Un observatoire jésuite surveille les ouragans à Cuba

2012-10-10 03:33:03
Un observatoire jésuite surveille les ouragans à Cuba

Chaque année, Cuba est traversée par deux ou trois ouragans. Certains laissent quelques pluies bénéfiques aux agriculteurs alors que d’autres, tels que Gustav et Ike en 2008, peuvent détruire des pans entiers de l’Île. Toutefois, peu de personnes meurent à cause de ces phénomènes naturels car, en plus d’une défense civile bien organisée, le pays compte sur un service météorologique efficace.

Il y a plus d’un siècle, la route des cyclones n’était pas étudiée par les spécialistes de l’Institut de Météorologie. Du XIXème siècle jusqu’à 1961, les prêtres du Couvent de Bethléem étaient considérés comme les gardiens du temps sur l’Île. D’abord, regroupés dans la Vieille Havane, ils ont ensuite occupé le quartier havanais de Marianao.

La route hasardeuse des jésuites

La première pierre de l'ancien Couvent de Bethléem a été posée à la fin du XVIIème siècle dans l'actuel centre historique de la Vieille Havane. On y trouvait un hospice pour les malades pauvres, un réfectoire ainsi qu’une école gratuite où près de cinq cents enfants étudiaient sous la direction des frères Bethléemites. C’est en 1842 que le gouvernement espagnol délogea les prêtres du bâtiment pour le transformer en bureaux et en caserne militaire. Seule l’église garda son utilité première.

La restitution papale de l’ordre des jésuites facilita la récupération de l’immeuble par les religieux. Une Cédule royale de 1852 ordonna la création, au même endroit, d’un nouveau collège dirigé par la Compagnie de Jésus.

Deux ans plus tard, malgré l’état de ruine dans lequel les autorités espagnoles avaient laissé le bâtiment, les deux premières salles de classe furent ouvertes. La persévérance des jésuites et leur intérêt pour les sciences (qui ne s’opposaient pas encore aux dogmes religieux) furent les piliers d’une institution scientifique qui gagna une grande réputation à Cuba et ailleurs.

À la chasse aux cyclones

Aujourd’hui, il est peu probable que les visiteurs du couvent de Bethléem, occupé par une maison de retraite, se rendent compte que les plus célèbres météorologues des Caraïbes travaillèrent dans ce bâtiment. De là sortirent même plusieurs lois fondamentales régissant les sciences de la météorologie et plus particulièrement l’étude des cyclones tropicaux.

L’observatoire météorologique du couvent de Bethléem fut le cinquième fondé dans le monde par les jésuites (le premier était au Vatican, deux suivirent au Royaume-Uni et un autre en Belgique).

Une bonne partie du succès des recherches dans ce domaine est dû à l’utilisation d’un appareil appelé le « météorographe » du P. Secchi, importé de France par les jésuites en 1873. Cet appareil, dont il n’existait que 10 exemplaires dans le monde, enregistrait sans interruption la pression atmosphérique, la direction et la vitesse du vent, la température, l’humidité de l’air ainsi que la quantité d’eau de pluie.

L’utilisation de cette technologie, particulièrement avancée pour l’époque, a permis au père Benito Viñes Martorell de rédiger le premier avis de cyclone tropical de l’histoire de la météorologie mondiale le 11 septembre 1875. Un an après, il étudia consciencieusement trois ouragans qui ont balayé l’Île afin d’élaborer un modèle capable de prévoir la trajectoire de ces phénomènes hydrométéorologiques dans les Caraïbes. Connu sous le nom de « Lois de Viñes », ce système a sans doute été l’apport scientifique le plus important de l’observatoire.

La justesse des prévisions, quant à la direction et l’intensité des cyclones tropicaux, a permis aux jésuites de jouir d’un grand prestige de la part de la population cubaine et de la communauté scientifique locale. Ces avis ont contribué, par exemple, au sauvetage de centaines de personnes naviguant sur les transatlantiques Antonio López, Toledo et Yseldik en octobre 1924 et traversant des zones où les ouragans faisaient rage.

Les autorités espagnoles ont aussi eu recours à l’observatoire de Bethléem avant que Mariano Barberán et Joaquín Collar ne réalisent leur vol historique Séville- Camagüey – La Havane entre le 9 et le 11 juin 1933. Dans une série de lettres, le Père Gutiérrez-Lanza (responsable du service météorologique) signala en détails les conditions atmosphériques que l’avion allait trouver au dessus de l’Océan Atlantique et de la Mer des Caraïbes à cette période de l’année.

Le couvent de Bethléem est passé sous le contrôle du gouvernement révolutionnaire en 1961. L’observatoire national d’État l’avait déjà défini comme institution météorologique de référence depuis les années 40. Une anecdote curieuse : l’ex-président Fidel Castro étudia au siège de Marianao où se trouvait le couvent depuis les années 20. Aujourd’hui, cet immense bâtiment est une école militaire où l’on prépare de jeunes officiers des forces armées cubaines.

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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