Raconter La Havane

2012-12-08 04:22:12
David E. Suárez
Raconter La Havane

L’œuvre complète de José Lezama Lima, un des plus grands écrivains de la littérature cubaine du siècle dernier, est enfin rééditée sur l’Île. Parmi les livres qui ont été redécouverts, on trouve Revelaciones de mi fiel Habana, un recueil des collaborations de Lezama avec le journal Diario de la Marina entre 1949 et 1950. À travers de brèves chroniques, des vignettes et des réflexions, l’auteur aborde la vie havanaise de l’époque.

La Havane, d’après Lezama, c’est « son contour, l’histoire de ses maisons, ses potins, ses familles unies par le sang, son émigration, ses secrets qui naissent et ses légendes qui meurent à cause de la disparition de ses fantômes ». On se rend compte, en fait, que ce livre ne pouvait pas arriver à un meilleur moment. Les textes de Revelaciones de mi fiel Habana, partiellement réunis sous le titre Las coordenadas habaneras, nous rappellent qu’un travail important reste à faire : celui de coordonner les chemins de La Havane.

En temps de mutation, la voix du chroniqueur urbain, le regard du témoin deviennent parfois essentiels. Aujourd’hui, La Havane change rapidement de visage. De nouvelles images apparaissent, de nouvelles relations se nouent. La question est : qui va pouvoir raconter tout cela ?

Les chroniqueurs havanais

Où se trouve la chronique havanaise d’aujourd’hui ? Il n’est pas possible de le savoir. En laissant de côté la blogosphère cubaine (peu lue par les Cubains vivant dans l’Île), il n’y a pas de véritables pages où le chroniqueur pourrait s’installer de plein droit et avec une totale liberté.

Le Diario de la Marina a disparu depuis plusieurs années et les journaux d’aujourd’hui sont souvent de simples tabloïdes relatant la propagande gouvernementale. Il n’existe pas de revues culturelles avec une périodicité au moins mensuelle. Et le pire dans ce panorama médiatique est que l’État (l’unique responsable de tout ce qui se rédige, se publie et s’imprime à Cuba) ne semble avoir ni les ressources ni la volonté de changer les choses.

Par contre, nous savons tous où se créent ces histoires, la matière première du récit de cette ville, cette Havane qui ne parvient pas à se réconcilier avec la modernité : il faut sortir dans les rues, sans préjugé, comme le flâneur de Baudelaire, pour chercher et trouver.

Au-delà de la carte postale touristique

La Havane qui est offerte aujourd’hui aux touristes est principalement un tissu de ruines encore debout : des constructions coloniales, des édifices de la première moitié du XXème siècle, une atmosphère et des coutumes qui rappellent toujours le passé. Tout a été bien cartographié, emballé et photographié. C’est l’esprit du Buena Vista Social Club. Le temps est suspendu.

La Havane commence enfin à se mouvoir. Derrière les réformes économiques annoncées, une nouvelle ville pourrait apparaître entre les ruines. Les changements avancent progressivement avec l’ouverture de nouveaux petits restaurants, cafétérias et d’autres établissements privés créés par les Havanais qui pourrait inspirer d’autres constructions immobilières lors des prochaines années. Et avec elles, l’atmosphère, l’histoire et l’esprit de la ville seraient renouvelés. Le visiteur qui arrive à La Havane, ou celui qui se déplace simplement d’un quartier à un autre, devra trouver de nouveaux points de référence, de nouvelles cartes.

Le défi est aujourd’hui de mettre ces cartes par écrit et que les auteurs trouvent des voies de diffusion. Andar La Habana (se promener dans La Havane) est le titre d’un célèbre programme télévisuel dont le dernier invité était l’historien de la ville Eusebio Leal. Cette émission pourrait se convertir en relais du moment présent. Il est temps d’arrêter de regarder le passé pour fixer son regard vers le présent.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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