Souvenir de Jean Paul Sartre à Cuba



L'expression maximum de Jean Paul Sartre, pour beaucoup, fut son œuvre philosophique, ce projet embrassant sa pensée, tant marquée par sa formation académique aussi bien en France qu'en Allemagne, et le courant de l'existentialisme athée dont il fut aussi le fondateur et son maximum représentant.

Toutefois, cet homme polémique, auquel toute l'Humanité a rendu hommage en occasion du centenaire de sa naissance, est aussi l'un des plus grands dramaturges du XX ème siècle et de la langue française. Cet hommage lui fut rendu également à Cuba, dans les vastes salons du Centre Hispano-américain de Culture, avec une emphase spéciale pour sa présence sur l'Île, à la suite du triomphe de la Révolution. Je n’ai pas parler de sa présence dans notre archipel au-delà du livre qu'il a écrit, où il laissa le témoignage de sa visite, de ses rencontres et des dialogues avec des personnalités comme Fidel Castro et Ernesto Che Guevara.

Mais, comme beaucoup de jeunes intellectuels de ma génération, je peux parler de l'éblouissement que nous vivions quand nous nous heurtions avec sa dramaturgie, depuis Les mouches jusqu'à Les Séquestrés d'Altono, dans cette appréhension tellement sienne, agonisante, de mythes universels. Et combien nous avons pu regretter, pour notre propre adolescence, de ne pas avoir été les témoins de l'interprétation qui se réalisa, dans les années 60 du siècle dernier, au Théâtre National, par une actrice cubaine du calibre de Miriam Acevedo quand elle donna corps et âme à son interprétation de La Putain respectueuse et quand nous dévorions le texte, alors très audacieux, qui fut le précurseur de Huis clos.

Les années de nos études universitaires, durant la décennie de 70, furent des années complexes, mais la polémique était là, vivante, parmi nous, entre l'existentialisme chrétien d'Albert Camus et celui de l'athée Sartre et sa compagne, cette femme de grand talent que fut Simone de Beauvoir. Sartre était le mythe vivant, le créateur de L'être et du néant, la défense de la liberté individuelle et, aussi, du compromis et de la responsabilité sociale de l'homme et de la femme avec leur monde, depuis la pensée complexe de l'écrivain français, homme également magnétiser par les contradictions, mais toujours d'une puissante et attractive présence dans le monde académique et dans le domaine de l'appelée intelligentsia .

Il a été le prisonnier des nazis, le combattant de la Résistance, le fondateur de l'importante revue Les Temps Modernes, le même écrivain et philosophe qui condamna la répression en Algérie, celui avec qui la polémique ne cessa jamais d'être vive, ni même durant le temps de la guerre froide. Ensuite, dans les livres de fiction et dans les essais d'un cubain également universel, comme notre Alejo Carpentier, nous nous sommes heurtés à nouveau avec les idées sartriennes, depuis la théorie des contextes. Nous étions alors plus jeunes, et moins mûrs pour apprécier les thèses du célèbre écrivain français, duquel nous nous sentirons toujours en dette, comme l'expression du talent et de la sensibilité, dans l'esprit universel où s'est manifestée, au même niveau, la pensée théorique et la praxis esthétique du créateur littéraire.

Traduit par Alain de Cullant