Trinidad, un musée habité...

2017-04-26 22:18:58
Trinidad, un musée habité...

À Cuba, il existe un musée dédié à la façon de vivre dans le pays pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Ce musée, bizarrement, a la particularité d'être à l’air libre et d’occuper une importante surface : il s’appelle Trinidad, c'est une ville où les habitants du XXIe vivent dans l'environnement singulier d'un site colonial cubain magnifiquement conservé.

Située dans le centre sud de l'île et appartenant aujourd'hui à la province de Sancti Spíritus, La Santísima Trinidad, de son nom original, a été la deuxième ville fondée sur l'île de Cuba par des Espagnols récemment arrivés, Pánfilo de Narváez et Juan de Grijalva. Mais quelques années après sa fondation, la jeune ville s’est trouvée pratiquement dépeuplée quand un grand nombre de ses habitants, avide d'or et de gloire, ont embarqué avec Hernán Cortés pour conquérir le Mexique.

La splendeur et l'oubli de Trinidad

Cependant, au XVIIe siècle, Trinidad devient une des villes les plus prospères de la colonie grâce à la qualité de ses terres avoisinantes, excellentes pour la culture de la canne à sucre. L’essor économique qui a continué jusqu'au XVIIIe siècle –durant plusieurs décennies cette région était la plus grande productrice de sucre du monde– a permis l’épanouissement architectural de la ville qui s’est remplie de palais, d’églises et de bâtiments publics. Un grand nombre de ceux-ci sont conservés jusqu'à nos jours, comme la célèbre Torre Iznaga, construite par un riche propriétaire terrien de la ville, ou les églises Santísima Trinidad, Nuestra Señora de la Candelaria et San Francisco de Paula.

Etant donné que la culture de la canne et la production de sucre demandent une importante main-d'œuvre, Trinidad reçoit aussi de grands contingents d'esclaves africains qui, soumis à des conditions inhumaines dans les champs de canne et dans les ingenios (raffineries sucrières), ont produit la richesse matérielle qui a donné la splendeur à la ville. Des dizaines de milliers de Guinéens, de Congolais, d’Angolais et de Mozambicains y ont été amenés durant quasi quatre siècles et, avec eux, ils ont apportés leurs cultures. Après l’abolition de l’esclavage et de la traite des Noirs, les descendants d’africains ont créé des groupes ethniques dénommés cabildos. Certains existent encore et portent le même nom, consacrés principalement à la culture du folklore ancestral et à la pratique de la Regla de Palo, une religion fondamentalement animiste que les Congolais (Bantous) ont apportée dans ce pays.

Après cette période de splendeur économique, Trinidad est tombée dans un inexplicable oubli qui, par chance pour la culture du pays, a réfréné sa prévisible modernisation avec la perte conséquente de nombre de ses constructions. Ainsi détenue dans le XVIIIe siècle, la seconde ville fondée à Cuba s’est convertie en un musée habité où le temps semble arrêté par une incantation magique. Un miracle qui nous permet de pénétrer dans l'intimité de la vie coloniale d’une façon extrêmement réaliste, comme dans aucun autre endroit de l'Amérique hispanique.

Pour compléter cette vocation pour l'Histoire, Trinidad possède plusieurs musées singuliers à Cuba, comme ceux d'Archéologie Guamuhaya, d'Architecture ou encore le musée Romantique, dédié aux objets et aux œuvres de cette période de l'art. De même, la ville possède également un musée d'Histoire et un autre consacré à la Lutte contre les Bandits, en plus des galeries d'art et des maisons de la culture et de la trova.

Des plages et des montagnes

En plus de ses attributs historiques et culturels, Trinidad peut se vanter également d’avoir d'autres attraits pour ses visiteurs : la proche péninsule d'Ancón (dénommée aussi la Varadero du sud), avec quatre kilomètres de sable fin et blanc et des eaux chaudes et profondes où sont pratiqués les sports sous-marins ; l’escarpée Sierra de l'Escambray, Parc National d’une indescriptible beauté, doté de quelques réserves de chasse, comprenant la très belle zone de Minas de Frío, un des plus importants microclimats du pays ; la Grotte Martín, où l’on peut voir la plus grande stalagmite du monde ; la retenue Zaza, le plus grand lac artificiel du pays, avec d’abondantes truites dont certaines atteignent jusqu'à 7 kilos ; et le Parc National Caguanes, possédant 37 sites de valeur archéologique, 16 d'entre eux ayant des peintures rupestres d’un grand intérêt.

Trinidad, une ville pleine de légendes provenant du temps de la colonie, préserve une importante tradition de littérature orale, de notables manifestations de peinture primitive et une personnalité propre quant à la musique campagnarde cubaine. C’est une étrange encoche dans le temps, dotée du privilège de rapporter depuis le passé l'histoire de Cuba et de la faire vivre dans ses rues pavées et entre ses maisons d’adobe couvertes de tuiles.

Inter Press Service en Cuba

Inter Press Service ou IPS est une agence de presse internationale qui, selon ses vues, « focalise sa couverture médiatique sur les événements et processus mondiaux touchant le développement économique, social et politique des peuples et des nations ».

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