Ramón Fonst, un D'Artagnan 100% cubain



Ce n’est pas seulement grâce aux « Trois Mousquetaires » que les cubains du début du 20ème siècle firent connaissance avec l’escrime : ils eurent comme contemporain un D’Artagnan caribéen, au sommet de sa splendeur : Ramón Fonst Segundo.

Le sabre, le fleuret et l’épée n’étaient pas des armes pour les classes populaires qui de toute façon obtenaient d’excellents résultats en maniant la machette. Fonst, lui était le fils d’une illustre famille de créoles. A ce titre, il put brandir sa lame aiguisée au gymnase du Paseo del Prado, depuis sa plus tendre enfance.

C’est à Paris qu’il développa ses talents précoces, de sorte qu’en 1899, à 17 ans, il surprit ses adversaires et les spécialistes en obtenant la première place et la médaille d’or au Championnat du Monde d’Epée dans la Ville Lumière.

On ne peut comptabiliser la totalité de ses triomphes tant ils furent nombreux. Sous la bannière cubaine, il participa 2 fois aux Jeux Olympiques qui tentaient alors de s’imposer et qui représentaient un nouvel événement majeur dans le Sport. Aux Jeux de Paris, qui suivirent ceux d’Athènes, et à ceux de St Louis aux Etats-Unis, respectivement organisés en 1900 et 1904, il remporta une moisson impressionnante de 5 médailles d’or. A ce jour encore, aucun autre sportif cubain n’a pu se prévaloir d'un tel record : 3 médailles individuelles au fleuret, épée et épée en duel, et 2 en équipe, au fleuret et à l’épée.

A l’étranger, ce jeune homme élancé et fort attirait l’attention : sa prodigieuse main gauche pénétrait la garde de l’adversaire. Il revendiquait à l’envie sa nationalité cubaine et ne prétendait vouloir troquer pour rien au monde sa citoyenneté pour celle d’un pays plus important.

En 1930, aux Jeux Panaméricains de La Havane,  alors qu’il était déjà âgé, ses admirateurs se pressaient autour de lui pour le voir évoluer à l’épée, au sabre et au fleuret. C’est lors de ces jeux, devant les siens, qu’il battit son propre record d’assauts consécutifs sans être touché, et cela en 25 combats.

Ramón Frost pratiqua tous les sports. A Paris, durant sa jeunesse, ce fut la boxe à main nue, le cyclisme et le tir. Cela paraît incroyable que de nos jours, un même athlète soit couvert de lauriers internationaux dans des disciplines aussi exigeantes et différentes que celles précédemment citées. Eh bien, ce cubain y parvint et en France pour couronner le tout !

Si Fonst devint célèbre grâce à ses exploits sportifs, il se fit connaître aussi pour son sens de l’honneur et sa grandeur d’âme. Il n’hésitait pas à provoquer en duel un adversaire qui se permettait de l’offenser ou d’oser une plaisanterie douteuse. Il renvoya vers ses pairs plus d’une centaine d’imprudents qui, au départ, prétendaient croiser le fer ou échanger des coups de feu avec le champion. Jamais personne ne se présenta aux rendez-vous, mais il est certain qu’il reçut à la place de nombreuses excuses ou explications.

Cet homme du monde, cordial qui parlait plusieurs langues, vécut pratiquement 60 ans dans l’île qu’il représenta avec tant de dignité. Il symbolisa, aux côtés de Capablanca, Kid Chocolate, Adolfo Luque et tant d’autres, l’avant-garde du sport national de la première moitié du 20ème siècle.

Bibliographie :

Depestre Catony, Leonardo - Habaneros famosos de ayer y de hoy - La Habana, Cuba : Editorial José Martí 2012.