Un festival pour promouvoir la musique électronique cubaine

2014-07-02 16:55:17
Raquel Ávila
Un festival pour promouvoir la musique électronique cubaine

Du 3 au 5 juillet prochain, 49 producteurs, DJ, DJ-producteurs ainsi que divers groupes cubains se donneront rendez-vous pour le festival Proelectrónica. Pour sa 4ème édition, cet évènement maintient sa volonté de vouloir soutenir la diffusion de la musique électronique produite sur l’Ile, bien que celle-ci soit limitée.

Par Raquel Ávila Dosal

Chaque vendredi soir, les touristes les plus fêtards font la queue pour pouvoir rentrer dans les temples cubains de la salsa, de timba ou de regueton. Pendant ce temps là, des centaines de jeunes cubains préfèrent se rendre à l’une des « fêtes électro » qui ont lieu tous les week-ends à La Havane. Avec un style soi-disant cool incluant d’énormes lunettes de soleil et des coiffures plus improbables les unes que les autres, des adolescents et des étudiants envahissent des lieux de plus en plus connus où l’on mixe ce genre de musique.

La musique électro est-elle à la mode à Cuba? Il se pourrait bien en effet mais une chose est sûre, les sets qui font bouger les dance floors sont peu nombreux à être produits sur l’Ile. Poussés par les habitudes et les demandes des participants, les DJ mixent très peu de bonne musique électro réellement « made in Cuba ».

Le festival Proelectrónica est né il y a 4 ans avec l’objectif de pallier ce déficit et d’offrir un espace pour les producteurs locaux. Lors d’une interview à Cubanía, Iliam Suárez, directrice artistique du festival et membre du groupe I.A., nous explique « qu’il était nécessaire de faire savoir qu’il y avait un mouvement de musique électro à Cuba. Les DJ n’étaient pas uniquement des petits jeunes qui organisaient de grosses fêtes, mais ils sont également des DJ-producteurs. »

Alexis de O, IA

Une programmation avec des participants venant des quatre coins de l’Ile

Créé initialement pour offrir un espace global regroupant le maximum de producteurs, le festival a peu à peu évolué. Depuis l’année dernière, un appel à projets est lancé en amont afin d’offrir une programmation de meilleure qualité. Cette 4ème édition, qui sera célébrée du 3 au 5 juillet prochain, cherche ainsi à inclure toute la diversité de ce phénomène avec une cinquantaine de créateurs de toutes ces provinces : Santiago de Cuba, Holguín, Ciego de Ávila, Santa Clara et bien sûr La Havane.

Pour rompre avec les préjugés liés à ce genre musical, Proelectrónica ouvre ses portes avec un concert passif, c’est-à-dire un concert où l’on ne danse pas. Le public aura ainsi l’opportunité d’écouter des compositions de musique électro-acoustique, d’électro expérimentale, d’acid-jazz, de musique noise… produites par 21 créateurs différents. « Il y a beaucoup d’artistes à Cuba qui font ce genre de musique. Mais si l’électro populaire est mal médiatisée, ils ne peuvent pas exister » précise Iliam en faisant référence à la faible promotion que reçoivent ces auteurs.

Dans un évènement organisé par et pour les producteurs, il y aura le vendredi 4 ce qu’on a nommé « les sessions d’entrainement » qui incluent des conférences sur la formation suivies d'un débat. Le bouquet final aura lieu le dimanche avec un concert de musique électro populaire où sont attendues plus de 5000 personnes qui envahiront le mythique « Salón Rosado de la Tropical ».

Proelectrónica

Un genre marginalisé

La faible distribution de la musique électro cubaine s’explique en grande partie par l’ensemble des préjugés contre lesquels ce festival tente de lutter. On peut ajouter au conformisme, au confort et à la différence générationnelle des décisionnaires des médias de masse, l’incompréhension des musiciens académiques qui considèrent que faire de la musique avec un ordinateur est « bien trop facile ».

Un des autres problèmes, selon la directrice du festival, est lié au fait que “Cuba est un pays craintif vis-à-vis des rythmes qui ne sont pas nationaux ». Il est en effet encore difficile de mettre l’étiquette « cubaine » à n’importe quel genre d’origine étrangère, bien que réalisé par des artistes locaux. Ainsi, alors que la rumba, le son ou encore la salsa (apparue à New York) bénéficient du privilège d’être cubains « de souche », les autres genres tels que le rock, la pop ou la musique électro sont vus comme une « horde d’immigrants sans papiers ».

Proelectrónica

Cependant, la musique, l’art et la culture n’ont pas la notion de frontières ni de passeports mais ont néanmoins celle des mariages inter-ethniques et des descendances métissées. De plus, l’Ile possède une longue tradition de la musique électro-acoustique avec un laboratoire expérimental fondé il y a 35 ans par l’un des plus renommés du genre, le musicien Juan Blanco.

Il reste encore beaucoup à faire pour que l’électro faite à Cuba parvienne à une plus large diffusion, promotion et commercialisation. Des évènements tels que Proelectrónica opèrent dans ce sens là, revendiquant ainsi la possibilité de pouvoir danser un deep house sur un rythme de musique cubaine lors d’une de ces fêtes du vendredi soir. Mais ceci, bien évidement, toujours à contretemps.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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