Los Aldeanos, la voix dure du rap cubain

2012-12-08 04:26:37
Los Aldeanos, la voix dure du rap cubain

Le rap cubain est largement méconnu des touristes séjournant sur l’Île. En marge des cafés et boîtes de nuit où l’on entend en boucle les chansons du Buena Vista Social Club ou la guantanamera, un mouvement de jeunes cubains a pris l’initiative de mettre en chanson la dure réalité de leur vie quotidienne. De cette vague de musiciens rebelles, le duo Los Aldeanos a gagné en reconnaissance à Cuba et dans le monde pour leurs chansons critiques et réalistes.

Los Aldeanos ont réussi à continuer dans leur art malgré la censure des médias cubains n’appréciant guère les critiques ouvertes contre les autorités en place.

 

Le rap cubain underground

Le duo formé de Bian Oscar Rodriguez (El B) et Aldo Roberto Rodriguez (El Aldeano) a débuté sa carrière le 15 février 2003 dans les faubourgs de La Havane, au Cinco Palmas. Ce jour-là, il n’y avait pas plus de cinq personnes dans le public. Huit ans plus tard, 1500 jeunes se sont spontanément réunis dans la ville d’Holguín pour les écouter. La manifestation a été dispersée par la police locale.

Los Aldeanos est devenu une idole pour des milliers de jeunes cubains et le diable en personne pour les médias officiels. D’adolescents inconnus, ils sont devenus le symbole d’une jeunesse en perte de repère qui s’abreuve de leurs chansons.

Le duo de rappeurs a pris un malin plaisir à détruire les nombreux clichés circulant sur l’Île de Cuba à l’étranger : le présumé appui unanime des nouvelles générations à la révolution de Fidel Castro ou encore le contrôle soit disant absolu du gouvernement sur la culture cubaine qui empêcherait toute expression alternative. Cuba n’est pas une caricature d’un pays en noir et blanc dans les paroles rugueuses de Los Aldeanos.

Les critiques envers les autorités abondent dans leurs chansons. Ils ne feignent pas leur mécontentement quand ils affirment « combattre pour un changement social qui ne plaît pas au gouvernement » dans leur chanson-manifeste El rap es guerra (Le rap c’est la guerre) tiré de l’album El Atropello sorti en 2009.

Mais il ne s'agit pas d'organiser une opposition politique pour changer le système. Los Aldeanos ont rejeté toute critique les disant très liés aux mouvements rebelles souhaitant renverser Raúl Castro. Leur but est d’être le porte-voix des Cubains opprimés souffrant de la corruption, des inégalités sociales, d’une société angoissée par deux décennies de dépression économique.

Ils chantent l’héroïsme de la population cubaine : «Héros est le Cubain qui s’arrange pour être plus ingénieux que les Chinois depuis que le blocus a été mis en place», affirme Aldo avec Silvito el Libre (le fils du chanteur Silvio Rodriguez) dans le disque Los KbaYros (Los Caballeros, 2009).

Leurs albums n’ont pas été produits par des maisons de disques cubaines. Ils enregistrent dans des petits studios alternatifs comme le Real 70 dirigé par Papá Humbertico, un personnage réputé dans le milieu du hip-hop underground cubain. En outre, ils n’ont jamais souhaité intégrer l’agence cubaine de rap à cause de ses liens de subordination avec les instances officielles de la culture.

Leurs albums circulent de main en main sur des disques reproduits artisanalement. Cinq décennies de contrôle de l’information ont permis le développement d’un marché souterrain où l’on trouve des livres, des disques ou des vidéos.

Flow pour la jeunesse cubaine

Los Aldeanos font partie d'une génération de Cubains arrivés à l'adolescence durant les dures années de la période spéciale. Ce fut le début de la crise économique dont souffre encore aujourd’hui la population cubaine. Cette période fut le pont entre les dernières années d’abondance matérielle grâce au soutien de l’Union Soviétique et la dure dépression des années 90.

Leurs chansons ne parlent pas des problèmes économiques ou politiques. Elles ne s’attardent pas sur la débâcle de l’agriculture, l’inefficacité des sociétés d’Etat ou les demandes répétées des citoyens. Elles sont davantage portées sur les conséquences morales des mesures prises par les autorités pour contrer la crise économique comme l’ouverture massive au tourisme international.

« Je ne sais pas si c’est la faute du gouvernement ou de la mienne, ou la réelle nécessité du tourisme à Cuba, je sais en tout cas qu’ils ont fait péter les plombs à ma génération », chantent-ils dans Nos achicharraron (Viva Cuba Libre, 2010).

Dans leurs paroles, on retrouve les policiers corrompus, les jineteras (prostituées), les fonctionnaires privilégiés, les émigrants illégaux mais aussi les ouvriers mal payés, les femmes battues ou les jeunes sans croyance dans l’avenir.

Ils ont donné des concerts à Miami, la capitale de la diaspora cubaine aux États-Unis, sans se prêter au jeu de l’anti castrisme primaire. Ils ont chanté une fois à La Havane dans le cinéma Acapulco grâce à l’invitation de l’association Hermanos Saíz, le bras culturel de la jeunesse communiste. Ils ont toujours tenté de maintenir l’équilibre entre l’engagement social et le réalisme : « ni socialisme ni capitalisme, ma cause est celle du peuple », chantent-ils dans No conspiren (Viva Cuba Libre, 2010).

Alors que Cuba entre dans une période de réformes, il se peut qu’on trouve quelques clés du changement possible dans les chansons de Los Aldeanos. En fin de compte, comme l’a admis El B dans le documentaire Revolution, le hip-hop est « notre façon de faire la révolution ».

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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