Noël à Soplillar


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La première nuit de Noël de la Revolución, Fidel l'a célébrée - ce qui en soit est déjà un événement, car à Cuba Noël se célèbre seulement depuis 1998 en hommage à la visite du Pape Jean-Paul II – avec les paysans, fabriquant de charbon, de Soplillar petite communauté de la Ciénaga de Zapata.Ce 24 décembre 2016, accompagnés par la famille de « Los Pintines » du même village de Soplillar, après une journée à cheval et à pied à courir derrière les cochons semi-sauvage de cette réserve naturelle de crocodiles et oiseaux en tous genres, nous nous apprêtons à fêter Noël, nous aussi, au milieu de la communauté.

Et depuis ce fameux dîner, qui incita la construction d'un mémorial dans le village, les traditions se sont forgées autour de l'événement politico-culturel. Rendre hommage aux plus pauvres, faire le bilan d'une première année de Revolución, voir et faire voir comment vivaient désormais les paysans de Cuba au reste du pays et même au reste du monde, était un objectif promotionnel de premier ordre. Cette Revolución est un succès !

La Ciénaga de Zapata, avant d'être le théâtre, deux ans plus tard, du célèbre affrontement cubano-américain de la Baie des Cochons, était pour Fidel le premier projet touristique de la grande île des Caraïbes. Un site consacré aux habitants originels de cette île : les Tainos. Les indigènes qui accueillirent Christophe Colon quelques 5 siècles auparavant, allaient être ressuscités à travers la reconstitution de leur Aldea Taina, aux bord d'un grand lac naturel. Toujours debout, mais pas en bon état, ce village touristique avait avant tout un sens culturel, l'objectif de faire connaître Cuba par sa culture.

Aujourd'hui, une partie de la Ciénaga de Zapata est un parc naturel, surtout orienté aux observations d'oiseaux. Caleton, le chef-lieu de la zone est en perpétuel chantier. Depuis l'ouverture des fameuses Casas Particulares, le village a triplé de volume, « envahi par ceux qui ne sont pas d'ici, attiré par le gain facile » commente Chuchu de la communauté voisine de Los Hondones. La croissance de ce site magnifique est très mal contrôlé et s'adonne au tourisme « sauvage ». Et malgré la présence du CENAP, organisme chargé de la gestion des parcs naturels de Cuba, le visiteur a bien du mal à comprendre que ce site bétonné soit un des plus importants parcs protégés de Cuba et le premier créé par la Revolución

Avec les Frères Pintines, nous parlons beaucoup de la forme de développement que doivent respecter les habitants de la Ciénaga s'ils veulent protéger leur patrimoine. Ils ne pourront pas vivre seulement du tourisme (ni de la chasse au crocodile...). C'est bien d'avoir une ou deux chambres à louer pour arrondir les fins de mois, mais nous les dissuadons de se lancer dans le tourisme et d'abandonner l'élevage des 70 têtes de bétail, ou la menuiserie familiale. Les visiteurs viennent voir leur quotidien, partager un moment de leurs activités : pelota (base-ball), chasse au cochon sauvage, dîner en famille, baignade dans les Cenotes (piscines naturelles caractéristiques du système géologique de la zone), mais aussi menuiserie ou traite des vaches.

Cette nuit de Noël, les Pintines sont invités par le CDR (Comité de Défense de la Révolution) voisin. C'est la tradition. Depuis le fameux dîner de Fidel, C'est chacun son tour de s'inviter entre familles, et chaque année bissextile, c'est le gouvernement de la zone qui paye pour tout le village. Une vraie tradition d'origine Révolutionnaire est née, un soir de réveillon… Nous ne pourrons pas les accompagner (cette année…).  Avant cela, nous avions partagé avec eux un grand moment de conversation, jeux de dominos, quelques rhums et un excellent porc à la broche accompagné de Yuca et salade… même menu que celui de Fidel avec les charbonniers il y a 50 ans, sauf pour les tourons, qui ne se fabriquent plus dans le village depuis longtemps…

La fête de Soplillar dure tard dans la nuit. On danse et on boit, au rythme des artistes qui se succèdent sur la petite scène installée au centre de la bourgade pour l'occasion. Un Réveillon sans sapin, sans décoration lumineuse, sans neige et sans dinde farcie… Une nuit consacrée à un événement d'un autre ordre. Les habitants de Soplillar se souviennent qu'ils participèrent à faire connaître les premiers succès de cette Revolución qui se voulait au service des plus modestes.