Mise en quarantaine à La Havane

2016-04-04 18:36:11
Mise en quarantaine à La Havane

Les maladies tropicales ont le vent en poupe : on n’a pas oublié Chikungunya que déjà Zica vient semer le trouble. À Cuba, c’est la dengue,  une maladie endémique, transmise par le moustique Aedes Aegypti, qui reste numéro 1 au palmarès. Indétrônable, elle est connue de tous les Cubains. Mais au juste, de quoi s’agit-il?

Photos : Yen Cordero

Selon le Petit Robert, la dengue (n. f.) est une « maladie endémo-épidémique des régions équatoriales, provoquée par un virus filtrant et caractérisée par des douleurs musculaires et articulaires donnant une démarche raide d’apparence affectée. »

Voilà pour la définition. Mais dans la pratique, comment se déroule la prise en charge d’un cas suspect à Cuba ? Témoignage.

Commencez par vous mettre dans la peau du malade. Fatiguée, vous ressentez de légères douleurs aux articulations et vous vous plaignez de maux de tête. Il est 22 heures au Vedado et vous grelottez malgré la chaleur de la nuit havanaise. Votre époux cubain est formel : il vous faut voir un médecin, vite !

Vous parcourez péniblement les deux pâtés de maisons qui vous séparent de l’avenue 23, l’une des grandes artères de la capitale et vous voilà dans un almendrón (taxi collectif). Direction le policlínico, le centre de soins de proximité. En effet, en tant que résident permanent à Cuba, rien ne vous oblige à vous soigner à l’hôpital international Cira García ; vous bénéficiez de soins gratuits dans les établissements de santé cubains. Arrivé au policlínico, le médecin de garde vous ausculte sur le champ et vous redirige vers l’Hôpital Manuel Fajardo pour faire des analyses. Il est 22h30 : 23, la grande avenue est quasiment déserte, accablée par une chaleur étouffante malgré l’heure tardive…

Arrivés à destination, pas de queue aux urgences. Un médecin vous prescrit une batterie d’analyses. Une infirmière s’acharne à extraire quelques gouttes de sang de votre index pendant qu’un jeune homme en blouse blanche roucoule au téléphone. Vous apprendrez plus tard qu’il s’agit d’un étudiant angolais : l’hôpital Fajardo est chaque jour pris d’assaut par ces jeunes disciples d’Hippocrate, venus de tous les coins du Tiers-monde et qui donnent à cet établissement des airs de village Erasmus.

Évidemment, sur le coup, ces réflexions ne vous effleurent même pas l’esprit : à la vue du sang, vous êtes à deux doigts (c’est le cas de le dire) de vous évanouir. Heureusement, le séducteur au téléphone vole à votre secours et vous avez vite fait d’oublier ce petit malaise pour vous livrer aux bras de Morphée. Le médecin annonce à votre époux que les résultats de vos analyses laissent penser que vous avez contracté la dengue. Il faut vous hospitaliser, en quarantaine pour éviter la propagation de la maladie.

Bienvenue au 5ème étage de l’hôpital Fajardo. Vous réveillez l’infirmière de garde - assoupie devant un film – qui à son tour tire un jeune médecin de son sommeil. Celui-ci vous annonce que votre hospitalisation durera 6 jours au minimum, un test vous permettra alors de savoir si vous avez réellement attrapé la dengue.

Voilà, en bref, à quoi ressemble l’une de vos journées :

-         Réveil vers 7h30, par l’infirmière : « Bonjour, le lit 22, tendez le bras.» Prise de sang.

-         Le docteur passe un peu plus tard, il vous prend la tension, vérifie que tout va bien, note d’éventuels changements.

-         9h00: petit-déjeuner. Verre de lait, pain.

-         10h00: la femme de ménage nettoie la chambre que vous partagez avec un autre patient.

-         Vers midi: visite de l’infirmière, qui vous porte votre repas. Au menu : riz, viande haché ou œuf, banane, soupe.

-         15h30: goûter. Thé ou lait.

-         17h: nouvelle visite du docteur.

-         L’infirmier, nonchalant, repasse le soir, un écouteur à l’oreille…

En théorie, les visites sont strictement interdites, mais comme souvent à Cuba, la pratique est bien différente. En effet, votre journée peut s’agrémenter de la visite de l’un de vos proches, qui aura réussi à convaincre l’infirmière de le laisser franchir la porte. Dans le cas contraire, vous pourrez toujours vous parler sur le seuil. Une sorte de parloir en quelque sorte. Mais peut-être aurez-vous la chance d’avoir une chambre donnant sur la rue et vous adonnerez-vous à de longues conversations avec votre bien-aimé, venu s’enquérir de votre santé…de quoi donner une touche romantique à votre séjour, même si vous devrez parfois hausser la voix pour vous faire entendre, vous êtes au 5ème étage!

Après six jours d’une réclusion si particulière, le verdict tombe : vous n’avez jamais eu la dengue, vos symptômes sont à mettre sur le compte d’un virus x ou y. Vous poussez un ouf de soulagement avant de décamper illico… la tête pleine de souvenirs de votre immersion dans un hôpital cubain.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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