Modèles d’entreprises non étatiques à Cuba 

2018-01-04 21:29:04
Amada Cecilia
Modèles d’entreprises non étatiques  à Cuba 

L’un des modèles d’entreprises non étatiques existant à Cuba semble être l’idéal. Mais quelque chose entrave son développement…

Par Amada Cecilia

L'économie cubaine est en quête d'un nouvel élan, et elle en a sérieusement besoin. Pour retrouver une dynamique, pratiquement tout ce qui est possible dans le cadre d'une économie socialiste limitée par de nombreux facteurs internes et externes a été essayé.

Le domaine des activités autorisées hors du giron de l'État a été étendu, le cadre juridique qui régit les investissements étrangers a été perfectionné tout comme le fonctionnement des entreprises d’État, autant de mesures participant d'un plan stratégique global.

Dans ce paysage, avec l'apparition d'entreprises créées à partir de 2011 dans le cadre de l'actualisation du modèle économique cubain, les coopératives non agricoles (CNoA) se font remarquer.

Coopératives non agricoles à Cuba

Comment s’organisent-elles à Cuba et quels changements ont-elles apporté à leurs membres? Où en sont-elles après cinq années d'expériences ?

Après la publication des décrets-lois 305 et 306 encadrant le fonctionnement de ces entreprises, les premières coopératives non agricoles dont la création a été validée ont commencé à se constituer.

C'est justement à ce niveau-là qu'il faut chercher la cause de la diffusion modeste des CNoA : les démarches laborieuses que doivent réaliser toutes les personnes physiques souhaitant concrétiser leur projet de coopérative.

Il faut préciser que ces sociétés peuvent être créées de deux manières : spontanément ou à l'initiative de l’État. Il s'agit, dans ce deuxième cas, d'entreprises pour lesquelles l'État a décidé de basculer vers le modèle coopératif.

Dans le premier cas, il s'agit d'une personne ayant préparé un projet conformément aux règles régissant ces coopératives avant de le déposer auprès de la structure qui centralise les demandes et donne son accord aux projets sélectionnés. De nombreuses différences distinguent ces deux modes de création.

Quoi qu'il en soit, il existe de nos jours quelque cinq cents CNoA à Cuba. Certaines ont mis la clé sous la porte, d'autres ont disparu avant même d'avoir réellement fonctionné, d'autres encore n'ont pas obtenu les résultats espérés, certaines enfin ont réalisé des bénéfices qu'elles n'auraient jamais imaginé. Le panorama est varié.

En résumé, celles qui ont réussi ont reversé d'importantes sommes à leurs membres, qui se partagent le fruit de leur travail en parts égales.

De nombreuses personnes ont vu leur niveau de vie s'élever, les exemples de membres de coopératives satisfaits existent. D'autres ont changé leur vie à travers le travail collectif organisé démocratiquement : la routine, le découragement et le laisser-aller ont laissé la place à une motivation liée à l'intéressement aux résultats, car c'est du travail que les membres de la coopérative fournissent que dépend leur rémunération mensuelle.

Ce changement est important en ce sens que la participation des travailleurs à la prise de décision conduit à une transformation de leur mentalité : l'avancée est évidente. Il est d'autant plus important pour les jeunes qui n'ont pas pu se réaliser dans le secteur public et qui ont trouvé dans les CNoA un espace pour réussir aux niveaux financier et professionnel.

Il faut signaler par ailleurs que les coopératives sont étroitement liées à leur environnement social. L'une de leurs priorités est de contribuer au développement local en reversant une partie de leurs bénéfices dans le quartier ou en proposant des prix spéciaux à certains consommateurs.

Que peut-on demander de plus à ces petites entreprises socialistes qui constituent une alternative de développement dans d'autres pays du monde ? Pourquoi ne sont-elles pas présentées comme la clé du succès pour une économie cubaine en difficulté ?

Actuellement, la croissance des CNoA a été interrompue. Tous les efforts sont portés sur le contrôle des coopératives existantes, sur la consolidation de celles qui ont réussi et sur l'élimination des entreprises ayant violé les principes internationaux de coopération.

Depuis plusieurs mois, aucune autorisation n'a été délivrée pour la création d'une coopérative non agricole à Cuba. Même si certaines entreprises ont obtenu de bons résultats, toutes ont dû payer pour les quelques mauvaises expériences. Et la locomotive qui pourrait sortir l'économie cubaine de l'ornière est à l'arrêt. Il va falloir patienter et croiser les doigts pour qu'elle redémarre…

 Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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