« Los Tres Reyes del Morro »

Une forteresse dominant La Havane



À l’entrée de la baie de La Havane, une ancienne bâtisse en pierre surplombe la ville. On l’appelle « Los Tres Reyes del Morro ». C’est la plus ancienne construction militaire espagnole encore debout. Son style renaissance en fait un bijou de l’architecture coloniale.

Le château est situé sur le récif où se trouve le plus ancien phare cubain, symbole de la ville. Au-delà de l’attrait touristique, ce lieu est rempli d’histoire. D’importants événements ont en effet eu lieu dans ses murs. Il est aujourd’hui le témoin du développement politique et commercial de La Havane.

La construction du Morro

À la fin du XVIème siècle, la ville de San Cristóbal de la Habana était un point stratégique pour l’Espagne. La couronne avait concentré dans son port les bateaux chargés de trésors provenant des colonies et en transit vers la métropole. Les corsaires et les pirates s’intéressant à la ville, les Espagnols se sont mis à penser à un système de fortifications permettant de protéger ses biens.

La tâche revint à l’ingénieur militaire italien Juan Bautista Antonelli. En 1589, il dessina les plans de ce qui deviendra le château de « Los Tres Reyes del Morro ». Antonelli érigea une petite citadelle entourée d’un fossé. En plus de sa grandeur, la construction s’harmonisa avec la nature environnante à travers des terrasses la reliant à la roche sur laquelle elle était érigée.

Les travaux se terminèrent en 1630. « Los Tres Reyes del Morro » devint le repère des navires amis et un point de défense stratégique pour les Havanais. On y regroupait une garnison importante et de nombreux canons. Pour solidifier la défense da la ville, d’autres forteresses furent construites aux alentours : « San Salvador de la Punta », « San Carlos de la Cabaña » ainsi que le château de la Real Fuerza au cœur du centre historique.

La Havane aux mains des Britanniques

En 1762, Le Morro eu un rôle fondamental dans la défense de La Havane quand la ville fut assiégée par plus de 50 navires anglais. Le comte d’Albemarle et l’Amiral Sir George Pocock lancèrent 14 000 hommes et 2 000 canons contre la ville. Intéressés par les perspectives commerciales de La Havane, les Anglais ont commencé par attaquer les forces militaires gardant le château. Après un siège de plus d’un mois, le capitaine Luis de Velasco et le marquis Vicente Gómez, gardiens de la forteresse, périrent sous les mains de l’ennemi.

Les Anglais occupèrent El Morro durant onze mois jusqu’à ce qu’ils échangent la capitale cubaine contre la péninsule de La Floride. La reconstruction commença immédiatement. La garnison fut renforcée et l’ancienne tour du château devint un phare guidant les navires.

Les annales de cette histoire sont conservées dans les salles du musée militaire situées à l’intérieur de la forteresse. Le parc Morro-Cabaña, entourant le château, est le siège de nombreux événements culturels au cours de l’année. L’ensemble a été inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1982.

Le plus ancien phare de Cuba

Le premier phare officiel et permanent de Cuba fut donc installé dans Le Morro en 1764. Situé 45 mètres au dessus du niveau de la mer, il  guide les navires et les avions se rapprochant de La Havane. Un groupe de 4 fareros (gardiens de phare) se relaie quotidiennement pour s’occuper de la machinerie. Son autonomie est de 5 heures. La lumière du phare est visible dans un rayon de 30 kilomètres.

Pour atteindre son sommet, il faut monter un escalier en colimaçon de 170 marches. Tout en haut, on trouve une des plus belles vues de la capitale.

Les premiers systèmes d’illumination de ce phare fonctionnaient grâce à du bois de chauffage. Puis, on y installa des mèches alimentées à l’huile de colza. À l’occasion de son 100ème anniversaire, le phare fut électrifié grâce à l’aide d’une compagnie nord-américaine. Sa puissance atteint alors 2 000 watts.

Aujourd’hui, le phare du Morro possède la même tour et le même équipement optique qu’en 1845 mais sa puissance a été améliorée. C’est devenu un symbole de la ville tout en continuant à guider les marins arrivant au port.