Napoléon Ier à Cuba

2017-05-09 18:25:22
P. del Castillo
Napoléon Ier à Cuba

Par P. del Castillo

Si l'empereur n'a jamais mis les pieds à La Havane, la capitale cubaine abrite cependant un magnifique musée qui lui est consacré, situé à deux pas de l'Université : le "Museo napoleónico". Comment cette collection d'objets associés à Napoléon Bonaparte, la plus riche d'Amérique, s'est-elle retrouvée dans les Antilles ?

Acquis en Europe et aux États-Unis, ces œuvres d'art, meubles, livres et objets divers appartenaient à un admirateur de Napoléon : le magnat de l'industrie sucrière cubaine Juan Lobo Olavarría. À son départ de Cuba en 1960, suite à la Révolution, les biens qu'il conservait dans sa demeure du Vedado et ses résidences secondaires de province sont passés au patrimoine public.

La "Dolce Dimora"

Rénovée en 2010, la bâtisse qui abrite le musée justifie à elle seule la visite : d'un style éclectique, elle fut construite entre 1926 et 1929 et mêle des éléments des demeures havanaises de l'époque au charme des palais florentins de la renaissance italienne.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agit pas de la résidence de Juan Lobo mais celle de l'homme de lettres et avocat d'origine italienne Orestes Ferrara Marino. Homme politique de premier plan, personnalité étroitement liée aux régimes de Machado et de Batista, il quitta le pays après la victoire des rebelles en 1959.

Sa demeure, baptisée "Dolce Dimora", fut dessinée par les architectes cubains Evelio Govantes et Félix Cobarrocas, à qui l'on doit notamment le somptueux nid d'amour de Catalina Lasa - aujourd'hui Casa de la Amistad - et le Capitole de La Havane. Orné de bois précieux cubains (acajou, cèdre) et de marbres et de vitraux italiens, le bâtiment s'élève sur 4 niveaux.

Le faste de l'époque néocoloniale est présent des jardins qui entourent le rez-de-chaussée jusqu'au terrasses, au dernier étage, avec leur carrelage andalou aux motifs mauresques et leur vue imprenable sur la forteresse du Morro...

On raconte qu’Orestes Ferrara aimait à s'exercer à l'escrime dans ce véritable écrin de calme. La bibliothèque, également au troisième étage, mérite que l'on gravisse le magnifique escalier en bois : on peut y admirer de nombreux livres du XIXe siècle, qui portent notamment sur l'histoire de France et, naturellement, sur Napoléon Bonaparte.

Une collection variée et surprenante

Le musée compte huit salles où sont exposés œuvres d'arts, mobilier et objets parfois insolites. La visite commence avec le Grand Salon, dont les volumes, la hauteur sous plafond et l’élégance du balcon intérieur à arcades qui donne sur la grande pièce ne manqueront pas d'impressionner le visiteur.

La lumière, surtout, qui pénètre à travers de magnifiques vitraux, frappe l'œil. Le petit escalier qui mène au Grand Salon, avec ses gravures sur la Révolution française, nous ramène à l'époque qui a forgé le grand homme et constitue une entrée en matière bienvenue pour pénétrer de plain-pied dans l'univers napoléonien. Le caractère monumental de la pièce se marie harmonieusement avec le mobilier Empire et les tableaux et les bustes représentant le grand homme.

Le visiteur se dirige ensuite vers une pièce plus modeste qui donne sur les jardins. Cette salle lui réserve la découverte d'objets plus inattendus : des armes dont certaines, poignards et épées, ont appartenu aux chefs de la Révolution haïtienne, notamment à Toussaint Louverture, qui affronta les troupes du Premier Consul dirigées par Leclerc.

La visite se poursuit ensuite aux étages. Le gros de la collection est constitué par des œuvres d'art représentant Napoléon, Marie-Louise, Joséphine et les proches de l’empereur. Les tableaux, du XIXe siècle principalement, feront le bonheur des amateurs de peinture avec, entre autres, des toiles de François Flameng. Le musée présente également des sculptures, de Vicencio Vela et Antonin Mercié notamment, et tout un mobilier d'époque : commodes, horloges, porcelaines françaises, tapis…

Les passionnés de Napoléon s'intéresseront sans aucun doute aux objets, plus intimes, lui ayant appartenu et que l'on trouve surtout aux étages. Le musée conserve par exemple une brosse à dent incrustée d'or, des montres, le célèbre bicorne porté par le petit caporal à Sainte-Hélène, et plus étonnant, une mèche de cheveux de l'empereur.

Décidément, La Havane, avec son patrimoine, parfois insoupçonné, n'en finit pas de surprendre le voyageur. Une visite à ne pas rater.

 

Habana XXI

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