Quelle(s) musique(s) pour Cuba?



La musique cubaine, une des plus révolutionnaires manifestations artistiques de l’île et des plus reconnues mondialement, fusionne, se mélange, s’insère à partir de son incroyable variété et de sa constante transformation, dans le tissu social.

Parler de Cuba, pour beaucoup dans le monde, impliquerait, après avoir échangé sur le futur de l’île suite aux négociations diplomatiques avec les Etats-Unis, sur les réformes économiques implémentées, sur les visites de plus d’une star, mentionner la musique. Surement le terrain le moins glissant qui adoucit les opinions, dedans et hors de la plateforme insulaire.

Les musiques de Buena Vista Social Club se positionnent comme référence indiscutable. L’image a fait le tour du monde. La musique. Après le silence autour de la culture cubaine, au cœur d’une situation complexe qui a mis en attente le projet national, nous faisons référence à la dure crise des années 90, un groupe de musiciens qui avait connu, au vue du contexte, des temps meilleurs ont formé Buena Vista Social Club. Concerts, tournées, disques, documentaires témoignent de la création du formidable groupe.

Le phénomène, malgré son talent –sauver des figures peu présentes sur le devant de la scène nationale, donner une deuxième vie à des chansons paradigmatiques du répertoire musical du pays, interpeler sur le mouvement culturel cubain- a entraîné avec lui une vision nostalgique du savoir-faire artistique à Cuba. Ce qui est sûr c’est que Buena Vista ce n’est que la partie visible de l’iceberg d’un domaine riche qui imprègne les conversations et la marche à suivre, qui métabolise l’actualité d’un pays, pour la rendre sous forme d’un rythme qui nous fera reconnaître les poses, les personnages, les espaces, les façons de parler, les nouveautés.

Une amie installée en Allemagne me disait qu’une des choses qui lui manquait le plus de Cuba c’est la relation continuelle, naturelle avec les arts, la musique; des amies basques en visite à La Havane m’ont demandé de quel instrument je jouais : la multitude des formes, des musiques, des chansons les avaient prises d’assaut à chaque coin de rue d’une façon si spontanée. Sans parler de la lumière ou de la chaleur, les premières impressions en atterrissant sur le sol cubain sont indissociables de la mise en évidence de l’accord parfait entre les musiques –qui sont très variées- et les conversations, cris, coups de klaxon.

« Tu ne sais pas à quel point le bruit de mon peuple me manque », chante le groupe cubain Orishas dans sa production la plus récente, retenant les essences d’un pays, comme si cela était possible.

On disait que la musique se lie au geste, à la marche. Mais laquelle ?

La diversité de la musique contemporaine cubaine rompt les mythes.Les festivals de musique électronique, trova, boléro, rap, rock s’enchaînent. Les jeunes jazzistes cubains triomphent dans des évènements internationaux. Les présentations de pianistes chinois et de chefs d’orchestre japonais, main dans la main avec des Cubains occupent les meilleures scènes nationales pour la musique de concert. Après une période d’exploration, le reggaeton fusionne avec des rythmes bien connus, ancrées dans la tradition, pour apparaître n’importe où, à n’importe quel moment.

Le fameux trompettiste Alexander Abreu et son orchestre Habana de Primera « marchent au-dessus du mambo », de même que celui d’un autre genre musical NG La banda, « attaque, Chicho », revisite les genres de la musique populaire dansante, remet à la mode des refrains, expérimente d’autres sonorités, fait danser. Et pas qu’un peu. Ce n’est pas le seul. La tradition est vieille, « la timba (genre musical, mélange de salsa avec d’autres rythmes) est sans limites », explique le percussionniste cubain Giraldo Piloto, leader du groupe Klimax.

Nous ne pensons pas que ce soit ou Buena Vista ou sa proposition musicale, qui rende l’image la plus fortuite de Cuba en réinsertion dans le monde. Il y a sans doute un pays qui fredonne, qui profite de ces mélodies. « Le son, qui est intimement lié à la rumba, est devenu le genre dansant le plus apprécié », souligne Piloto. « Pour moi -commente-t-il- l’histoire de la musique cubaine se développe et se fait connaître avec la chanson Bacalao con pan, et même si d’autres groupes jouent de la timba, Irakere résume ce que font tous ces groupes moins connus ».

En ce moment le monde se demande : qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui se passe à Cuba ?

La musique, voilà ce qui se passe, la musique! Il ne reste plus qu’à choisir, s’abandonner et profiter.