Quand la santé publique cubaine se serre la ceinture (2/2)

2012-08-27 22:07:57
Pablo Martínez
Quand la santé publique cubaine se serre la ceinture (2/2)

 Bien que la santé publique gratuite soit un droit constitutionnel pour tous les Cubains, la presse et même le président Raúl Castro ne manquent pas de rappeler que le maintien de ce système est coûteux. L’équation est simple : si l’économie cubaine ne retrouve pas une croissance forte, les services médicaux subiront alors des coupes non souhaitées.

«La majorité des Cubains ne perçoit pas la gratuité du système de santé comme un avantage financier. Ils ne prennent en compte que leur salaire sans regarder ce que l’Etat leur offre gratuitement», se lamentait le chef cubain devant le parlement en décembre 2008. Les coupures budgétaires dans le secteur de la santé commencèrent l’année suivante.

Le prix d'une santé gratuite

Le budget de la santé à Cuba s’élève à plus de 6.560 millions de pesos, juste derrière le budget de l’éducation. Cela représente près de 16% des dépenses globales.

Un rapport détaillé relaté par le journal officiel Granma en février dernier révélait les coûts de santé auxquels devraient faire face la population cubaine si la gratuité n’existait pas. L’étude se basa sur un taux de change d’un peso convertible (CUC) pour 25 peso cubain (CUP). Le CUP reste la monnaie avec laquelle la majorité des Cubains sont payés alors que le CUC équivaut au dollar américain (USD) auquel on déduit 10% en faveur de la monnaie cubaine à chaque transaction bancaire.

D’après les auteurs du rapport, une simple consultation stomatologique coûterait 60 pesos, une visite dans une polyclinique 53 pesos, une visite dans un hôpital 75 pesos et une consultation chez un pédiatre plus de 77 pesos.

Les populaires chirurgies ophtalmologiques que Cuba offre gratuitement aux patients d’autres pays grâce à l’Operación Milagro (Opération Miracle) auraient un coût exorbitant : 600 pesos pour la cataracte, 940 pesos pour des carnosités dans les yeux et plus de 2200 pesos pour une myopie.

L’article analyse aussi la gestion des hôpitaux. Le maintien d’un patient dans un hôpital général durant une journée coûte 330 pesos à l’État cubain, 348 pesos pour un enfant dans un hôpital pédiatrique. Bizarrement, le journaliste omet de mentionner le coût réel d’une visite dans un hôpital pour les patients dans la mesure où ils doivent souvent apporter eux-mêmes aliments, produits ménagers et même le linge de lit.

Ces chiffres n’ont pas tellement de sens sans savoir que le salaire moyen d’un Cubain est d’environ 430 pesos (17 US$) d’où l’impossibilité pour beaucoup de se soigner si les Cubains devaient payer leurs frais de santé. A la fin de l’article, le chroniqueur rappelle à «chacun de nos citoyens, l’effort collectif nécessaire pour maintenir ce système publique couteux». « La manne ne tombe pas du ciel », ironise-t-il.

Il est certain que l’État se finance grâce au travail de ses citoyens et non l’inverse. Si le système de santé cubain tombe en crise, c’est d’abord à cause de la mauvaise gestion de l’état dans l’allocation de ses ressources publiques. La propagande officielle est doucement bottée en touche par les appels réguliers à une meilleure rationalisation du système.

Le citoyen ne doit pas remercier sans fin la bienveillance des autorités mais plutôt exiger que son argent soit correctement investi. La seule image des travaux interminables de réparations des hôpitaux de La Havane suffit à démontrer l’inefficacité des fonctionnaires responsables des ressources du pays.

Le côté obscur des services médicaux

Autrefois exemplaire, la santé publique cubaine perd de son prestige. Au-delà d’une détérioration des locaux à travers tout le pays, c’est aujourd’hui le moral de nombreux professionnels qui se détériore au détriment des patients eux-mêmes.

Le ministre Roberto Morales Ojeda le sait bien. Dans ses discours, il demande régulièrement de faire « un effort additionnel dans le travail politique et idéologique de lutte contre la corruption». Dans son for intérieur, le ministre reconnaît sûrement que les croisades morales entreprises pour éradiquer la vente illégale de médicaments et les pots-de-vin distribués aux médecins  ne sont pas suffisantes.

Mais la presse officielle ne parle jamais de ce problème. Aucun journaliste ne se demande comment un médecin arrive à survivre avec 625 pesos quand une livre de viande de porc coûte 40 pesos et une bouteille d’huile 60 pesos. En fin de compte, les professionnels de santé ne vivent pas sur une autre planète. Ils doivent vivre avec des moyens réduits sur une Île accablée par la crise et où le gouvernement est confronté au risque de disparaître si les réformes ne sont pas couronnées de succès.

Habana XXI

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