Sur les traces du Buena Vista Social Club à Cuba

2012-10-03 20:24:46
Sur les traces du Buena Vista Social Club à Cuba

En juin 1999, le monde entier succombait aux chansons rétro de papys cubains filmés par la caméra de Wim Wenders. Dix ans après, que reste-t-il du phénomène Buena Vista Social Club ? Et où en est la scène musicale cubaine ? Reportage à La Havane, en février dernier, à l’occasion du Festival ­International de Jazz.

Pour les milliers de touristes massés dans les hôtels du Vedado, ou à la terrasse des cafés du quartier de la Vieille Havane, entendre Chan-Chan et Veinte Años, en sirotant un mojito, cela fait autant partie du rituel que de se faire prendre en photo Plaza de la Revolución, devant les belles bagnoles américaines, avec sa casquette du Che et son barreau de chaise. Notre guide a beau n’avoir jamais vraiment eu en main le disque Buena Vista, ni même vu le film de Wim Wenders (comme une majorité de Cubains), il n’empêche, dix ans après leur sortie, elle les connaît par cœur.

De vieilles chansons cubaines poussiéreuses

Et pour cause. Il y a un avant et un après Buena Vista Social Club. Avec ses sept millions d’albums vendus et sa nomination aux Oscars, Buena Vista est devenu une marque de fabrique. Tous les Cubains sont conscients de l’impact des súper abuelos (les papys du projet) sur le développement touristique de l’île. Cela dit, le fait que leurs vieilles chansons poussiéreuses aient fait subitement craquer la planète entière reste encore pour eux une énigme.

Campée dans le Cuba d’avant la Révolution (dont on célèbre les 50 ans en 2009), la bande-son imaginée par le guitariste américain Ry Cooder est si éloignée de la leur ! Aujourd’hui, les jeunes de la fin de l’ère Castro lui préfèrent le rap de Kumar ou de Telmary, la timba musclée de Bamboleo, ou le reggaeton – un mélange corrosif de musiques caribéennes, reggae jamaïcain et hip-hop – du groupe Calle 35 et d’El Médico. Les 30/50 ans, eux, font la queue aux portes des boîtes à discotemba – où l’on fait des rencontres en dansant sur des tubes disco mixés par un DJ.  

Bon anniversaire au Jazz Plaza

Près de cinquante formations en provenance de vingt-deux pays se sont relayées, en après-midi et en soirée, pendant les quatre jours du Jazz Plaza Festival 2009. Et ce, sur les onze scènes dispersées dans La Havane. Chaque jour eut sa découverte et son lot d’émotions fortes. Comme voir des Japonais en kimonos jouer la salsa devant trois mille Cubains massés dans un auditorium aussi austère que l’ambassade de Russie à Miramar. Ou encore entendre, entre deux sets, un vieil harmoniciste cubain reprendre du Duke Ellington et du Chet Baker dans la cour de la Casa de la Cultura (sorte de MJC à la cubaine).

Pour nous, cette 25e édition a surtout confirmé l’extrême vitalité de la scène musicale cubaine et la virtuosité de ses interprètes. Du swing à papa de Bobby Carcasses aux effusions afro-cubaines du nouveau groupe de Chucho Valdés… du latin-jazz électrique de Roberto Fonseca et Dayramir Gonzáles au piano forte d’Harold Lopez-Nussa et à la salsa dynamitée de Los Van Van et NG La Banda… quel festival, oui ! Quelle luxuriance ! Même Buena Vista Social Club y était, tiens tiens…

L’Orquesta y a donné un beau concert – un Social Club nouvelle génération, au casting renouvelé mais à la recette identique. Et à l’applaudimètre, c’est une figure du Buena Vista qui a raflé la mise. La dernière figure historique encore en vie (Orlando Cachaïto Lopez ayant tiré sa révérence la veille du festival). Sa diva : Omara Portuondo (79 ans). Son interprétation de Summertime, lors du gala d’ouverture en invitée du maestro Chucho Valdés, a fait chavirer bien des festivaliers. Mais que dire du concert-spectacle inouï donné deux jours plus tard, un soir de Saint-Valentin ? En chansons, avec extraits de films, tableaux dansés et photos à la clé, elle a remonté le cours de sa vie... jusqu’à Buena Vista bien sur.

Omara Portuondo

L’Amateur de Cigare : Vous donnez des dizaines de concerts, un peu partout dans le monde… mais ce live là, au Teatro America, pour les 25 ans du Festival, était particulier, n’est-ce pas ?

Omara Portuondo : C’est juste. Quelle émotion ça a été. Remonter ainsi le fil de ma vie, de mes débuts de danseuse de cabaret au Tropicana jusqu’au 1er Festival de Jazz de La Havane, jusqu’à Buena Vista… C’est une manière de dire merci à tous les grands artistes avec qui j’ai travaillé. Mon dernier disque, d’ailleurs, s’appelle Gracias.     

ADC : Vous êtes si pétillante, si pleine de vie sur scène qu’on a du mal à croire que vous avez vécu une aussi longue carrière. C’est presque irréel. Quel est votre secret ?  

O. P. : Ah, merci. Les Français sont charmeurs. [elle rit, et me parle en français] « Très J.O.L.I. Je t’aime mon chéri !!! ». Mon secret ? Mais c’est vous, le public. Et notamment les Français. J’ai toujours adoré la France. Vous savez, j’ai rencontré Édith Piaf à La Havane. Quelle artiste ! Petite fille, j’ai même connu Maurice Chevalier. Mon dernier passage à Paris, l’année passée, aux Folies Bergères, a été une expérience dingue. J’ai fini sans micro, a capella, au milieu des gens.  

ADC : En juin prochain, cela fait dix ans que le film Buena Vista est sorti en salles. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur tout ce qui s’est passé ?  

O. P. : Oh là la, toute cette histoire ! Mon Dieu. Pour nous, au départ, ce n’était pas grand-chose. Chanter ces vieilles chansons, dans les galas ou les bals, on le faisait depuis toujours, y compris à l’étranger. On savait que les gens aimaient bien… mais pas à ce point là ! Tout ce tapage, cet engouement, aujourd’hui encore. Ce fut une expérience fantastique, et une vraie chance pour la musique cubaine.

Chucho Valdés

L’Amateur de Cigare : En tant que président de la manifestation, quel bilan tirez-vous sur cette 25e édition du Festival ? 

Chucho Valdés : Très positif. Il y a eu d’excellents concerts, une belle émulation. Parmi les étrangers présents, un groupe a même fait le déplacement de Californie ! C’est bien, mais insuffisant. Difficile d’imaginer un festival de jazz digne de ce nom sans les jazzmen américains. En 25 ans d’histoire, tous les plus grands y sont passés, comme Herbie Hancock, Max Roach, Dizzy Gillespie… Mais les années Bush et les restrictions sévères imposées par son administration ont porté un sérieux coup de froid aux échanges. C’est idiot. La musique est universelle, et n’a que faire des querelles de politiciens.

ADC : Où en est le jazz cubain aujourd’hui ?

C. V. : Il est en plein essor depuis une dizaine d’années. Je suis très optimiste pour son avenir. La nouvelle vague est là.  

ADC : Pour un jazzman de votre envergure, fondateur du groupe Irakere (une institution de la musique cubaine), le phénomène Buena Vista, ça représente quoi ? Un retour en arrière ?

C. V. : Ce sont des chansons qui étaient à la mode et qui le sont redevenues… rien d’anormal. Ce genre de revival, ça arrive tout le temps, partout, à toutes les époques. Même si dans le cas de Buena Vista, la qualité était vraiment au rendez-vous.

L’Amateur de Cigare

« L’Amateur de Cigare » est aujourd’hui l’unique revue sur le thème du cigare en France, et forcément la meilleure… Mais aussi une des meilleures au monde ! L’Amateur, c’est la passion du cigare, la culture gastronomique française appliquée à la dégustation du cigare et qui en fait un art. Jean-Paul Kauffmann, qui a créé la revue il y a plus de 15 ans, est solidement entouré par Annie Lorenzo et Jean-Alphonse Richard. Ajoutez à cette équipe les collaborateurs, le comité de dégustation et les journalistes qui coopèrent régulièrement à la revue, et vous aurez les plus éminents experts du cigare en France et dans le monde. Malgré de nombreuses attaques anti-tabac, « L’Amateur de Cigare » réussit à transmettre la passion d’un plaisir qu’il faut respecter à ceux qui s’y vouent. Déguster un cigare est un acte conscient, tout autant néfaste à la santé que celui de savourer un grand Bordeaux ou de se régaler d’une poularde fermière aux morilles. Et de la même manière, fumer peut être un plaisir épicurien, tout comme boire et manger… le secret et le respect étant dans la mesure. Entrevues de personnages illustres, techniques de dégustation, reportages sur Cuba et les pays producteurs, conseils, informations, L’Amateur de Cigare est le lien entre des passionnés, des épicuriens et des gens cultivés qui adhèrent aux raffinements et aux subtilités de la dégustation du cigare. Sans oublier la bible : l’HavanoScope, le « Michelin » du cigare, le seul guide au monde capable d’orienter réellement et objectivement le débutant ou l’amateur confirmé, qui parait une fois l’an, peut être de façon trop intime, comme si on ne voulait pas partager avec tous les secrets du plaisir…

Page web : www.amateurdecigare.com

Sur le même thème