Un Parcours extraordinaire, celui de Carlos Acosta, le «métisse en or»



Charismatique, cabotin, athlétique, plein d'énergie et de tempérament, il est donc difficile d'imaginer son enfance : à l'époque, celui qui est né à Arroyo Naranjo, un quartier de La Havane appelé Los Pinos, ne s'entêtait qu'à suivre le mauvais chemin. Mais Carlos Acosta ne fait pas partie de ceux qui se contentent...

Photos : Carlos Acosta Officiel

Aujourd'hui, Acosta, l'unique danseur cubain noir qui a atteint une renommée mondiale,  annonce sa retraite de la scène. A Cuba, Il reste une icône de CUBANIA.

La grandeur artistique et humaine de Carlos Acosta met en évidence que le destin existe sans doute. Pour lui, la seule issue qui semblait en effet lui être offerte, était celle d'un malfrat derrière les barreaux. Aujourd'hui, et plus exactement depuis quelques années déjà, il maîtrise parfaitement la scène et il est devenu le roi des pirouettes et des sauts. Charismatique, cabotin, athlétique, plein d'énergie et de tempérament, il est donc difficile d'imaginer son enfance : à l'époque, celui qui est né à Arroyo Naranjo, un quartier de La Havane appelé Los Pinos, ne s'entêtait qu'à suivre le mauvais chemin. Comme il ne supportait pas l'école, il traînait seulement avec les gangs des rues.

Inquiet, son père, demanda conseil à une voisine, qui lui suggéra de l'inscrire à l’École Élémentaire de Ballet Alejo Carpentier afin de le cadrer. Il y alla à reculons au départ car il voulait devenir footballeur … puis le gamin finit par se laisser convaincre. Cependant, les premiers temps, « j'étais constamment couvert d'éraflures et de bleus... Mes camarades de jeux me traitaient de « tarlouze » et je devais évidemment défendre mon honneur ».

Puis ses deux sœurs durent assumer la responsabilité du jeune homme, suite à l'attaque cérébrale de la mère et l'incarcération du père pendant deux ans (suite à un accident dans lequel il était impliqué). Carlos fit alors l'école buissonnière, ne se présentait plus aux spectacles… Il fut transféré à Villa Clara puis plus tard à Pinar del Río où, grâce à ses professeurs, il commença à aimer le ballet. «C'est surtout Juan Carlos González qui réveilla en moi cette envie de me surpasser, d'être le meilleur » raconte-t-il. Par la suite, son parcours personnel n'a fait que renforcer l'idée qu'il appartient au groupe des vainqueurs, à ceux qui s'imposent, qui persévèrent.

La presse spécialisée américaine le présenta comme étant l'intermédiaire entre Nureyev et Baryshnikov. Et ses aptitudes artistiques et techniques lui permirent de s'imposer dans les meilleures compagnies telles que l' English National Ballet, le Royal Ballet de Londres, l'American Ballet Theater, le Houston Ballet, le Bolshoi et le Ballet de l'Opéra de Paris.

Dans un premier temps, il a bien évidement récolté les lauriers internationaux les plus prestigieux à partir desquels l'enseignante Ramona de Sá, connue comme étant le Cinquième Joyau du ballet cubain, le prépara pour devenir invincible. Il commença par rafler le Grand Prix de Lausanne puis alors plus rien ne lui résista : la Biennale de Danse à Paris ; le Concours des Jeunes Talents à Positano en Italie ; le Vignale Danse, le Prix des Jeunes Artistes de la Fondation Princesse Grace de Monaco… A tel point qu'il fut surnommé «le métisse en or».

Pour ces raisons, il décida ne plus vouloir se cantonner uniquement à des rôles qui n'étaient pas à sa hauteur en tant qu'artiste alors même qu'il faisait partie d'une compagnie aussi prestigieuse que le Royal Ballet. Il mit les choses en ordre car il ne voulait pas uniquement « faire des sauts». Il ne comprenait pas que lorsque « Roméo et Juliette » était mis en scène, on le convoquait pour interpréter Mercutio et non pas Roméo. «J'en était arrivé à un point où ce n'était plus supportable. Je me suis expliqué, on m'a donné une opportunité et à cet instant précis, c'était foutu pour eux».

Par la suite, ce fut au tour de Don Quichotte, Le Lac des Cygnes, Manon, Mayerling, Two, Le Bourgeois, End of Times, Suite of Dances, Gisèle, Apollon… Certains ballets l'ont marqué plus particulièrement, comme ce fut le cas de Spartacus. «Je suis né pour interpréter ce rôle. D'un côté cela me donnait l'occasion d'incarner un leader, un mythe, pour lequel j'avais de nombreux exemples (Maceo, Quintín Bandera, Flor Crombet…). Et d'un autre côté, j'étais l'esclave. Or personne ne pouvait mieux interpréter l'esclave que moi. Vladimir Vasiliev incarnait parfaitement le héros mais il avait du mal avec l'autre rôle. Pour ma part, dès que j'étais sur scène, la souffrance d'un peuple enchaîné était comme une évidence… Celle de ceux ayant uniquement des chaînes… Cette dimension là n'apparaissait pas dans ce ballet auparavant».

Carlos Acosta ne fait pas partie de ceux qui se contentent... Il choisit d'écrire et c'est ainsi qu'est apparu Tocororo (nominé au prix Lawrence Olivier), son premier opéra en tant que chorégraphe. Comprenant qu'il devait raconter son histoire à ce public qui l’idolâtre, il écrivit un vrai best-seller « No way home ». Il a également publié un roman « Pig's foot ». La fameuse actrice Nathalie Portman l'a invité sur le plateau pour qu'il soit au centre de son récit « New York, I love you » et il ne s'est pas fait prier.

Par la suite, il tourna à Cuba « El día de las flores ». Il a par ailleurs conquit le doctorat Honoris Causa de l'Université Métropolitaine de Londres, a été nommé Prix National de Danse...

Ces jours ci, le bruit courait que le danseur Acosta, dont la technique est exceptionnelle et qui a vu le jour en 1973, aurait annoncé son départ définitif de la scène en septembre 2015.  Sa version de Carmen, accompagné du Royal Ballet où il a été le danseur principal invité depuis onze ans serait sa dernière. A dire vrai, cela faisait déjà un moment qu'il préparait ses fans à cette éventualité. « Lorsque ce jour viendra, je me consacrerai à la chorégraphie, j'étudierai davantage la technique contemporaine afin d'essayer de bien la maîtriser. En ce moment, je me sens particulièrement sous pression car mon corps perd ses capacités. Je suis arrivé au plus haut niveau qu'il soit possible d'atteindre actuellement et il ne reste donc qu'un chemin descendant à parcourir. Continuer l'ascension est pratiquement impossible. C'est pour cette raison que j'ai constamment essayé de me réinventer et que j'ai pris la décision de quitter le classique un peu plus tôt, car je ne veux avoir à mal le faire.

Le ballet est réservé aux corps jeunes et la jeunesse se bouscule aux portillons, sautant et virevoltant comme moi par le passé. Pourquoi lutter contre la nature ? Il est préférable de laisser les œuvres classiques là où elles se trouvent et laisser d'autres venir les dépoussiérer ».