Quand la danse s'empare des rues de la Vieille Havane



Par Thais Gárciga

Le Festival International de Danse en Paysages Urbains “Habana Vieja: Ciudad en Movimiento” ("Vieille Havane : ville en mouvement") est un événement de grande ampleur organisé chaque année par la compagnie Danza Teatro Retazos dans le plus ancien quartier de la capitale cubaine. Cette année, pour sa 22e édition, du 29 mars au 2 avril, le festival accueille de nombreux participants cubains et étrangers, avec la présence remarquée d'invités français.

La directrice générale du festival, la chorégraphe Isabel Bustos, qui est par ailleurs à la tête de Danza Teatro Retazos, fête cette année le 30e anniversaire de la compagnie qu'elle a lancée en 1987. Si Bustos, qui s'est vue décerner le Prix National de Danse 2012 du ministère cubain de la Culture, est Chilienne de par son lieu de naissance, son mérite a fait d'elle une Cubaine d'adoption.

Chaque printemps, ce grand nom de la danse et son équipe invitent danseurs, chorégraphes et créateurs audio-visuels à investir la Vieille Havane pour y présenter leurs spectacles et projets, pour échanger avec les passants et intervenir dans les lieux publics. Les rues, places et parcs du quartier deviennent autant de sources d'inspiration et de décors naturels pour les danseurs venus présenter leurs spectacles, parfois en première, et des improvisations suscitées par le dialogue avec cet environnement.

Le rapport à l'architecture et les échanges avec le public sont les points forts de ce rendez-vous annuel. Les ateliers ont lieu le matin, l'après-midi étant consacré aux conférences et aux spectacles dans les musées et sur les places. La danse se prolonge en soirée au siège de Las Carolinas de la compagnie Retazos. Un programme varié et gratuit y est proposé aux spectateurs, qui disposent de cinq jours pour apprécier des spectacles, apprendre aux côtés de directeurs de compagnies et de grandes personnalités du monde de la danse, pratiquer, mais aussi pour échanger.

Danse en Paysages Urbains souhaite non seulement faire converger les différents créateurs du monde de la danse mais aussi mettre en valeur le patrimoine du cœur historique de La Havane qui date principalement de l'époque coloniale et constitue l'un des meilleurs atouts touristiques de Cuba. Ce rendez-vous se veut en outre un moment de formation et un moyen de faire vivre ce quartier très actif dans le domaine culturel. L'architecture coloniale et l'espace public constituent un environnement qui stimule l'improvisation et les performances.

Ce festival, que l'on qualifie volontiers de "callejero" (de la rue), est celui qui rassemble le plus grand nombre de compagnies de danse de Cuba, notamment en danses folklorique et contemporaine. Il s'agit donc d'une opportunité unique pour tous ceux que la danse fascine et qui souhaitent savoir comment ce langage du corps se manifeste à Cuba. L'ébullition créative de cette rencontre favorise la création de liens fertiles entre artistes venus d'Amérique latine et d'Europe.

Du côté des Cubains, sept des seize provinces de l'île sont représentées cette années, avec notamment les compagnies Danza Espiral, de Matanzas; Danza del Alma, de Villa Clara; le Ballet Folklorique de Camaguëy, de la province du même nom; Grandanza, de Granma; Danza Fragmentada et Médula, deux compagnies de Guantánamo; Danzaire, de Pinar del Río; Raíces Profundas, Ban-rará, Flamenca Ecos, Danzas Tradicionales JJ et A compás Flamenco, de la capitale.

Le 12e Festival International de Vidéodanse “DV Danza Habana. Movimiento y Ciudad” se déroule parallèlement à ce grand festival. Il invite professionnels, étudiants et amateurs à l'expérimentation et à explorer les confluences entre langages corporel et audiovisuel. L'installation vidéo El piano, la silla y la sombra de Guido Gali, qui a remporté le concours TECNOLOGIASQUEDANZAN 2016, a été choisie pour inaugurer cette nouvelle édition au Centre de Développement des Arts Visuels.

La France est notamment représentée par la réalisatrice et l’artiste Isabel Million, qui a donné une conférence ce jeudi 30 mars au Grand Théâtre de La Havane Alicia Alonso, sur son expérience en matière de projets et d'ateliers de danse. Million a également présenté un film féministe intitulé Orillas (s)… las niñas sabias van al paraíso y las otras van donde quieran. La nuit du jeudi a aussi été marquée par la performance ENTROPIC, issue d'un travail de recherche sur les adolescents dans les espaces publics nocturnes. À l'initiative de cette performance, le chorégraphe et réalisateur français Christophe Haleb, qui a collaboré avec le réalisateur cubain José Ramón Hernández, directeur du projet Osikán, Plataforma Escénica Experimental.

Danse, musique, vidéo, performance, architecture et art visuels se donnent la main dans une fusion prodigieuse pour faire bouger une ville qui a le rythme dans la peau, des pavés aux corniches.

Traduction: B.F.