Réveillon explosif à Remedios



Pour la plupart des gens, la date du 24 décembre - Nochebuena ou réveillon de Noël - est associée au dîner intime en famille. La seule interruption étant le son des chants de Noël à notre porte.

Voilà peut être ce qui se passait dans l’ancien bourg cubain de Remedios jusqu’aux années 1820. Le jeune prêtre Francisco Vigil de Quiñones avait noté que dans les froids matins du dernier mois de l’année le nombre de paroissiens diminuait. Apparemment, les voisins préféraient rester dans leurs lits tièdes plutôt que remplir les bancs de son église. Pour les persuader, une solution ingénieuse lui est venue à l’esprit. Il convoqua un groupe d’enfants et les encouragea à faire tout le bruit possible.

Les enfants réunirent cornes, boîtes remplies de pierres, maracas, casseroles et poêles et firent ainsi de leur mieux pour que tous participent aux messes qui débutaient le 16 décembre et prenaient fin le 24 à minuit.

Le plan fonctionna et l’église fut bientôt remplie, donnant ainsi naissance à l’une des fêtes les plus populaires de Cuba : les Parrandas (défilés) de Remedios.

En 1835 la tradition eut un tel succès qu’un arrêté, émis par le gouvernement, interdisait ces manifestations bruyantes avant 4 heures du matin. Quelques années plus tard, le bruit s’est transformé en orchestre formée de chanteurs, guitares, mandolines espagnoles, harpes, tambours, claves et un instrument spécifique des Parrandas, celui connu sous le nom de atambora – petit baril de bois couvert de peau de chèvre.

D’autres changements se sont succédés dans les 150 ans suivants donnant ainsi corps à l’assortiment actuel de musique, art et feux d’artifice.

 

Une bataille de feux d’artifice

Le dramatique point culminant des fêtes de Noël est actuellement une bataille de feux d’artifice, lumières et travaux artisanaux entre les chars qui représentent chaque moitié du bourg. Les Parranderos parcourent les quartiers de Remedios en dansant au son des polkas et rumbas composées plus d’un siècle auparavant.

Le caractère compétitif de la célébration remonte à la moitié du XIXe siècle, lorsque les huit quartiers qui composaient alors le bourg ont été divisés en deux groupes : El Carmen et San Salvador avec leurs ensembles musicaux. Aujourd’hui, l’événement principal du 24 décembre débute encore avec une « rumba de défi » entre les deux groupes.

Ces fêtes populaires ont été assimilées par des villages proches tels que Camajuaní, Vueltas, Caibarién, Guayos, Encrucijada et autres localités de la région centrale de Cuba.

Mais aucun de ces villages ne peut concurrencer Remedios. Chaque année, ses habitants s’adonnent fébrilement des mois durant à la construction des « travaux de place », feux d’artifice, costumes et tous les attirails nécessaires, le tout dans le secret le plus strict, lequel ne sera dévoilé que la nuit d’inauguration des Parrandas.

Le 24 décembre à 22 h les cloches de la grande église paroissiale carillonnent pour annoncer le début des fêtes. Les feux d’artifice rayonnent dans le ciel des heures durant. Les éblouissants travaux de place s’illuminent et les chars, fruit des centaines d’heures de travail de menuisiers, électriciens, concepteurs, couturières et dizaines d’ouvriers commencent leur défilé triomphal. Les Carmelitas - du quartier El Carmen - et les Sansaríes - de celui de San Salvador - parcourent les rues centenaires. Dans cette compétition sans juges et sans jurés tous se prennent pour les vainqueurs.

À l’aube, à la même heure à laquelle les habitants de la ville se réveillaient deux siècles plus tôt, les visiteurs, dont un bon nombre portant des grands chapeaux pour se protéger des feux d’artifice, vont dormir. Alors que les habitants de El Carmen et de San Salvador commencent à planifier en secret les prochaines Parrandas.