Quoi de neuf entre Cuba et les Etats-Unis ?

2015-01-10 03:39:27
Quoi de neuf entre Cuba et les Etats-Unis ?

Le 17 décembre dernier, l'annonce d'un accord entre Cuba et les États-Unis visant une « normalisation des relations » a fait la une de tous les réseaux sociaux et la presse du monde entier. En l'espace d'une matinée, le scoop qu'il était impossible de prévoir quelques heures auparavant a été rendu public, étant le résultat d'un processus de dialogues méticuleux et gardés secret. L'arrivée de 2015 a alors été célébrée dans toute l’Île avec un grand enthousiasme. La principale raison de cette euphorie étant que les habitants de Cuba espèrent que les investissements de capitaux nord-américains contribuent à remettre à flot des secteurs clés  de l'économie et que l'éloignement entre les familles et les amis se réduise considérablement. Ces deux aspects ont été le talon d'Achille du système politique cubain au cours des cinquante dernières années.

Et pour couronner le tout, la nouvelle a été annoncée le jour de la Saint Lazare,  Babalú Ayé, le « guérisseur ». Pour les cubains, rien de tout ceci n'est un hasard. Mais de quoi s'agit-il concrètement? Qu'entend-on exactement par « normaliser les relations » avec les États-Unis? Quel pourrait être l'impact pour les habitants de Cuba, à l'intérieur et à l'extérieur des grandes lignes politiques?

CUBANÍA vous propose sa lecture des événements.

En matière de politique au plus haut niveau et de partenariats économiques, le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis signifie la remise en place du lien qui a été rompu depuis 1961, avec la fameuse Crise des Missiles. Depuis lors, la présence officielle des USA sur l’Île n'a guère existé. Mais si les relations entre les deux pays devaient être réactivées, cela impliquerait les poins suivants :

  1. La réouverture des ambassades des États-Unis et de Cuba dans leur capitale respectives et la reprise des réunions entre les deux gouvernements au plus haut niveau, ce qui est déjà prévu,
  2. L'assouplissement des restrictions de voyage entre les deux pays,
  3. L'augmentation des transferts de fonds à Cuba en provenance des Etats-Unis,
  4. L'ouverture des ventes et des exportations commerciales de biens et services depuis les Etats-Unis ayant comme objectif « d'améliorer les moyens du secteur privé cubain naissant ».

- les articles autorisés pour l'exportation incluront certains matériaux de construction pour le secteur du bâtiment privé résidentiel, des biens nécessaires au secteur privé des entrepreneurs cubains et de l'équipement agricole pour les petits agriculteurs.

  1. L'autorisation des importations de biens depuis Cuba.
  2. L'amélioration des transactions financières.

- les établissements américains pourront ouvrir des comptes dans les établissements bancaires cubains afin de faciliter le traitement des transactions financières autorisées.

- les personnes voyageant à Cuba pourront utiliser leurs cartes bancaires américaines.

  1. L'ouverture d'internet et des équipements de communication à Cuba.

- les fournisseurs en télécommunications pourront installer à Cuba les moyens nécessaires permettant de fournir des offres commerciales améliorées en terme de télécommunications et d'internet, ce qui, selon la Maison Blanche, améliorera les échanges entre les Etats-Unis et Cuba.

- la vente de certains dispositifs de communications tels que software, hardware sera autorisée tout comme les services et les outils nécessaires à la création et l'actualisation des systèmes associés aux communications.

  1. La mise en place de négociations concernant la frontière maritime du Golf du Mexique.

-les Etats-Unis inviteront les gouvernements cubains et mexicains aux négociations concernant les frontières maritimes que les trois pays partagent dans le Golf du Mexique.

  1. La révision du statut de Cuba en tant que pays favorisant le terrorisme.

 

« Il n'y a pas assez de place dans le sucrier pour la politique...»

A Cuba, cela fait longtemps que la politique est une matière qui se recycle dans les rues, qui alimente les débats publics dans les parcs et à chaque coin de rue. « Elle n'a pas de place dans un sucrier » chantait Carlos Varela.

Pour les cubains, le 17D (comme ils le nomment déjà) a eu l'effet d'une brise rafraîchissante face à l'impasse qu'ont connue, au cours des trois dernières années, les réformes économiques du gouvernement de Raúl Castro.

Cependant, la plupart d'entre eux n'arrive toujours pas à le croire. Dans un sens, l'hostilité envers les Etats-unis faisait partie de leur environnement depuis bien longtemps. 70% de la population est même née sous l'embargo économique. « Je suppose qu'à présent, nous , les cubains, serons moins dans le besoin qu'auparavant » raconte Marta Viscet, femme au foyer,  au journaliste et blogueur Fernando Ravsberg. Quant à Armando Paderni, un jeune d'une vingtaine d'années, il croit « qu'à partir de maintenant il y aura une amélioration de la situation économique, plus de nourriture pour le peuple et que ce sera la fin de toutes ces choses rendues impossibles par l'embargo ».

Tout comme cela avait déjà eu lieu dans les années 80, les investissements étrangers auprès d'un secteur public cubain « déprimé » est la clé du succès. Le rétablissement des relations avec les Etats-Unis impliquerait alors que ces investissements puissent avoir un « visage connu ». Les cubains résidents aux Etats-Unis, qui ont émigré de Cuba pour des raisons économiques et non pas politiques, pourraient alors devenir des investisseurs officiels. Leurs capitaux soutiennent déjà une grande partie des nouvelles affaires privées à Cuba, et surtout les « paladares » ou les « casas particulares ». Au même moment, les magnats des entreprises américaines pourraient postuler en tant qu'importants représentants pour les investissements dans les secteurs « de poids » comme l'industrie du sucre et du tabac, l'agriculture, l'énergie, les mines, les transports...

Pour les cubains, le challenge reste le maintien du système social tel qu'il a été défini par le gouvernement depuis 1959 : santé publique, éducation et sécurité sociale. Trois « piliers » que la révolucion a réussi à conquérir et qui devront être protégés sur place aussi précieusement que s'ils étaient les « bijoux de la couronne ».

Pour l'instant, on observe une augmentation de la plus récente vague migratoire allant de l’Île vers l'extérieur. Mais à la différence de leurs parents, les jeunes cubains prennent l'avion sans trajectoire bien définie. Saint Lazare a ouvert les portes du « va et vient » vers les États-Unis, ce qui offre également une possibilité de retour pour les cubains y habitant.

Voilà ce que le 17D veut dire dans les rues de Cuba. Le reste appartient au règne des « on verra plus tard »… avec lequel les cubains sont déjà bien familiarisés.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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