Santiago de Cuba : rendez-vous entre mythe et hommage



Avant la mort de Fidel, le cimetière Santa Ifigenia était déjà un endroit visité quotidiennement par des touristes et par des personnes de tout Cuba.

Par Rodolfo Romero Reyes

Le soleil se lève à l’est. Une fois qu’ils sont passés au-dessus des montagnes de Baracoa, situées dans la province de Guantanamo, les premiers rayons réveillent la ville héroïque de Santiago de Cuba. Comme chaque matin, les gens prennent la route des écoles, des lieux de travail, tandis que des centaines de deux-roues parcourent la capitale provinciale d’un bout à l’autre. Depuis six mois, le nombre de passants qui circulent sur l’une des avenues s’est multiplié : sur l’Avenida Patria, qui mène au cimetière Santa Ifigenia.

La route de Fidel

Le matin du 4 décembre 2016, le convoi transportant les restes de Fidel Castro se dirigea vers le cimetière et à 7 heures du matin, le peuple vint lui faire son dernier adieu. Ce jour-là, il n’y eut pas de grand rassemblement. Les médias avaient opportunément averti que la cérémonie serait intime, réservée aux membres de la famille et aux amis, dont plusieurs dirigeants de Cuba et d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Conformément à la volonté de Fidel lui-même, ses cendres n’ont pas été déposées dans un monument fastueux. Fidel avait suggéré une pierre, un rocher du massif montagneux de la Sierra Maestra, le berceau de la révolution cubaine. Ce rocher a été placé à quelques mètres du tombeau de José Marti, héros national de la République, la plus grande source d’inspiration pour les luttes révolutionnaires à Cuba.

Depuis la réouverture de ses portes au public, des milliers de personnes font la queue pour passer par cet endroit mythique.

Identité et histoire

Avant la mort de Fidel, le cimetière Santa Ifigenia était déjà un endroit visité quotidiennement par des touristes et par des personnes venues d’autres provinces de Cuba. L’intérêt suscité par le site s’explique par la majesté de son architecture et son style décoratif, mais aussi par les Cubaines et Cubains célèbres qui y reposent.

L’une des premières tombes que l’on remarque, en raison de sa forme pyramidale, est celle d’Emilio Bacardi, une personnalité importante de la culture nationale. Avec sa décoration en bois, la tombe d’un autre représentant de la culture cubaine ne passe pas inaperçue : celle de Compay Segundo, le musicien qui a fait connaître l’une des chansons les plus importantes de la trova santiguera qui a pour refrain : « De Alto Cedro voy para Marcané, llego a Cueto voy para Mayarí ».

À quelques mètres de l’entrée, on trouve le monument qui rend hommage au Père de la Patrie, le leader indépendantiste Carlos Manuel de Céspedes. Des deux côtés du tombeau, deux drapeaux ondoient : le drapeau national et celui arboré par les premiers patriotes qui prirent les armes contre le colonialisme espagnol, le 10 octobre 1868.

Des enfants célèbres de Santiago reposent à Santa Ifigenia pour l’éternité. Une tombe discrète, mais dont la visite est indispensable : celle des frères Frank et Josué País, assassinés à des dates différentes.

José Martí, flamme éternelle

Avant la mort de Fidel, le mausolée qui abritait les restes de José Martí constituait la visite incontournable. Des jeunes hommes assurent une garde d’honneur de la tombe de bois recouverte en permanence par le drapeau cubain, avec une relève chaque demi-heure.

À l’entrée du mausolée, une flamme éternelle accentue la dimension symbolique des lieux. Les visiteurs de Santa Ifigenia sont touchés par ce caractère mystique et solennel. Ils prennent des photographies et en apprennent davantage sur ce grand homme de Cuba et d’Amérique latine du XIXe siècle.

On trouve désormais à quelques mètres des restes de l’Apôtre, du Maître, comme on l’appelle à Cuba, les cendres de Fidel.

Traduction : F. Lamarque