Remedios

2012-10-03 20:26:07
Bertrand Vannière
Remedios

Un samedi matin comme les autres à Remedios, Le prof Rafael Farto commente l’histoire de Cuba aux paysans de la région, venu à leur cours de « superación » (dépassement de soi) organisé par l’école du Parti. « Comment se crée la personnalité cubaine pour atteindre l’indépendance ? »… vaste programme pour cet quinzaine de « guaridos », éleveurs, cultivateurs, et même planteurs de tabac, tous réunis au musée d’histoire aménagé en salle de classe avec ces chaises métal bleues et ces tréteaux servant de pupitre. Le tableau noir est posé dos au mur, on ne pourra l’utiliser que la semaine prochaine.

C’est José Marti, le grand indépendantiste cubain qui est le centre du débat. Nous sommes dans les années 1890, les cubains sont en guerre contre les colons espagnols pour obtenir leur indépendance. Ils sont complètement désorganisés et surtout ne s’entendent pas entre eux pour des raisons raciales (leurs couleurs) et régionalistes. Marti, convaincu que la victoire passera par l’unité, obtiendra finalement une certaine unification et un parti unique grâce notamment à la diffusion de ce message de cohésion à travers les paysans, comme seule issue pour l’obtention de l’indépendance. Il utilisa notamment la tradition du « lecteur » dans les galères des fabriques de cigares pour résoudre ce problème de communication.

Pendant les 15 années qu’il vécu « dans l’entre du monstre », José Marti se rendit compte des dangers que représentait les Etats-Unis, pour ses ambitions impérialistes vis à vis de tout le continent et du reste du monde. Il compare « [...] la Liberté intéressé et égoïste » des Etats-Unis, à celle « expansionniste » de la France, dans un article qui fait suite à « [...] la Fête de la statue de la Liberté », événement organisé à l’occasion de la remise de la fameuse statue par la France aux Etats-Unis, cent ans après la lutte de Lafayette avec Washington pour la création des USA.

Paris, New York, mais aussi Remedios possède un exemplaire de la Statue de la Liberté. Car les cubains et particulièrement ceux de Remedios revendiquent ce symbole en souvenir de leur lutte pour l’indépendance avec José Marti. Seulement pour eux, il a fallut aller l’acheter, et faire le voyage en France, en 1906, afin de ramené au pays ce bloque de marbre en mémoire aux martyrs de la Patrie, représentant la liberté si durement gagné contre les espagnols.

Zone de tabac

Remedios est considéré aujourd’hui comme une zone de tabac au même titre que Vuelta Abajo à Pinar del Rio ou Oriente pour la zone Est du pays. La zone Remedios englobe les provinces de Santa Clara, Cienfuegos et Sancti Spiritus. Le tabac semé à Trinidad est donc du « Remedios ». L’origine de cette appellation remonte au 18ième siècle, alors que l’actuelle province de Villa Clara joint à celle de Sancti Spiritus s’appelait San Juan de Remedios. Elle fut la premières zone de tabac de Cuba. Dès la fin du 17ième siècle, Remedios déclare la viande, les galettes, le cuir et le tabac comme principale ressource. Avant cela, vers 1530 le commerce de la petite bourgade fleurissait, grâce en particulier aux échanges avec les corsaires et pirates français. Ceux-ci apportaient la soie, les tissus, les articles fantaisies qu’ils troquaient contre des peaux, la viande, et les produits de la terre. Cette contrebande se remarquera jusqu’en Espagne représentant une concurrence déloyale pour la Maison de Séville.

La canne à sucre fait son apparition dans l’économie de la région dans la seconde moitié du 18ième, alors que le tabac représente déjà une source de revenus. Mais c’est surtout avec l’arrivée des Canariens à Cuba au cours du 19ième siècle que le tabac, ainsi que le café et le cacao se développeront dans la zone. Ces paysans apportèrent les savoir-faire et leurs connaissances de la terre. Ils vinrent « blanchir » l’île, considérée par les autorités de l’époque à trop forte dominance africaine. Nous sommes dans les premiers temps de l’abolition de l’esclavage.

Le tabac de Remedios n’est pas d’une qualité exceptionnelle. On recensait en 1916 cinq fabriques dans la bourgade : Domingo de la Cruz, Fransisco Prieto, Manuel Grande, Ramon Gonzales et la plus connue, José Piedra dans l’actuelle rue Maximo Gomez. Aujourd’hui la seule fabrique restante, que l’on peut visiter, travaille pour renforcer la production des fabriques principales de la région dédiées à l’exportation, à Manicaragua, Camajuni et Santa Clara.

Une des principales zones de culture du tabac se situe à quelques 10 km de Remedios, à San Juan de las Vueltas. Les champs de Vueltas se reconnaissent rapidement, car les séchoirs, avec leurs toits formés de quatre pans, possèdent une architecture différente à celle d’autres régions de tabac. Dans l’une des propriétés, gérée par la UCPA (coopérative agricole) spécialisée dans le tabac, Oscar, 73 ans, retraité mais toujours bien actif nous explique que cette forme de construction permet se suspendre d’avantage de feuilles et résiste mieux aux forts vents d’Est. Il nous livre également que le climat ne fut pas très favorable cette année, trop sec. Et qu’ainsi la récolte reste très moyenne, malgré les 260 quintaux réalisés, meilleur score du district de Camajuani dont dépend cette coopérative. De plus la plante de tabac souffre d’un parasite dans la région. Une fleur « Oro Banche » comme on la nomme à Cuba, qui se colle sur les racines. L’Etat Cubain ne paraît pas réagir très énergiquement pour combattre cette maladie. En fait le tabac de la région participe à la sur-production de feuilles dont paraît être victime Habanos cette année. Alors on laisse quelque peu en veilleuse les tabacs de qualité moyenne… c’est de bonne guerre. Mais pas très rassurant pour les paysans du coin.

El Vaquerito

De son vrai nom Roberto Rodriguez, il fût ainsi surnommé par Celia Sanchez dans les maquis de la Sierra Maestra. C’est l’un des fidèles capitaines du Ché, appartenant au peloton « suicide » du célèbre « Comandante ». Alors que ces guerriers de l’armée rebelle viennent de libérer Remedios des troupes de Batista et donc du régime en place, et ainsi s’apprête à donner la victoire définitive à Fidel lors de la fameuse bataille de Santa Clara, notre Vaquerito originaire de la bourgade rencontre son ami Piñeiro en train de vendre des cigares comme bon marchant ambulant et néanmoins maître torcedor qu’il était. Comme beaucoup à son époque, celui-ci possédait un petit négoce de cigares qu’il fabriquait de façon clandestine avec quelques ouvriers et les vendait ensuite à sa clientèle d’habitués.

Juan José Piñeiro avait un projet à cette époque. Il voulait déposer sa marque officiellement. Et lorsqu’il rencontra son ami devenu capitaine de l’armée rebelle, dans l’euphorie générale de la libération contre la dictature, il proposa de déposer la marque Vaquerito en l’honneur du guerrier. Celui-ci mourra lors de la bataille de Santa Clara quelques jours plus tard. Après le « Triomphe de la Revolucion » toutes les petites fabriques du genre de celle de Piñeiro doivent s’organiser en coopérative. Piñeiro offrira à l’Etat sa marque « révolutionnaire » Vaquerito, ce qui ne manquera pas de toucher la sensibilité du Ché qui s’écriera « [...] nous avons ici un communiste » et le chargera de l’administration de la nouvelle fabrique formée en 1960 par 25 torcedores. Piñeiro la laissera en 1972 avec 200 travailleurs…

Lors de la visite du Ché, en ce début de l’ère castriste, Piñeiro raconte que celui-ci refusa catégoriquement une boite de cigares que lui offraient les travailleurs de l’usine, argumentant que ceux-ci ne pouvaient disposer d’un bien appartenant à la « Revolucion » ! Puis se tournant vers votre administrateur malin, il lui demanda ce qu’il fumait : un rezao (cigare de rebut) lui répondit Piñeiro. « Par contre celui-là, je veux bien le déguster avec toi » accepta le Ché…

La fabrique prospéra pendant une quinzaine d’année. En sortaient des vitoles sous les marques Breva, Cazadores, Petit Cetos ou encore Nacional. Piñeiro se rendait lui-même chez les vegueros et négociait les qualités de feuilles en fonction de ces besoins en ligas, qu’il créait lui-même. Aujourd’hui il vit tranquille au 41 de la rue Maximo Gomez de Remedios. Il raconte encore plein d’orgueil ces grandes années qui le révélèrent comme l’un des rares fabricants de cigares à se développer grâce à la « Revolucion » !

 

 « Las Parrandas » des pyromanes

D’un côté, ceux de « San Salvador », de l’autre « le Carmen ». Le village est divisé en deux parties, traversé par une ligne « Maginot » coupant le kiosque à musique de la place centrale par sa moitié. En voyant ces deux camps formés de part et d’autre de la place, naturellement divisé, chacun reconnaissant et revendiquant l’appartenance à un quartier, San Salvador, ou Le Carmen, le badaud se demande vraiment s’il va assister à une guerre civile, à une compétition entre deux équipes ou alors à un spectacle théâtral.

Durant l’Avant car nous sommes le 24 décembre, et cela dure depuis presque 200 ans, les habitants de Remedios se préparent… à Las Parandas. Pendant toute la nuit de Noël ils rivaliseront, la moitié du village contre l’autre par l’intermédiaire d’une mise en scène parfaitement rodée et qui répond à un protocole sacré. A 21H00 tapante, chaque quartier divisé religieusement sur la place, le Carmen du coté de l’église et San Salvador de celui de l’hôtel Mascotte s’exclament en voyant s’allumer de façon synchronisé les deux gigantesques représentations artistiques de plus de 30 mètres de haut qui se font face, aux deux extrêmes de la petite place. Simultanément chaque quartier applaudi l’œuvre de son équipe et siffle celle des adversaires, du quartier opposé. Cela dure un bon moment, le « travaille de place » dans le jargon des parranderos représente un thème, chaque année différent, pouvant illustrer aussi bien une œuvre classique comme un conte de fée ou encore un événement survenu dans l’année.

Aujourd’hui, la Chine d’un coté et les Rois Mages de l’autre sont à l’honneur. Des dizaines de milliers de lumières composent les fresques qui s’illuminent selon un scénario bien défini. Ces gigantesques jeux de lumières sont fabriqués de façon artisanale et gérés grâce à un … ordinateur. Rien à voir avec celui de votre bureau. Il faut imaginer un grand cylindre de bois tournant grâce un moteur de machine à laver récupéré. Des milliers de câbles sont branchés à l’engin et montent se connecter sur l’ensemble de la surface, partie arrière, de l’œuvre murale, à plus de 30 mètres de hauteur, reliant ainsi environ 75000 ampoules électriques. La surface du cylindre est couverte de petites plaques de métal dûment placées qui lorsqu’elles feront contact selon l’ordre établi réaliseront un scénario de lumière donnant vie au thème de l’œuvre.

S’en suivra des tirs de feux d’artifice pendant plusieurs heures durant, un côté de la place rétorquant à l’autre, c’est à ce moment que Las Parrandas prend des allures de guerre civile. Les spécialistes se distinguent, ce sont les plus téméraires, défiant le danger en restant jusqu’à la dernière seconde devant les couronnes de feux qui commencent à tourner et s’élever, au risque que celles-ci suivent un parcours anarchique et telle une soucoupe volante enflammée traversent la place en rase-mottes au lieu de s’élever dans le ciel. Les moyens en mortiers et fusées sont démesurés. Des chevalets conçus spécialement sont placés tout autour de la place, formant ainsi une barrière dans laquelle sont positionnées les fusées.

Un kamikaze allume à un extrême et tout à coup une vague déferlante de projectiles enflammées décollent les uns à la suite des autres, faisant le tour complet de la place, dans un bruit épouvantable et une fumée qui laissera la place entière dans un brouillard opaque. Juste avant la course endiablée formée par le départ tous azimuts de ces milliers de fusées entourant le kiosque du centre du village, la foule s’est mis à l’abris et seul les déments pris d’une frénésie de pyromane, comme dans un état de transe, bravent le feu des pétards désordonnés. Tout à coup un « splash » vient couper net la progression des fusées : une bombe d’eau s’est abattue sur les socles en bois des projectiles. La contre-attaque ne se fait pas attendre, et bientôt plusieurs forcenés visent à l’aide de mortiers bourrés de poudre le clocher de l’église. L’assaillant est repéré. Il s’agit bien du curé, exacerbé dans son office de la messe de minuit qui lança depuis les hauteurs de son église des préservatifs remplis d’eau sur les fusées des parranderos…

Quelques moments d’accalmies permettent tout de même de retrouver un peu de visibilité depuis l’abris, et on peut même espérer tenter quelques sorties durant la soirée, histoire d’aller se rafraîchir à l’une des nombreuses buvettes de la rue adjacente. Le village se transforme pour l’occasion en foire, avec ces étales en tout genre où l’on propose porc grillé, fritures, babioles et autres souvenirs, mais surtout de la bière tirée directement des citernes, prévues pour étancher la soif de la population entière durant toute la nuit.

Vers 3H00 du matin, les deux camps se tournent respectivement vers l’autre côté de la place où se dresse majestueusement un char à chaque extrême du champ de bataille. Sur le même thème que le mural, chaque char, respectivement du Carmen et de San Salvador, est richement décoré et animé. Ils démarrent en même temps depuis les deux coins adjacents de la place et se déplacent lentement, parallèlement, encouragé chacun par son camps. Arrivés de l’autre côté de la place ils tournent pour se faire face à face et avancent l’un vers l’autre jusqu’à se réunir. La population déchaînée suit son char dans un vacarme d’orchestre caribéen étourdissant. A cette heure tardive les habitants ont abandonné les pétards et dansent au rythme de la Conga mélangeant la tradition du carnaval et celle de leur fête locale. Plus personne ne sait à quel quartier il appartient. Tout se mélange et cette farandole durera jusqu’à 7H00 du matin.

A l’origine de cette tradition, qui a pris des proportions économiques, culturelles, et bouleversé l’identité de toute une population, se tient un autre curé, Fransisco Vigil de Quiñones, qui en 1821, démoralisé par la défection de ses fidèles aux messes qui se donnaient durant l’Avant - Elles avaient lieu à 5H00 du matin entre le 16 et le 23 décembre – convoqua les enfants des 8 quartiers que composait la bourgade et les chargea de réveiller les habitants, en commençant par leurs parents… Cette pratique se transforma bien vite en compétition entre les gamins trop heureux de faire du bruit dans le village endormi, et petit à petit la formule prit des proportions incontrôlables, des alliances géographiques se formèrent pour finalement constituer deux camps : le nord de Remedios appelé le Carmen  représenté par l’emblème du coq,  et le sud appelé San Salvador avec l’aigle comme symbole.

Aujourd’hui il est impensable qu’un natif de Remedios ne soit partie pris pour l’un de ces deux quartiers. Même vivant à Miami, un cubain de Remedios appartient forcément au Carmen ou à San Salvador. Cela génère des discussions interminables où les uns et les autres s’emballent en un quart de tour. Il existe néanmoins des couples mixtes, mais il n’est pas rare de les voir se séparer durant la période des Parrandas. Il y va de l’honneur. Dès le plus jeune age les enfants participent à cette prise de position, qui pourtant n’a rien d’une compétition. Car chaque 25 décembre, à l’aube, chacun rentre chez soit convaincu que, cette année encore, son quartier aura réalisé le meilleur Travail de Place et le plus beau char…

Une tradition cubaine

Les Parrandas de Remedios dépassent largement l’envergure d’une fête de village. Il s’agit véritablement d’une institution, qui a traversé les siècles et son contingent d’histoire cubaine : les guerres d’indépendance, l’annexion américaine et la révolution castriste. En effet même le communisme n’a pas eu raison de ce cas ethnique. Une population vouée corps et âme à une tradition qui mobilise l’année durant la majorité des forces vives de la commune. Les « professionnels » comme on les appelle à Cuba, médecins, avocats, professeurs ont la permission durant les trois mois précédent les festivités de se consacrer à leur préparation. L’Etat les autorise, pire leur salaire est maintenu… De mémoire d’historien, l’unique année qui ne vit un 24 décembre en feu à Remedios fût celle de 1959, lorsque le Ché débarqua alors qu’il était en route pour la libération de Santa Clara et donc du pays. Il y eut tout de même le feu cette année là, mais c’est la caserne de police qui brûla…

Chaque année la même rumeur angoisse les Remedianos : jamais les Parrandas ne seront prêtes à temps… Bruits de village toujours démentis, même s’il y eut des années in extremis. Pendant les guerres d’indépendances, alors que le pays traversait des moments d’extrême pauvreté, Remedios vit par exemple une de ces concitoyennes, fanatique de Parrandas comme il n’est pas rare d’en rencontrer, démonter son toit, afin d’utiliser le bois qui faisait défaut dans la construction du « travail de place ». Les Parranderos reconstruiront la charpente après les festivités…

Les préparatifs des Parrandas se réalisent dans le plus grand secret. Des vigies montent la garde 24h/24 pendant les trois mois que dure le travail de préparation, devant les naves, grands hangars où se concentrent, architectes, ingénieurs, menuisiers, électriciens, peintres, artistes… dédiés à donner corps au thème choisi par le conseil du quartier. Il est primordial que le quartier opposé ne puisse connaître le projet de son adversaire. Tout se révélera le 24 décembre à 21H00.

Dans ces temps difficiles de la « Période Spéciale » que traverse Cuba, jamais la fête ne cessa de battre son plein, et malgré les pénuries de tous les matériaux, l’organisation survit allègrement. Pourtant, comment trouver plus de 150 milles ampoules électriques, plusieurs stères de bois, peinture, poudre, et autres matériaux de décorations ? Les Parrandas sont devenues un vrai commerce, et comme dans le reste du pays, les Remedianos ont su transformer cette tradition en moyen de subsistance. Les dons sont nombreux car beaucoup de cubains natifs de la côte nord de Cuba, vivent à Miami ou aux Etats-Unis, et sont restés parranderos dans l’âme. Il existe même des Parrandas à Miami, chaque 17 décembre. La tradition commence à prendre forme : Les cubains du Nord filment leur fête traditionnelle d’importation et viennent participer la semaine suivante aux Parrandas originales, sans oublier quelques fusées dans leurs valises…

Mais les moyens véritables viennent de la vente elle-même de la fête, clé en main. C’est ainsi que les Remedianos vendent des Parrandas à leurs voisins limitrophes, Camajuani, Caibarienne … en fait tout le centre du pays autour de Santa Clara s’est pris aux jeux de Las Parrandas. Les fêtes ont lieu à des dates éparpillées dans l’année, se qui permet de s’échanger les matériaux et de devenir ainsi les rois du recyclage. C’est la raison pour laquelle, il ne reste jamais aucune trace des Parrandas de l’année précédente. Seul le petit musée de Remedios, dédié au thème, témoigne modestement de cette institution  qui fait vibré et vivre toute une région de Cuba.

Remedios conservateur

Ce n’est pas un hasard si l’origine de ces traditions nous mène à Remedios. Ce fût une des plus ancienne ville de Cuba, donc chargée d’histoire, mise quelque peu de côté puisque reconnu très tard par les autorités espagnoles comme étant un district. Remedios vécu beaucoup des échanges illicites avec la piraterie, ce qui aura contribué à une certaine méfiance de la part du reste de Cuba. Cet isolement a permis de conserver des siècles passés, les traditions religieuses que le reste de Cuba a complètement perdues. A Remedios on fête aussi la Saint Jean. Chaque 23 juin, les feux illuminent la bourgade. Le curé (encore lui) désigne 7 djinns qui, montés sur une charrette, arrivent dans le village et auront pour tâche de capturer le Guije (diablotin). La Semaine Sainte est l’occasion également d’une grande procession à travers le village dans le pure style espagnol. Et comme s’il fallait revendiquer d’avantage cet attachement à l’histoire coloniale, on remarquera dans le centre de Remedios deux églises qui se font face, construite à quelques mètres l’une de l’autre. La seconde ayant été édifiée pour la Vierge du Bon Voyage qui s’échappait régulièrement de son piédestal d’origine.

Parmi les légendes populaires, l’une d’elle trouve ses origines dans le très sérieux ordre royal de Felipe II d’Espagne. Il fut émis par sa Majesté, après l’enquête du curé (décidément) Joseph Gonzales de la Cruz, juge de l’Inquisition, délégué de la Sainte Croix, et exorciste reconnu dans la région de Remedios. Il était surtout à la solde du gouverneur dont les intérêts pour récupérer les terres de Remedios ne faisaient aucun doute.  Son rapport à la couronne était sans détour : Lucifer est apparu dans une grotte proche de la ville, accompagné de 35 légions soit au total 800.000 diables ! Le roi ne put qu’ordonner que l’on déplace Remedios devant cette invasion, unique apparition officielle du malin dans l’histoire du continent américain. C’est ainsi qu’en 1689, 18 familles quittèrent la bourgade sous les menaces du diable pour s’installer plus au sud et créèrent Santa Clara, aujourd’hui chef-lieu de la province.

San Juan de Remedios, bâtard contre les légitimes !

Notre historien de Remedios affirme que sa ville fut la seconde réellement créée à Cuba en 1513, après Baracoa en 1511. Il défend ce point de vu devant les autorités compétente afin de rétablir la vérité sur les débuts de l’histoire de Cuba.

Velazquez, envoyé par le Gouverneur de la Hispaniola (ancien nom de Haiti et Saint Domingue), Diego Colomb (fils de son père), fonde et  s’établi à Baracoa en 1511, première ville de Cuba. Il a la mission d’explorer l’île, puis devra fondé les « villas » (chef-lieux de provinces). C’est ainsi que naît après Baracoa, Bayamo, Trinidad, San Cristobal de La Habana, Santiago de Cuba, Sancti Spiritus et Camaguey. Seulement en 1513, après la tuerie de Caonao (ce qui deviendra Camaguey), qui ne laissa aucun survivant parmi les indigènes et donc l’impossibilité pour les espagnols de fonder une ville, Velazquez donne l’ordre à une cinquantaine d’hommes de s’orienter vers le nord et de s’établir dans la région proche des cayos (îlots) du centre de l’île, sous le commandement de Vasco Porcallo de Figueroa, noble espagnol en fuite, recherché sur le vieux continent. Ce dernier s’appropriera les lieux qu’il baptisera San Juan de los Remedios (Saint Jean des remèdes) et y créera sa « ville », ceci avant même que le roi d’Espagne donne l’autorisation à Velazquez de créer les six autres provinces de Cuba.

La technique des colons de cette époque était l’évangélisation des peuplades indigènes, puis leur exploitation par le travail. Ils abuseront tant de cette forme d’esclavage que la population indigène cubaine disparut en totalité. Seules quelques micro-exceptions, notamment dans la région de Baracoa et… Remedios, témoignent encore aujourd’hui de la présence de ces autochtones qui nous lègueront le plaisir du cigare !

Rafael Farto Muñiz

Très populaire à Remedios, c’est une figure représentative, qui fait référence. Lorsque dans une conversation passionnée les esprits s’échauffent, sur des thèmes aussi diverses que les problèmes économiques du Brésil, la vie de Caturla, célèbre musicien progressiste natif de Remedios, ou encore l’origine des légendes qui anime la vie quotidienne du village, on va chercher, ou l’on interpelle Farto, afin qu’il tranche de son jugement incontestable de spécialiste. Il est agrégé en recherche scientifique par le Ministère de la Culture de son état, mais aussi ancien acteur. Et même s’il est du Carmen, ceux de San Salvador respectent son point de vue. On le voit dans toute les manifestations officielles, mais aussi lors de ses cours pour les paysans, ou les assemblées d’alcooliques. Les enfants des écoles débarquent chez lui, la classe entière, motivés par un travail dont les a chargé la maîtresse. A 55 ans il assume le titre honorifique d’Historien de Remedios, notamment pour ces nombreux travaux de recherche historique dont un remet en question l’ordre de la création des provinces de Cuba, donc l’histoire officielle du pays.

L’Amateur de Cigare

« L’Amateur de Cigare » est aujourd’hui l’unique revue sur le thème du cigare en France, et forcément la meilleure… Mais aussi une des meilleures au monde ! L’Amateur, c’est la passion du cigare, la culture gastronomique française appliquée à la dégustation du cigare et qui en fait un art. Jean-Paul Kauffmann, qui a créé la revue il y a plus de 15 ans, est solidement entouré par Annie Lorenzo et Jean-Alphonse Richard. Ajoutez à cette équipe les collaborateurs, le comité de dégustation et les journalistes qui coopèrent régulièrement à la revue, et vous aurez les plus éminents experts du cigare en France et dans le monde. Malgré de nombreuses attaques anti-tabac, « L’Amateur de Cigare » réussit à transmettre la passion d’un plaisir qu’il faut respecter à ceux qui s’y vouent. Déguster un cigare est un acte conscient, tout autant néfaste à la santé que celui de savourer un grand Bordeaux ou de se régaler d’une poularde fermière aux morilles. Et de la même manière, fumer peut être un plaisir épicurien, tout comme boire et manger… le secret et le respect étant dans la mesure. Entrevues de personnages illustres, techniques de dégustation, reportages sur Cuba et les pays producteurs, conseils, informations, L’Amateur de Cigare est le lien entre des passionnés, des épicuriens et des gens cultivés qui adhèrent aux raffinements et aux subtilités de la dégustation du cigare. Sans oublier la bible : l’HavanoScope, le « Michelin » du cigare, le seul guide au monde capable d’orienter réellement et objectivement le débutant ou l’amateur confirmé, qui parait une fois l’an, peut être de façon trop intime, comme si on ne voulait pas partager avec tous les secrets du plaisir…

Page web : www.amateurdecigare.com

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