Panchita, une femme de foi



Par L í dice Gonz á lez Espino

Lundi, mercredi et vendredi, Panchita soigne le mauvais œil. Le vendredi, elle reçoit également des patients atteints de fibrome, d'infertilité ou d'herpès... Difficile de lui rendre visite ce jour-là. Des malades venus des villages voisins se pressent chez elle, dans l'espoir d'une guérison. Ils attendent leur tour sur la terrasse et dans le petit salon de la maison de Panchita. Une image du Christ, suspendue à l'un des murs, veille sur ce modeste foyer. On remarque aussi des panneaux présentant les nombreuses maladies soignées par cette femme singulière ; pour certaines, un cérémonieux Notre Père suffit, pour d'autres, la guérisseuse a recours à des ciseaux ou à des herbes. On ne trouve chez elle ni noix de coco, ni bougies, ni fleurs ; rien qui évoque de près ou de loin les croyances afro-cubaines. Entre elle et le malade, il n'y a que la foi.

Il peut paraître étrange qu'en plein XXIe siècle, alors que les scientifiques parlent de nanotechnologies, Panchita continue à soigner par « la grâce de Dieu » (ce sont les mots de la guérisseuse). Et cela dure depuis huit ans, depuis ce jour où elle a affirmé qu'une prière ferait cesser les pleurs du fils de sa voisine. Depuis ce jour, Panchita est la dame qui soulage tous les maux. Une dame qui a préféré ne pas m'accorder d'entretien : en se dévoilant, elle risquerait de perdre sa "grâce". La science ne peut pas expliquer ce qu'elle fait. On croit en elle, un point c'est tout.

Toutes les croyances ont leur place dans notre culture métissée, un creuset hérité des immigrés africains, chinois et espagnols : les saints, les autels, les fantômes, les revenants, les jours de chance, le mauvais sort, le tout parfumé à l'encens pour attirer la bonne fortune à la maison ou au travail. Les soins médicaux ont beau être gratuits, les Cubains ont toujours une roue de secours et même des médecins accourent chez Panchita pour se faire soigner !

La guérisseuse n'a pas fait d'études en médecine, elle travaille de manière intuitive. Dans certains cas, elle utilise des herbes médicinales : quelques feuilles permettent parfois de soulager un mal, et Panchita le sait bien. La flore cubaine n'a pas de secret pour elle, il n'y a pas une plante aux vertus curatives qui lui soit inconnue. Pourtant, et aussi incroyable que cela puisse paraître, elle n’a pas jamais étudié l’herboristerie.

C'est un vendredi que j'ai fait sa connaissance, une journée chargée pour la guérisseuse. J'ai également rencontré une femme, venue remercier Panchita pour sa grossesse, ainsi que des malades dont la guérison exige plusieurs séances ; nous étions tous entassés dans la masure. Entourée d'une clôture couverte de plantes grimpantes, l'endroit semble comme habité par la magie. La maison natale de Wilfredo Lam, le peintre cubain le plus universel, est à deux pas. Sa « madrina » (marraine dans la santería, religion d’origine yoruba), Tété la Noire, habitait également les environs. 

C'est là que sont nés ses cinq enfants et elle y vit heureuse avec son époux, son premier amour. Elle ne demande rien aux malades : on lui propose toutes sommes d'argent mais elle n’accepte que des rétributions symboliques. Elle n'hésite pas à se rendre chez des malades alités qui ont besoin d'elle. Que ce soit sous un soleil de plomb ou une pluie diluvienne, elle ne peut refuser d'apporter son aide ; il s'agit d'un « don ».

Ce fut mon tour, enfin : lorsque je passai sous les mains de Panchita, j'avais entendu tout un tas d'histoires concernant ses guérisons. L'humilité semblait imprégner le moindre recoin de la maison et la tenue de Panchita était sobre en tout point. La guérisseuse portait simplement une bague en cuivre et un bracelet, sur la même main : « Le cuivre, c’est bon pour le cœur », me glissa-t-elle.

C'est sur les conseils d'un ami médecin que je suis allé voir Panchita et j'ai pu constater en seulement trois jours l'efficacité de ses remèdes. Que "la grâce que lui a accordé Dieu" ne la quitte jamais : que peut-on souhaiter de mieux à Panchita, cette femme de foi qui multiplie les guérisons depuis des années ?

Traduction : B.F.