Siguaraya !



Par Leonardo Depestre Catony
Photo : Herrera

De nombreux artistes ont contribué à ce que la musique populaire cubaine soit universelle. Parmi eux on peut citer Celia Cruz qui est sans doute la plus remarquable d’entre tous.

La jeune fille noire et pauvre du quartier Santo Suárez qui désirait ardemment réussir, découvrit à la fin des années 30, quand elle se présenta au concours organisé par la Radio García Serra, qu’elle pouvait... être chanteuse.

Son premier succès fut local, mais inoubliable. Que chanta-t-elle, me demanderez-vous ? Eh bien, le Tango Nostalgia interprété à la façon d’un boléro rythmique.

Celia poursuivit sa route et prit confiance en elle. Elle passait outre le fait qu’elle était peu payée ou même pas du tout : ce qui lui importait c’était de se faire connaître.

C’est dans les années 40 qu’elle intègre la radio Mil Diez. En 1947 Unión Radio l’engage et peu de temps après on l’appelle pour travailler dans le show du Tropicana, où elle fait partie des Mulâtresses de Feu, un vrai spectacle qui allie la grâce, la danse et le chant.

Elle se produisit alors également à l’étranger comme au Mexique et au Venezuela. Peu à peu, Celia passe de la guaracha à l’interprétation unique, authentique, inimitable de la musique afro-cubaine.

Le 3 août 1950 est une date importante. Celia a 26 ans, le même âge que l’orchestre Sonora Mantancera, dont le directeur est Rogelio Martínez. Ils enregistrent ensemble en 1951 un premier disque : Mata Siguaraya y Cao cao maní pica’o. Aujourd’hui, c’est une anthologie dans la discographie cubaine.

Puis « Burundanga » qui devient le premier disque longue durée, vendu à plus d’un million d’exemplaires, lui vaut un disque d’or et un succès qui ne s’est jamais démenti.

On la voit partout : à la radio, à la télévision, au théâtre, au cabaret : Tropicana, Montmartre, Sans-Souci…..

En 1960 elle s’installe à l’étranger. Aux Etats-Unis, elle chante avec les voix les plus connues de la musique latine et fait des tournées à travers le monde entier. C’est une artiste adulée : sa popularité est constante, les salles se remplissent lorsqu’elle est annoncée. C’est selon l’avis du sépcialiste Helio Orovio, une des plus grandes voix que l’Amérique latine nous ait donnée.

Celia Cruz a chanté avec les orchestres de salsa les plus célèbres : celui de Tito Puente, de Johnny Pacheco, le Sonora Ponceña, le Sonora Caracas, l’orchestre de Willie Colón. Ce dernier affirme que « Celia Cruz et le Sonora Matancera ont été un exemple de fidélité à la musique cubaine. Et nous devons à Celia d’avoir été, contre vents et marées, le porte-drapeau de la musique afro-antillaise et si elle n’avait pas été là, peut-être que la salsa n’aurait jamais existé à New-York. »

Et comme Celia Cruz ne voulut mettre aucun frein à son parcours, elle se consacra aussi au cinéma. Rappelons-nous d’elle dans les « Rois du Mambo » de la Warner Brothers. Et plus récemment dans « Yo soy del son a la salsa » de Rigoberto López, primé au Festival du Nouveau Cinéma latino-américain de La Havane en 1996.

La doyenne de la guaracha, de la chanson afro-antillaise et de la salsa, fut une femme d’une extraordinaire vitalité, et qui sur scène se transforma en un véritable cyclone tropical.

Bibliographie :

Depestre Catony, Leonardo - Habaneros famosos de ayer y de hoy - La Habana, Cuba : Editorial José Martí 2012.