Pinar del Río, « la terre du meilleur tabac au monde »

2017-10-17 13:51:58
Olivia Ameneiros
Pinar del Río, « la terre du meilleur tabac au monde »

On trouve les meilleures feuilles et les cultivateurs ayant le plus de savoir-faire dans la région ouest de Cuba.

On raconte qu'à son arrivée à Cuba, Christophe Colomb observa que les autochtones allaient et venaient dans le village avec des tisons dans les mains et des herbes destinées à être fumées.

Ceux qui découvrirent l'île évoquent des herbes séchées et enveloppées dans une feuille, à la manière d'un mousquet en papier. C'est ainsi que l'on découvrit le tabac, mentionné pour la première fois par l'amiral Colomb à la page de son journal datée du 15 octobre 1492.

L'histoire du tabac

Ce n'est pas par hasard que le parler familier cubain a conservé l'expression « plus long que l'histoire du tabac » : raconter les tribulations de Nicotiana Tabacum, son nom scientifique, serait interminable. Son arrivée à Cuba date de deux à trois mille ans avant Jésus-Christ. Cependant, ce n'est que suite à la découverte de la plus grande île des Antilles par Christophe Colomb que le tabac gagnera le monde.

Il aura fallu cent ans pour que le tabac circule dans les ports espagnols ; le reste de l'Europe ne tarderait pas à connaître les vertus de cette nouvelle découverte. Médicament miraculeux, éléments indispensable des cérémonies religieuses et militaires, hallucinogène, complément diététique, herbe aromatique, sont quelques-unes des utilisations de cette plante par les autochtones et les Européens.

Aujourd'hui, plus de cinq siècles après sa découverte, il existe à Cuba plusieurs variétés et manières de cultiver le tabac : Criollo 98, Habana 92, Habana P.R, Sancti Spiritus 96, Corojo 99 et Habana Vuelta Arriba.

Des plantations de Robaina à celles de l'Hoyo de Monterrey

Pinar del Río, sur l'ancien chemin qui mène à la région de Vueltabajo, est une terre de bon tabac et de Hombres Habano (Hommes Havane), une distinction accordée aux meilleurs producteurs. Les plantations de cette plante aux feuilles vertes dessinent le paysage que l'on rencontre le plus souvent, sans doute aussi le plus beau.

Le caractère traditionnel et familial des exploitations, la jovialité des cultivateurs et l'excellence du tabac récolté dans ce terroir, font de cette province une destination phare pour les connaisseurs, les récoltants et tous ceux qui aiment cette solanacée.

Une bonne partie des feuilles qui recouvrent les plus de cent millions de havanes fabriqués à Cuba chaque année sont issues de ces terres magiques.

De Consolación del Sur, Pinar del Río, San Luis et San Juan y Martínez, Vegas Robaina, jusqu'aux sentiers légendaires de Hoyo de Monterrey, le tabac est une véritable culture, dans les deux sens du terme. Une escapade dans le sud de la province, aux alentours de San Luis et San Juan, où on trouve les meilleures plantations, nous mène à la maison-musée Alejandro Robaina.

Ce célèbre producteur de tabac, qui a serré la main de politiques, de cinéastes et de musiciens célèbres, a longtemps été l'ambassadeur des cigares cubains. De nos jours, la plantation El Pinar s'étend sur une surface de 16 hectares à Cuchillas de Barbacoa, dans les plaines de San Luis.

L'exploitation est gérée par les petits-enfants de Robaina, qui rêvent de devenir Hombres Habano, comme leur grand-père. Plus loin, dans le territoire de San Juan, les cultivateurs accueillent les visiteurs dans leurs pépinières, parmi des plants déjà grands. Entourés de plantes humidifiées par la bruine, ils évoquent inlassablement les mystères de cette culture ancestrale, les nuits écourtées par les récoltes et la passion pour ce métier que leurs aïeux leur ont inculquée.

Le voyageur peut poursuivre son périple vers Quemado Rubí, en plein milieu de San Juan y Martínez, la Mecque du tabac à Cuba. On y trouve les plantations de Héctor Luis Prieto Díaz, le Hombre Habano le plus jeune au monde.

C'était encore un tout jeune homme lorsqu'il a obtenu cette distinction, en 2008, grâce à une récolte destinée à 50 % à l'exportation. Ses plantations sont devenues une référence pour les récoltants de la région et pour les visiteurs venus connaître l'histoire de cette feuille pleine d'arômes.

Une fois le domaine de Héctor Luis derrière lui, le visiteur arrive au célèbre Hoyo de Monterrey, l'un des plus beaux paysages du terroir, à l'entrée du village de San Juan y Martínez. Les feuilles de tabac cultivé dans ces plantations et celles produites par les autres cultivateurs de la région couvrent les six types de cigares Vegas Robaina et plusieurs grandes marques de havanes, comme Cohíba, Partagás ou H. Upmann, exportés vers plus de cent vingt pays.

Sur la route du havane

Attirés par le renom des cigares cubains, curieux de connaître les terres qui produisent le meilleur tabac au monde, des centaines de voyageurs visitent chaque jour les plantations et les manufactures de cigares de la province de Pinar del Río. Ce circuit s'appelle la Route du tabac.

Le parcours inclut un arrêt à la manufacture Francisco Donatién, une rencontre avec les artisans qui fabriquent les boîtes à cigares (humidores), le visiteur a également l'occasion de découvrir l'écotage du tabac et de visiter l'une des meilleures plantations de la province.

Une aventure à ne pas rater, dans une région où le tabac se vit au quotidien. L'amour pour cette feuille a été transmis de génération en génération, il a alimenté les rêves d'adolescents et perpétue une tradition familiale, une culture locale.

Celle de ces hommes qui sont déjà dans les champs lorsque le soleil se lève, qui accueillent le nouveau jour un chapeau en feuilles de palmiers sur la tête et un cigare à la main, et vous disent au revoir au milieu d'un paysage qui promet toujours le plus beau des verts.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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