Pas de salsa, mais du rock fait à Cuba



David Chapet est arrivé à Cuba en 1996. Soudain, ce français amateur du métal depuis son adolescence, s'est retrouvé dans l'île de la salsa et des autres rythmes caribéens, dans laquelle le rock était plutôt une rareté. Pourtant il a vite rejoint la communauté des métaleux de La Havane, qui se réunissaient au Patio de María, fermé en septembre 2003.

Un jour, alors qu'il commandait des disques dans le catalogue d'un distributeur français, il remarque qu'il y avait des groupes de tous les continents, mais pas un seul groupe cubain. Il décide donc de créer en 2007 le label Brutal Beatdown Records, dont le but est de promouvoir le métal cubain surtout au niveau international.

Le premier disque, Not salsa, just brutal music, une compilation regroupant dix groupes cubains et 20 thèmes, a été lancé lors du premier festival métal Brutal Fest, qui s'est tenu à La Havane en mai 2008. Puis il a produit une autre compilation avec Cubametal Productions et l'album Frontline Offensive Force du groupe Combat Noise, nommé comme meilleur disque de rock au festival Cubadisco 2010, un des plus grands événements de la musique cubaine.  

Maintenant Chapet organise la deuxième édition du Brutal Fest, qui aura lieu à La Havane entre le 2 et le 5 septembre. Il nous a reçu chez lui, dans le vieux quartier havanais de Regla, entouré par les jouets de sa fille. Le t-shirt noir, les tatouages sur le bras gauche, mais l'expression amicale d'un homme amoureux de Cuba.

Dans le pays du son, de la salsa cubaine et la trova traditionnelle, est-il possible de jouer du rock?

C'est possible faire du rock. C'est difficile parce qu'il y a moins de moyens, les difficultés sont toujours présentes, beaucoup de musiciens sont partis en Europe ou aux États-Unis pour avoir été marginalisés pendant de nombreuses années; c'est difficile d'acheter des jeux de cordes, il n' y a pas de magasin pour acheter des instruments, des accessoires, des disques, du merchandising. Il y a très peu de lieux pour répéter, il y a très peu de lieux pour se produire sur scène… c'est assez difficile.

On peut parce que le rock est un état d'esprit, c'est un sport d'endurance. Je pense que tous les rockeurs et tous les métaleux savent de quoi je parle, c'est difficile un peu partout mais plus particulièrement à Cuba.

Mais maintenant il y a des endroits quand même…

Il y a un endroit, le Maxim Rock, qui a été ouvert en 2008, par l'Agence cubaine du rock — créée en 2007—,  qui est aujourd'hui pratiquement le seul endroit à La Havane où les groupes de rock peuvent se produire sur scène. C'est une très belle salle, elle a de très bonnes conditions, mais c'est le seul endroit. Donc il y a eu une ouverture par rapport à toute cette marginalisation qui a eu lieu, mais on est quand même un peu confiné, comme si c'était un ghetto : le rock c'est ici et pas ailleurs. Mais ceci dit, l'endroit est magnifique.

Pourrait on parler d'un rock cubain ? Quelles seraient les différences par rapport à ce qu'on écoute ailleurs ?

Je n'aime pas tellement parler de « rock cubain », parce que le rock est international. On ne parle pas de musique classique française, ou de musique classique italienne. On pourrait, mais on parle de la musique classique comme du rock, du métal, du jazz avec des particularités.

Moi, je préfère qu'on parle du rock fait à Cuba, pas du « rock cubain ». Les particularités… le fait des difficultés dont j'ai parlé précédemment, ça forge quand même les esprits. Au niveau de la musique, qu'est-ce qui pourrait faire apprécier plus le rock de Cuba que celui d'ailleurs ? Tout simplement comme partout ailleurs, ce qui plaît, ce qui distingue un groupe c'est avant tout la qualité de la musique, soit sur des supports enregistrés, des support digitaux, soit la prestation en publique. Donc c'est avant tout par rapport à leur prestation et la qualité de la musique que les groupes cubains peuvent se distinguer par rapport à d'autres groupes.

À Cuba il y a des très bons groupes, il y en a de moins bons. Je crois qu'au niveau international ils peuvent largement entrer en compétition avec des groupes qui sont plus connus. Effectivement, Cuba c'est avant tout le son, le reggaetón, la salsa et pas vraiment le métal, mais ça se fait.

Cuba est considérée comme une fabrique de musiciens. Le métal, est-il mélangé avec des autres genres musicaux ?

Très peu. En général le public du rock et du métal vient au Maxim ou dans les rares endroits où les groupes peuvent se produire, pour voir jouer du métal. En tant que public, en tant qu'admirateur, à titre personnel, ça ne m'intéresse pas d'aller voir un concert de métal et voir de la percussion, de la rumba, mélangées avec le métal. Comme moi on est des milliers à Cuba qui viennent pour le métal.

Les musiciens aussi. Très peu de groupes jouent avec d'autres influences, comme le jazz, le folklore… Ce qui intéresse c'est de jouer du métal, pas d'incorporer d'autres sons traditionnels du folklore cubain, de la musique cubaine, telle qu'on a l'habitude de l'entendre dans les médias. C'est métal, 100 pour cent.

Qu'est-ce que le Brutal Fest ?

C'est un festival qui est organisé à La Havane. La première édition a eu lieu en mai 2008 au Salón Rosado de La Tropical. On a réunit neuf groupes pour le lancement du disque Not salsa, just brutal music, la première compilation de l'histoire dédiée 100 pour cent au métal cubain.

Dans cette première édition on a réunit 6.000 personnes dans le temple de la salsa, parce que le Salón Rosado de La Tropical est la Mecque de la salsa, et on a carrément renversé l'histoire. Ce premier festival du métal, a été co-organisé par mon label Brutal Beatdown Records et l'Agence cubaine du rock.

Cette année, dans la première semaine de septembre, c'est la deuxième édition du festival Brutal Fest, avec dix groupes, dont six groupes franco-suisses invités et quatre groupes cubains, au Maxim Rock, du jeudi 2 au dimanche 5. Le mardi 7 tous les groupes invités joueront à Pinar el Río avec Médula, un groupe cubain.

Donc le Brutal Fest est un événement de métal, c'est la grande fête du métal à Cuba.  

Comment produit-on un festival du rock à Cuba ?

À Cuba comme ailleurs on produit un festival avec des moyens : des moyens techniques, humains et financiers. Les moyens techniques sont là grâce au Maxim Rock et l'Agence cubaine du rock. L'espace a une capacité de 1.000 personnes, avec une sonorisation excellente. C'est aujourd'hui la meilleure scène pour les groupes qui viennent se produire à Cuba.

Les moyens humains, tous les ingénieurs de lumière et du son sont là au Maxim Rock, pour s'occuper et faire un bon spectacle.

Et enfin, les moyens financiers, il faut aussi mettre en place une organisation qui est assez lourde. Il y a presque 30 musiciens qui viennent de l'extérieur, à bouger, à héberger… La promotion sur laquelle s'articule et s'appuie tout le festival est importante aussi. Pour tout cela il a fallu l'aide des partenaires et je remercie à l'occasion l'Ambassade de France à Cuba, l'agence Cuba Autrement, Havana Club et Los Portales.