Robert Polidori, La muerte de una casa



La maison de Alberto de Armas, photographiée par Robert Polidori*, estconnue par les habitants de La Havane sous le nom de « La grande maisonaux tuiles vertes » du fait de la couleur inusuelle de sa toiturepittoresque. Cette maison, située à Calle 2, # 318, Miramar, à lasortie du tunnel reliant ce quartier à la promenade du bord de mer, aété construite en 1926 à partir d’un projet de l’ingénieur etarchitecte cubain Jorge Luis Echarte Mazorra. Suite à la mort de sondernier propriétaire, qui n’a jamais voulu la quitter, la maison faitactuellement l’objet de travaux de restauration de la part de l’Officede l’historien de la ville. 

 […]    …esto que estoy contando no es un cuento;  

es una historia limpia, que es mi historia;

es una vida honrada que he vivido,

un estilo que el mundo va perdiendo.

[…]    … ce que je raconte n’est pas une fable;

c’est une histoire irreprochable, mon histoire;

la vie honnête que j’ai vécue,

un style que le monde est en train de perdre.[…]

La Casa, soy la Casa.

Más que piedra y vallado,

más que sombra y que tierra,

más que techo y que muro,

porque soy todo eso, y soy con alma.[…]

La maison, je suis la maison

plus que pierres et grilles,

plus qu’ombre et terre,

plus que toit et murs,

car je suis tout cela et je le suis avec une âme.

Me siento ya una casa enferma,

una casa leprosa.

[…]

Es necesario que alguien venga

a cerrar la ventana

del comedor, que se ha quedado abierta,

y anoche entraron los murciélagos…

Es necesario que alguien venga

a ordenar, a gritar, a cualquier cosa.>

Je me sens comme une maison malade,

une maison lépreuse

[…]

Il faut que quelqu’un vienne

Pour fermer la fenêtre

de la salle à manger qui est restée ouverte,

hier soir, les chauves-souris sont entrées…

Il faut que quelqu’un vienne

mettre de l’ordre, crier, pour quoique ce soit.

No sé por qué se ha hecho desde hace tantos días

este extraño silencio:

silencio sin perfiles, sin aristas,

que me penetra como un agua sorda.

[…]

Nadie puede decir

que he sido yo una casa silenciosa;

por el contrario, a muchos muchas veces

rasgué la seda pálida del sueño

–el nocturno capullo en que se en vuelven–,

con mi piano crecido en la alta noche…

Je ne sais pas pourquoi s’est installé depuis tant de jour

cet étrange silence :

silence sans profils, sans bords,

qui me pénètre comme une eau sourde.

[…]

Personne ne peut dire

que j’ai été une maison silencieuse ;

au contraire, j’ai déchiré plusieurs fois

la soie pâle du rêve de plusieurs

- le ver luisant avec lequel ils s’enferment -

avec mon piano qui résonne dans la nuit…

Y es que el hombre, aunque no lo sepa,

unido está a su casa poco menos

que el molusco a su concha.>No se quiebra esa unión sin que algo muera

en la casa, en el hombre… O en los dos.>

Et les personnes, sans le savoir,

sont liées à leurs maisons

comme un mollusque à sa coquille.>Et cet attachement ne peut être brisé

sans que quelque chose meure

dans la maison, chez l’homme… ou dans les deux.>

No he de caerme, no, que yo soy fuerte.

En vano me embistieron los ciclones

y me ha roído el tiempo hueso y carne,

y la humedad me ha abierto úlceras verdes.

Con un poco de cal yo me compongo:

con un poco de cal y de ternura.   

Je ne vais pas tomber, non, je suis fort.

Les ouragans m’ont attaqué en vain

le temps a rongé mes os et ma chair,

l’humidité m’a ouvert des ulcères verts.

Je peux m’en remettre avec un peu de chaux :

avec un peu de chaux et de tendresse.

Robert Polidori
Photographe, basé à New York. Il a publié quatre livres de photographie, dont "Havana" (2001), "Zones of Exclusion Pripyat and Chernobyl" (2003), et "Metropolis" (2004), et a reçu le World Press Award for Art (1988) et le Alfred Eisenstadt Award for Magazine Photography, Architecture 1999 et 2000. Il réside actuellement à New York. Ses travaux ont été publiés à échelle internationale, dans des magazines tels que Vanity Fair, Condé Nest Traveler, Newsweek ou Wallpaper