel.

Puis le Vedado fut oublié... S'il grandit rapidement, il vieillit tout aussi vite. La révolution mis un terme à l'engouement du quartier, à son intérêt festif, architectural et … de débauche !

Il devint alors un secteur parmi d'autres, dont la décadence fut plutôt celle de son entretien, délaissé au profit du centre historique, devenu l'intérêt premier dans les années 90, celui du tourisme, de l'histoire et des colonies.

Sorties, Soirées et Intérêt naissant...

Mais la mode n'est qu'un éternel recommencement. Si les années passées ne lui avaient pas laissé suffisamment de temps pour devenir historique, le Vedado peut être aujourd'hui considéré comme une histoire à part entière du développement de la Havane.

Oui, la Havane vit de son centre historique, ses hôtels coloniaux, ses rues pavées et bruyantes, ses animations de journées, touristiques et typiques... mais le Vedado revêt un autre mystère, celui de la nuit, des soirées, de la mode et des sorties.

Découvrir le Vedado, c'est revivre en partie ces années américaines et faire un bond dans le passé du « way of live » de l'après-guerre... Du glacier Coppelia au cinéma Yara, de la Rampa au Habana Libre, les fameux boulevards élargis longés de buildings aux multiples étages sont aujourd'hui le lieu de rendez-vous de toute la population havanaise.

Tout grouille, tout bouge, tout vit... On est surpris de voir autant de lieux qui s'ouvrent, d'endroits courus comme si, soudain, c'est là où il fallait se trouver, de jour comme de nuit.

Les restaurants privés fleurissent, tous rivalisent d'originalité mêlant la modernité de leur décor à celle de leur cuisine... Les hôtels ré-ouvrent alors que les casas particulares se comptent par dizaines, leurs propriétaires découvrant soudain qu'ils occupent une maison ou un appartement d'une richesse architecturale jusqu'alors oubliée.

On sort, on dine, on se rencontre, on se promène et on s'attarde, ici et ailleurs, sur 23 baptisée la Rampa, sur l'avenue des Présidents depuis le Malecon jusqu'au cimetière Colon.

On trouve tout ce qu'on y cherche mais surtout ce qu'on ne cherchait pas... Les occasions sont nombreuses pour des sorties prévues ou hasardeuses...

Le Vedado risque de continuer longtemps de nous surprendre, d'attirer les havanais et les étrangers prévenus. Le retour vers le passé est réussi et tout laisse à croire que La Havane verra de plus en plus son centre névralgique se déplacer...

Galerie des photos : La Havane, dans les années 50.

Cuba Autrement

« Cuba Autrement » est ce qu’on appelle dans le jargon un « réceptif », un spécialiste de la destination représenté à Cuba, en France et au Canada. Installés à La Havane depuis 1996, nous bénéficions d’un contrat d’association avec différentes agence réceptives locales, ce qui nous a permis de développer une toute une gamme de produits qui nous sont propres. Nos nombreux voyages à thèmes permettent la découverte de Cuba… Autrement, d’un point de vue avant tout culturel. Cuba « Autrement » s’attache principalement à faire découvrir une société hors du commun, un pays qui nage à contre-courant d’une mondialisation annoncée, pour le meilleur et pour le pire. Cuba et les cubains constituent une expérience extraordinaire, un cas unique qui peut se vanter de certains succès, sans oublier néanmoins ses erreurs, et qui relativise notre perception de la société actuelle. L'éducation, la discipline, la gentillesse, mais aussi le caractère nonchalant, la façon de vivre en priorité le moment présent, et le tout sous un climat tropical, façonnent l'ambiance qui retiendra l'attention du visiteur intéressé par la découverte culturelle. L’accent est donc mis sur la rencontre pour nos clients voyageurs qui, évitant les circuits classiques, désirent découvrir le pays dans ses réalités, au delà du folklore trop souvent présenté. Outre les produits touristiques basiques, l’agence développe toutes sortes d’activités inspirées de la culture locale et mène en parallèle différents projets, qu’ils soient artistiques, sociaux ou de communication (cf. Cubania.com, mais également Kewelta.cu, site d’information culturelle de Cuba, et sa partie francophone HavanaScope.com). Stéphane Ferrux, Directeur de « Cuba Autrement »  

Page web: http://www.cubaautrement.com/

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