Santa Clara, au centre de Cuba... ou presque



À Cuba, on appelle ça « coger botella ». Il ne s'agit pas d'utiliser un quelconque récipient destiné à contenir du liquide : cette expression désigne l'auto-stop, une pratique qui fait partie du quotidien des Cubains. On pourrait écrire une encyclopédie sur la question tant les manières de faire du stop sont diverses et les raisons qui poussent les Cubains à se déplacer ainsi sont variées. En ville, l'auto-stop sert à parcourir de courtes distances gratuitement. Lorsqu'il s'agit de distances importantes, sur la voie rapide, la « botella » se décline en version payante. C'est dans cette situation que je me suis retrouvée il y a quelques jours, à La Havane. Je me demandais vers où pouvaient bien se diriger tous ces cars de touristes qui me passaient devant : plus de dix bus en une heure. Un automobiliste s'est enfin arrêté et m'a conduit jusqu'à ma destination. À ma grande surprise, les touristes se rendaient à Santa Clara.

Comment expliquer le succès de Santa Clara ? Les visiteurs qui font le déplacement depuis La Havane jusqu'à la ville du Che sont de plus en plus nombreux. Une place large et solennelle et la statue monumentale d'Ernesto Guevara de la Serna semblent veiller sur cette cité. Le Che, comme on le connaît dans le monde entier, a une signification toute particulière pour Santa Clara. C’est dans cette ville qu'il a accompli son fait d'armes le plus mémorable pendant la guérilla cubaine : le déraillement du train blindé transportant les renforts de la dictature de Fulgencio Batista, une opération qui a permis de prendre le contrôle de la totalité de la ville en 1958. Le train blindé constitue donc une visite incontournable pour comprendre l'histoire de Cuba, tout comme la place dédiée au guérilléro, où reposent les restes de ceux qui ont accompagné le Che dans son expédition en Bolivie. Mais Santa Clara, c'est bien plus encore.

On y trouve des rues étroites, comme si on avait manqué de place lors de leur construction, et des maisons — de petite taille en général — animées par l’effervescence de ses habitants. Il faut dire que ces lieux sont marqués par l'empreinte de ceux qui les habitent, comme le théâtre de la Caridad (la Charité), qui témoigne de la générosité et de la grandeur de Doña Martha Abreu. Cette bienfaitrice a donné une grande partie de sa fortune pour le développement de la ville de Santa Clara, alors dans les langes. 

Le centre culturel « El Mejunje » ressemble aussi à ses habitants. Ramón Silverio, responsable de projets culturels, est à l'origine de cette structure qui accueille un large public depuis les années 1990. Tout le monde y a sa place, la diversité est la marque de fabrique de ce centre culturel où l'on peut entendre aussi bien de la « trova » que des reprises — réussies — de chansons connues, interprétées par des vedettes du transformisme. Bref, le Mejunje sait charmer son public.

Santa Clara n'a pas de plage et n'en a pas besoin; les gens qui peuplent cette ville sont comme une mer, une mer accueillante. Il n'en demeure pas moins que Santa Clara est relativement proche d'Isabel de Sagua, de Caibarién et des îlots du nord de la province de Villa Clara, les amateurs de plage ne seront donc pas déçus.

Dans la voiture qui m'a amenée à Santa Clara, Ingrid, une Allemande, a éveillé ma curiosité : elle disait avec une telle émotion son envie d'arriver à destination que j'ai voulu savoir ce que cette ville recélait et que je n'avais pas su remarquer.« Elle est familiale » m'a répondu Ingrid, entre deux gorgées de café mêlé de rhum.

Ces mots ont suffi pour me faire comprendre ce que je n'avais pas su saisir et qui pourtant saute aux yeux. Au-delà de ses églises aux histoires passionnantes, de ses musées emblématiques, de ses centres culturels qui proposent un programme varié de jour comme de nuit, de sa fontaine où on vient faire des souhaits auprès de la statue de l'enfant tenant une botte cassée dans la main, figé pour toujours dans le métal, au-delà de ses rues où fleurissent les échoppes des artisans, Santa Clara a une ambiance familiale.

Ingrid fait nettement la différence entre la capitale et la ville du Che : « La Havane est folle. À Santa Clara, on est comme en famille. »

Voilà ce qui pousse autant de touristes à se rendre à Santa Clara... Bien sûr, pas en stop ! Santa Clara vous attend donc, à plus de 250 kilomètres de La Havane, certes, mais son atmosphère familiale mérite bien un détour.

Traducteur : F.B.