San Luis : La terre du meilleur tabac au monde

2017-04-02 22:37:48
Sofía D. Iglesias
San Luis : La terre du meilleur tabac au monde

Por Sofía D. Iglesias

La commune de San Luis est située à 21 kilomètres de Pinar del Río. D'un bout à l'autre de son territoire, y compris dans ses parties les moins accessibles, la commune de San Luis est tournée vers la production de tabac. Le vécu de ses habitants en témoigne, tout comme les innombrables panneaux qui annoncent au monde entier que San Luis est la terre des meilleurs cigares au monde.

J'ai toujours voulu écrire au sujet de San Luis, parce que même si j'ai déjà passé la moitié de ma vie loin du village, je suis de là-bas, et parce que c'est un lieu que l’on oublie, sauf quand s'il s'agit de parler de la culture du tabac. Pourtant, les petits villages, s'ils ont inspiré le proverbe « Pueblo chiquito infierno grande » (Petit village, grand enfer), ont par ailleurs beaucoup de charme. Le charme de leurs habitants, de leurs couleurs, de leurs odeurs et de leurs lieux emblématiques.

Comme dans tout village de l'intérieur de l'île, le lieu le plus important vers lequel les regards se tournent, où l'on se rassemble, où l'on s'amuse, ce lieu, c'est le parc. Un parc comme les autres, petit, avec ses arbres, sa rotonde, son buste de José Martí. Et aussi ses enfants qui courent, qui apprennent à faire du vélo, qui sautent par-dessus les barrières et remplissent l'air de leurs rires...

C'est le parc des amoureux. Les couples y viennent pour leur premier baiser, pour le baiser de la réconciliation ou des adieux. C'est de là que partent les bus venus chercher les enfants et les jeunes qui prennent la route de l'internat, du service militaire ou de compétitions sportives ou culturelles. C'est désormais le parc de la wifi, où les familles se retrouvent à travers l'écran. Les amis s'invitent pour des fêtes au bout du monde et les amoureux échangent des caresses à la lumière d'un lampadaire.

Une église petite et belle, très belle. À tel point que cette église catholique suscite l'admiration des fidèles d'autres religions. L'église de San Luis est comme une image de carte postale que les voyageurs envoient à leurs amis pour leur montrer la beauté des lieux qu'ils visitent. À côté de l'église, le Cinéma Girón. Son nom est écrit en grandes lettres, des lettres grandes comme l'écran sur lequel les villageois regardaient les classiques du cinéma à l'époque de l'âge d'or du Ciné Girón. De nos jours, la salle est utilisée à des fins diverses : un public assidu regarde des films d'actions sur deux téléviseurs, on organise aussi des spectacles et des réunions.

La grand-rue du village s'appelle Juana Romero, en hommage à l'une des fondatrices du village. C'est une toute petite promenade (comparée à celles des capitales). Des bancs invitent les promeneurs au repos et des petits commerces alternent avec des maisons aux grandes façades, de style colonial ou plus modernes.

San Luis est un endroit perdu quelque part sur la carte, la vie y est plus lente, les nouveautés y arrivent avec un temps de retard. Ce n'est pas un village de passage, il n'est pas situé sur la carretera central (le principal axe routier de Cuba) ou sur une route qui mène ailleurs : pour voir San Luis, il faut vouloir y aller.

On ne va pas à San Luis parce que l’on renonce à l'agitation de la capitale ou à la vie culturelle des grandes villes. Il s'agit de découvrir un autre genre d’endroit, et ce tourisme différent est quelque chose de simple et de grand à la fois. Le contact avec les gens est plus fort. Les paysages sont authentiques, avec leurs endroits paradisiaques et aussi leurs laideurs. Les eaux de la rivière sont cristallines et troubles, avec des endroits pour se baigner et d'autres pour pêcher. Les artistes ne sont pas professionnels, mais lorsqu'ils finissent leur journée de travail, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes sur scène. Les improvisateurs chantent à pleine voix même s'ils ne connaissent pas la versification en octosyllabe.

Le territoire de San Luis, situé à proximité de la capitale provinciale, est limitrophe de celui de San Juan y Martínez, également réputé pour son tabac. Avant de parvenir à ce que l'on pourrait appeler la partie urbaine du village, un chemin poussiéreux conduit à l'habitation et aux champs de tabac du producteur qui a donné au terroir de San Luis ses lettres de noblesse, un homme connu dans le monde entier : Alejandro Robaina.

Des centaines de visiteurs viennent quotidiennement à proximité de la maison de Robaina. Des caméras de télévision, des hommes d'affaires... Mais sur le chemin du retour, rares sont ceux qui ont la curiosité de continuer le voyage. Pourtant, si on continue, on arrive au village de San Luis, avec le charme de ses habitants, de ses couleurs, de ses paysages...

Traduction : B.F.

Habana XXI

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