Mais qui partira le premier ? Le CUC, l'Ambassadeur de France ou Eusebio LEAL ?!



Alors que le pays vit des mutation importantes au cœur même de son organisation (création du Port de Mariel, autorisation des ventes de véhicules entre autres) et plus généralement évolue vers une presque Société de Marché, certaines autorités représentatives seraient elles-aussi en pleine mutation ?

Par Bertrand FERRUX

Rien à première vue ne laisse présager un rapport entre le CUC, l'Ambassadeur de France à Cuba ou Eusebio LEAL... Rien en commun pour faire une chronique cubaine de ce trio ... et pourtant : les bruits ont couru à leur sujet dans les rues de la Havane parfois dans certaines sphères culturelles, diplomatiques ou économiques... mais à quel sujet ? Il s'agissait tout simplement de leur départ, pour évidemment ne pas dire leur disparition de Cuba !

Une petite enquête permet de rappeler leur histoire et la situation de chacun d'eux, actuelle et peut-être future...

Le CUC : la fin annoncée d'un Peso de privilégiés.

Nous l'avions présenté dans un article publié en septembre dernier : un des objectifs du gouvernement cubain dans les années à venir serait de mettre un terme définitif à la double monnaie instaurée en 2003 2004. Bizarrerie unique au monde, ce système de « dualité monétaire » est une exclusivité cubaine qui semble plutôt empêcher un développement économique serein et ne fait que creuser les disparités au sein de la population. CUC ou CUP, peso Cubain ou Peso Convertible : c'est à chacun son prix, à chacun son revenu, les uns étant 24 fois plus élevés que les autres.

Alors, si on annonçait « la convergence monétaire achevée à l'horizon 2016 » (selon Hugo PONS DUARTE, vice président de l'Association Nationale des Economistes et Comptables de Cuba), les choses devraient se mettre en place bien plus rapidement que prévu... on parle de quelques mois.

Et c'est sûrement par la disparition pure et simple du peso convertible que la monnaie deviendrait de nouveau comme ailleurs en une seule unité, le CUP. Les organisations étatiques semblent être « sur le pont » pour préparer cette mutation unique au monde, peut-être dans le même esprit que la situation européenne du début du millénaire avec le passage à l'Euro. Mais l'organisation n'en est pas si facile ou tout du moins si publique. Ce sera sûrement un lourd pavé dans la marre financière d'un pays habitué aussi à une double économie, dont celle du marché noir devenu galopant avec l'ouverture de l'activité privée.

Ainsi, il paraît indispensable de maintenir quelques semaines les deux monnaies après que l'annonce du changement est établie officiellement ;  il faudra mettre en place la possibilité pour les particuliers d'échanger aux guichets des banques et sûrement dans la limite de certains montants les quelques CUC dont ils disposent « sous le matelas »... et pour certains, la pilule risque d'être dure à avaler. En effet, combien de cubains aujourd'hui disposent de comptes bancaires ??? un très faible pourcentage, c'est certain, l'essentiel des transactions, dans le « privé » se faisant en espèces.

Des changements fortement perturbants dans une société qui depuis plus de 10 ans s'était habituée à rouler en taxi « almendron » pour 10 pesos cubains dans les rues de la Havane mais devait diner au restaurant (pour ceux qui en avaient les moyens et la monnaie) pour 10 CUC... soit 240 pesos cubanos...

Le projet est excessivement complexe. La volonté de l'Etat de le mettre en place le plus rapidement possible prouve que la situation actuelle n'est plus censée et va à la fois à l'encontre des acquis de la Revolucion, mais aussi contre le développement économique international nécessaire au pays.

Et pour les autres dont on parle, pour quand le départ ?

Eusebio LEAL, héros socio-économique de la capitale cubaine aurait-il pu rejoindre par exemple... le Saint-Siège ?

C'est en tous les cas, ce qu'on a tenté de nous laisser entendre, par-ci, par-là et c'eut été le symbole de la reconnaissance internationale de l'Historien de la Ville de la Havane. Pourtant, ces bruits constants qui courent sur une probable mutation du Maître de la capitale cubaine restent sans fondement. Eusebio LEAL a sa place au cœur de la capitale coloniale, et quelle place ! Celle de la renaissance, des chantiers dantesques et de la mise à disposition de la ville à tous les visiteurs et à tous ses habitants.

Parmi ces fameux bruits, le plus assourdissant vint de Rome, où Eusebio LEAL aurait, paraît-il été appelé... On l'annonçait effectivement mais non officiellement au tout nouveau Conseil pour l'Economie institué le mois dernier par le pape François. Fer de lance de la réforme de la Curie romaine, cette nouvelle institution, créée en même temps que le débutant « Secrétariat pour l'Economie » a pour tâche principale de formuler des directives à l'adresse de ce dernier. La particularité de l'organisation naissante est inconnue jusqu'alors à Rome : si elle regroupe 8 cardinaux ou évêques, le « conseil des 15 » sera aussi composé de 7 experts laïcs de diverses nationalités, choisis pour leurs compétences financières et d'un professionnalisme reconnu.

Qui mieux qu'Eusébio LEAL, célébré aujourd'hui internationalement pour les travaux exceptionnels qu'il a organisés à la Havane aurait été plus compétent pour conseiller le Saint-Siège ? Pourtant la liste des membres, publiée il y a quelques semaines n'inclut pas le multi-récipiendaire cubain (on lui compte au moins une quarantaine de décorations à travers le monde dont les Arts et Lettres de France).

Alors une simple retraite ? Mais non... Cette information circulant dans la presse dissidente de Miami et de Madrid, avec toute les limites que ce type de journalisme impose, était sans preuve... Et quelques jours plus tard, Eusebio LEAL réunissait ses équipes à l'Hôtel Ambos Mundos (d'où rien n'a filtré) et se présentait le lendemain dimanche à l'inauguration de la semaine du théâtre francophone, au théâtre José MARTI nouvellement rénové.

En réalité, cette rumeur persistante faisait suite à une parole du principal intéressé. Lors des 500 ans de Trinidad en janvier, Eusebio LEAL a annoncé peut-être ne pas être présent aux 500 ans de la Havane... De là toutes les interprétations sont allées « bon train » alors qu'il ne s'agira peut-être que d'une indisponibilité d'agenda !

Alors, et notre dernier candidat, sera t il le premier à partir ?

Monsieur l'Ambassadeur de France devrait-il quitter la grande île ?

A quelques semaines de FIT Cuba, la Foire Internationale du Tourisme de la Havane où la France sera l'invitée d'honneur, les bruits on couru … également (!!!) sur un départ du 1er représentant de France à Cuba. On parle même avec quelques précisions de juillet 2014, ce qui représentera pour Monsieur Jean MENDELSON une présence cubaine de près de 4 ans.

Il clôturera ainsi élégamment et avec brio ses années cubaines puisque le salon du Tourisme, avec la France en première place, sera certainement un évènement marquant pour les deux pays ; ministres cubains et français devant s'y retrouver.

Agé de 64 ans, le ministre plénipotentiaire, professeur d'Histoire et diplômé de l'ENA fut directeur des archives au Ministère des Affaires Etrangères avant ses fonctions à la Havane. Ses attaches avec Cuba et plus généralement avec l'Amérique Latine sont immenses et rien d'officiel n'a encore filtré quant à son départ ni surtout les raisons, les dernières actualités du site Internet de l'Ambassade de France à Cuba datant de … 2012. Pourtant ce n'est plus un secret à la Havane.

Cuba en attente d'un nouvel ambassadeur français...

S'il ne fallait pas s'étendre en hypothèses hasardeuses ou en tentatives d'analyse, force est de constater que dans un pays où l'on parle souvent de manque d'information, d'Internet limité ou de peur de parler, l'habitude de « chismer » est bien présente...

Véritable sport national consistant à émettre des ragots, les « bruits » ont encore de belles heures devant eux dans la capitale cubaine.

Pourtant, dans notre concours de départ, la réponse nous a bien été confiée : ce sera certainement l'ambassadeur de France qui le premier quittera le territoire cubain pour de nouveaux horizons.

Evidemment, à moins que le CUC, dont on est certain qu'il vit ses dernières heures, ne vienne le rattraper sur le chemin du départ.