Rebecca Bournigault à Cuba


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L’artiste française Rebecca Bournigault se rend à Cuba pour la première fois dans le cadre du Festival ON/OFF.

Por Sofía D. Iglesias

Rebecca Bournigault est l’une de principales représentantes françaises de la vidéocréation aujourd’hui. Née à Colmar, en 1970, elle vit et travaille à Paris. Elle fut découverte dans les années 1990 par le commissaire suisse Harald Szeeman. Ses œuvres placent le portrait au cœur de sa recherche, pour explorer des sujets tels que la violence, l’intimité, la vanité ou la peur.

L’artiste est invitée à Cuba dans le cadre du Festival vidéo ON/OFF, organisé par la Maison européenne de la photographie de Paris et le Fonds de dotation Buchet Ponsoye, en partenariat avec la Fototeca de Cuba, la Maison Victor-Hugo, le Centro de desarrollo de las artes visuales, la Fondation Ludwig de Cuba, la Fábrica de Arte et l’Alliance française, lors du mois de la culture française à Cuba qu’organise l’ambassade de France à Cuba.

A cette occasion, l’artiste a accordé une interview exclusive à Cubanía.

Comment définissez-vous votre travail du point de vue formel et conceptuel ?

Je conçois l’ensemble de mes productions comme des installations.

Lorsque je commence à tourner une vidéo, je sais exactement quelle forme je veux lui donner, je travaille ensuite avec l’espace comme un nouvel élément, il permet à l’œuvre d’exister et lui donne son « cadre », je souhaite interroger la manière dont on regarde une œuvre, que ce soit une expérience qui ensuite existe dans la mémoire de chaque spectateur. Je travaille essentiellement sur le portrait mais je le mets en perspective, c’est une recherche permanente sur l’identité, le rapport à soi, le rapport à l’autre.

Quelles sont les vidéos que vous présentez lors du Festival ON/OFF ?

Je présente la vidéo « Saliva » qui fait partie de la collection de la M.E.P. et nous sommes encore en train de choisir l’installation qui sera présentée entre « les tondos » et « PORTRAITS temps réel ».

Dans « Saliva », nous assistons à un face-à-face entre deux hommes et un troisième qui, après un jeu de regard, sera contraint de soutenir une situation dans laquelle les deux autres hommes lui crachent au visage. C’est une vidéo très dure qui met en avant les rapports de force entre les êtres humains ainsi que la violence inhérente à chacun de nous.

« Les tondos » est un ensemble de vidéos rondes, que je continue encore à ce jour, elles fonctionnent par scènes qui agissent comme des images mentales, et enfin « PORTRAITS temps réel » est une installation vidéo dans laquelle nous nous retrouvons face à notre propre image en projection, ce qui magnifie le portrait, alors que d’autres personnes peuvent regarder ce portrait qui existe devant eux au moment présent.

Quelles coïncidences le public cubain pourrait-il trouver entre sa réalité et les sujets de ces vidéos ?

Je suis très sensible depuis le début de mes productions, en 1993, à développer un travail universel, cela peut paraître présomptueux mais c’est cette dimension universelle de l’art qui m’a motivée à faire ce métier, l’idée qu’une œuvre puisse voyager et susciter des émotions, des questionnements, quel que soit le contexte politique ou économique à travers le monde, me touche plus que tout.

Je pense que les pièces que je vais présenter sont particulièrement liées au rapport à soi, à l’autre et aussi au regard de l’Autre, j’ai hâte de découvrir comment elles vont vivre à Cuba et quelle sera l’expérience du public et le retour que je vais avoir.

Qu'attendez-vous vous du public cubain et que pourrait-il attendre de vos œuvres ?

Avant tout, je souhaite offrir une expérience visuelle et susciter des interrogations, mais dans un sens large, j’ai envie de sensibiliser au fait de regarder. J’espère que cela se mettra en jeu avec le public cubain, c’est toujours un moment très important de se confronter à de nouveaux regards et de pouvoir partager ses propositions. J’espère que le public sera touché avant tout, mais au final, cela lui appartient. Chacun fait sa propre expérience et j’évite d’avoir un travail didactique, j’aime que chacun puisse se créer son histoire. J’ai aussi très envie de voir le travail d’artistes cubains.

Comment la vidéo peut-elle aborder (reconstruire, déconstruire) la réalité aujourd’hui ?

La vidéo a la possibilité de rejouer à l’infini un sentiment un moment, elle est à mon sens un moyen de magnifier l’instant dans ce qu il a de plus précieux. C’est un écho très puissant à ce qu'il se passe, à ce qu'il s’est passé, et un fantasme de ce qui se passera.